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Le débat sur le port d'armes est relancé une nouvelle fois aux Etats-Unis après la tuerie d'Orlando. Des statistiques montrent que le total des personnes mortes sous les balles en terres américaines est supérieur à celui des Américains fauchés au cours des conflits militaires.

La situation aux États-Unis

Comme BFMTV le rappelait ce 13 juin, au lendemain de la tragédie d’Orlando où 49 personnes ont été tuées et 53 autres blessées par Omar Mateen, le débat sur le port d’armes est à nouveau relancé aux Etats-Unis. Le Washington Post publie ce 14 juin un chiffre marquant, avec des graphiques mis au point par Martin Grandjean, chercheur en histoire contemporaine et spécialiste en datavisualisation à l’université de Lausanne, en Suisse.

Les chiffres annoncés confortent le combat de Barack Obama qui a, à plusieurs reprises, appelé à un meilleur contrôle de la circulation des fusils et pistolets sur le sol américain.

Nombre de décès annuels

Ainsi, tout au long de la décennie écoulée, plus de 30.000 personnes sont mortes du fait d’une arme à feu chaque année aux Etats-Unis (cette donnée cumule homicides, suicides et accidents). Ce total annuel équivaut, ou peu s’en faut, aux pertes de l’armée américaine durant la guerre de Corée, aux débuts des années cinquante, lors de laquelle plus de 36.000 GI’s sont tombés.

Il y a plus accablant encore: si on procède à l’addition macabre de l’ensemble des morts dues aux armes à feu en terres américaines entre 1968 et 2015 et qu’on compare le bilan à celui des décès à la guerre dans les rangs de l’armée américaine entre 1775 (qui marque le début de la guerre d’indépendance) et nos jours, une cruelle évidence apparaît.

Lire aussi: Décès par armes à feu aux États-Unis : chiffres clés

Avec 1.516.863 contre 1.396.733, on compte désormais davantage de morts par armes à feu sur le sol des Etats-Unis entre 1968 et 2015 que de pertes américaines à la guerre.

Vulnérabilité des enfants américains

D’autres travaux ont déjà évoqué ces statistiques. Parmi eux, il y a cet article de Nicholas Kristof du New York Times paru en 2015 et sur lequel Martin Grandjean s’est appuyé. Dans leur rigueur et leur froideur scientifiques, certains éléments dressent un tableau plus terrible encore de la vie quotidienne outre-Atlantique.

Depuis le début de l’année 2022, au moins 17 199 personnes sont mortes par arme à feu, selon l’organisation Gun Violence Archive. En 2022, 647 mineurs sont morts d’une balle et plus du double (1 594) ont été blessés, selon Gun Violence Archive. 140 enfants âgés de 0 à 12 ans en 2022Parmi ces victimes décédées, the Gun Violence Archive a recensé 140 enfants, âgés de 0 à 12 ans. 289 autres ont été blessés. Parmi les adolescents âgés de 12 à 17 ans, 507 ont perdu la vie par arme à feu en 2022 et 1.305 ont été blessés. Cela représente près d'un décès par jour d'un enfant à cause d'une arme à feu, et plus de trois adolescents par jour. L'an dernier, 1.560 mineurs ont été tués et 4.132 blessés aux États-Unis.

Les États-Unis sont sous le choc, après une nouvelle tuerie dans une école de la ville d'Uvalde, au sud du Texas. Le tireur, âgé de 18 ans, a ouvert le feu dans une école primaire, tuant 19 jeunes élèves âgés d'à peine 10 ans, et deux enseignants. Il a ensuite été abattu par la police.

Ces tueries, dont la dernière remonte à moins de quinze jours, dans un supermarché de Buffalo (État de New York), relancent régulièrement le débat sur la détention d'armes aux États-Unis, droit inscrit dans la Constitution américaine.

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Fusillades de masse

Plus d’une tuerie de masse par jour Depuis le début de l’année, soit 145 jours, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse, selon Gun Violence Archive qui comptabilise dans cette catégorie les événements ayant fait au moins quatre victimes (décédées ou blessées) sans inclure l’auteur des tirs. « Il y a plus de tueries de masse que de jours dans l’année », a dénoncé mardi le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy. L’année 2021 en avait enregistré 692, un record depuis 2014, quand Gun Violence Archive a commencé son sinistre comptage.

Toujours selon the Gun Violence Archive, il y a eu plus de 200 fusillades aux États-Unis depuis le 1er janvier, lors desquelles au moins quatre personnes ont été blessées ou tuées (définition couramment utilisée par les ONG américaines dans leur recensement). Cela représente 10 évènements de ce type chaque semaine, plus d'une par jour depuis le début de l'année 2022. En 2021, l'ONG en a recensé 692 en tout, un record depuis le début de son comptage en 2014.

En parallèle, le site américain spécialisé Education Week a recensé 27 fusillades dans des écoles, de la maternelle au secondaire (K-12 schools) en 2022, et 119 depuis 2018. Ce site considère comme fusillade tout évènement au sein d'une école, lors d'un évènement scolaire ou dans un bus scolaire où il y a eu au moins un blessé ou un mort par arme à feu.

Selon le FBI, qui publie une enquête sur l'année 2021, le nombre de personnes ayant tenté de commettre ou réussi à commettre une tuerie de masse en 2021, telle que celle commise dans l'école du Texas, a augmenté de 52% par rapport à 2020. 61 faits de ce type ont été répertoriés contre 40 en 2020. Dans 12 cas, le FBI appose le terme de "tuerie de masse", dans la mesure où il y a eu plus de 4 morts. C'est le cas par exemple du massacre de Buffalo le 14 mai dernier dans l'État de New York, où 10 personnes ont été tués dans un supermarché.

Statistiques et tendances

Dans un pays où les armes circulent librement et la législation diffère selon les États, l’année 2020 a connu 19 350 homicides par armes à feu, une hausse « historique » de près de 35 % par rapport à 2019, et 24 245 suicides (+1,5 %), selon les dernières statistiques disponibles des autorités sanitaires américaines. C’est un niveau inédit depuis 25 ans, mais encore en deçà du pic des années 1980.

Lire aussi: Nombre de morts par armes à feu aux États-Unis : Détails

Le taux d’homicide s’est établi à 6,1 pour 100 000 habitants en 2020, un record depuis plus de 25 ans, précisent les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) dans leur rapport publié au début du mois. Pour les autorités de santé, cette hausse a été potentiellement causée par les effets de l’épidémie de Covid-19 et la pauvreté.

En 2021, plusieurs villes américaines, grandes métropoles comme villes moyennes, ont aussi connu des records. Chicago, la troisième plus grosse ville du pays, a enregistré le plus grand nombre d’homicides, soit 836. Mais c’est Memphis dans le Tennessee qui détient le triste record par habitant avec 2 352 homicides pour 100 000 personnes.

Selon le Pew Research Center, le taux de décès par arme à feu pour 100.000 habitants était de 13,6 aux Etats-Unis en 2020, selon les dernières données disponibles. Il s'agit du plus haut taux recensé depuis le milieu des années 1990, mais qui ne bat pas le record établi à 16,3 décès par arme à feu pour 100.000 habitants, établi en 1974.

A titre de comparaison, en 2016, ce taux s'élevait à 10,6 pour 100.000 habitants aux Etats Unis, contre 2,1 pour 100.000 habitants au Canada, ou 2,7 en France.

Entre 1966 et 2019, 77% des auteurs de tuerie avaient obtenu légalement leur arme, selon une vaste étude menée par l'institut de recherche du ministère de la Justice aux États-Unis, cité par le New York Times.

Aux Etats-Unis, où le droit de posséder une arme est garanti par la Constitution, le nombre de pistolets, revolvers et autres fusils s'est envolé depuis quelques années. Plus de 23 millions d'armes ont été vendues en 2020, un record, et près de 20 millions en 2021, selon des données compilées par le site Small Arms Analytics. Selon le projet Small Arms Survey, 393,3 millions d'armes étaient en circulation dans la population civile aux Etats-Unis en 2017, soit 120 armes pour 100 personnes.

Une étude publiée lundi dans la revue Jama Pediatrics révèle que les États ayant assoupli leur législation sur les armes ont connu une forte hausse du nombre de morts d’enfants, principalement par homicides et suicides. Entre 2011 et 2023, plus de 7.400 décès supplémentaires d’enfants liés aux armes ont été enregistrés par rapport aux tendances des décennies précédentes.

Ce pic de mortalité infantile par arme à feu intervient alors que les décès d’enfants dus aux accidents de la route, auparavant en tête, ont eux diminué.

Impact des lois sur les armes

Tout est parti d’un arrêt de la Cour suprême en 2010 : le Deuxième amendement de la Constitution, garantissant le droit de porter des armes, pouvait désormais s’imposer aux États eux-mêmes. Conséquence : de nombreux États ont choisi d’assouplir leurs lois locales.

Les chercheurs ont comparé les décès réellement survenus chez les enfants depuis 2011 aux projections basées sur la période 1999-2010, en tenant compte de l’évolution démographique. Le résultat est évocateur puisque les États les moins stricts affichent à eux seuls plus de 6.000 morts supplémentaires. En revanche, les huit États les plus rigoureux n’enregistrent quasiment aucune surmortalité infantile.

Facteurs aggravants et inégalités

Les homicides et suicides d’enfants par arme à feu ont bondi, alors que ceux sans arme ne montrent pas la même tendance. Si l’étude ne démontre pas un lien de causalité direct, elle souligne une forte corrélation. En analysant les homicides et suicides sans arme à feu, les chercheurs n’ont noté aucune hausse équivalente, ce qui renforce l’hypothèse du rôle des armes dans ces décès.

Par ailleurs, les enfants noirs ont connu la plus forte augmentation, l’étude émettant l’hypothèse d’une disparité sociale dans l’emplacement plus ou moins sécurisé des armes dans les foyers.

L’étude évoque un facteur aggravant : les armes mal sécurisées dans certains foyers, notamment dans les quartiers défavorisés. Les enfants afro-américains figurent parmi les premières victimes de cette hausse.

Il n'y a pas que les tueries des masses. Chaque jour, plus de 100 Américains meurent par balles. En cause : la prolifération des revolvers et des fusils, qui s'accélère.

En 2020, 45 222 Américains sont morts par balles, soit 124 décès par jour, un record historique. La majorité (54%) étaient des suicides, et 43% - près de 20 000 - des meurtres, selon le Center for Disease Control and Prevention. Mais ces morts quasi anonymes font très rarement la Une des journaux.

Les Etats-Unis ont connu ces deux dernières années une épidémie de violence particulièrement meurtrière. Le nombre de crimes par arme à feu a connu une envolée vertigineuse de 35% en 2020 et devrait afficher une nouvelle augmentation, quoique plus modérée, de l'ordre de 7% en 2021 (les chiffres restent encore provisoires).

Plus surprenant, la vague de violence submerge également l'Amérique rurale. Mary Ann Elvington, une enseignante à la retraite de 80 ans, a été kidnappée l'an dernier chez elle par un homme qui l'a obligée à le conduire en voiture, puis l'a tuée d'une balle avant d'abandonner son corps. Le comté a enregistré quinze homicides en deux ans, soit un nombre équivalent à celui des dix années précédentes combinées.

Il y a d'abord l'impact de la pandémie. A la campagne, tous les lieux de socialisation - églises, restaurants, foires - ont fermé. Dans les quartiers urbains défavorisés, les pertes d'emploi, le stress et l'isolement se sont accentués avec le confinement, alors que l'accès aux programmes d'aide se réduisait.

Le climat de violence s'est aussi aggravé avec la mort de George Floyd, tué par le policier Derek Chauvin à Minneapolis, et les multiples manifestations qui se sont ensuivies. "Ces troubles ont créé un fossé entre quartiers et police, explique Thomas Abt. Or, souvent, quand la méfiance s'installe, la violence criminelle se développe."

Enfin, autre facteur, les ventes d'armes ont explosé. Il s'en est vendu plus de 42 millions en deux ans. Or, plus des trois quarts des meurtres en 2021 ont été commis avec un pistolet.

La situation en Amérique Latine et aux Caraïbes

Selon le bilan publié le mercredi 8 février par le site d’investigation “InSight Crime”, l’année 2022 a été particulièrement violente en Amérique latine. L’augmentation de la production de cocaïne et du trafic d’armes à feu explique ce triste record. L’Équateur, avec une hausse de 82 % du taux d’homicides, est particulièrement touché.

L’année 2022 a été marquée par un record des meurtres et assassinats en Amérique latine et les Caraïbes. Dans cette région, l’une des plus violentes du monde, le taux d’homicide pour 100 000 habitants a atteint 62,8, à comparer entre autres avec le taux de 2021, de 54,1.

Principales causes : “La production de cocaïne a atteint l’un de ses niveaux les plus élevés, les groupes criminels ont continué à se morceler et les échanges d’armes [illégales] ont poursuivi leur augmentation.” Ce sont les principales conclusions du rapport publié mercredi 8 février par le site InSight Crime, à la fois média d’investigation et centre de recherches et de débats à but non lucratif sur le crime organisé sur le tout le continent américain.

Dans le détail pays par pays, le rapport, également publié en anglais, le site met en avant le cas de l’Équateur, “catastrophique” : “Le niveau historique de la cocaïne entrée dans le pays [depuis la Colombie] a exacerbé la violence et les assassinats ont grimpé en flèche […] comme ceux des policiers par les groupes criminels.” Le taux des homicides a ainsi augmenté de 82 % en un an. Le rapport évoque des groupes organisés “qui luttent entre eux pour obtenir leur part du trafic de drogue”. Le trafic d’armes lourdes, en provenance du Pérou voisin et des États-Uni.

Région la plus inégalitaire du monde, l’Amérique latine demeure également la plus violente. Si l’insécurité reflète la brutalité des rapports sociaux dans les pays ravagés par le néolibéralisme, elle souligne également les échecs de gouvernements progressistes parfois empêtrés dans la corruption et l’impunité.

Bien qu’officiellement en paix, l’Amérique latine et les Caraïbes affichent des taux d’homicides comparables à ceux de zones de guerre. Le massacre de quarante-trois étudiants mexicains à Iguala, en septembre 2014, a accentué le malaise face à une violence qui semble incontrôlable. Chaque jour, près de trois cent quatre-vingts personnes sont tuées dans la région. D’après les derniers chiffres de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), deux tiers d’entre elles le sont par arme à feu.

Les activités criminelles ne se répartissent pas également sur le plan géographique. L’Amérique centrale et les Caraïbes restent particulièrement touchées. L’augmentation des infractions liées au trafic de drogue et aux gangs, qui facilitent l’impunité et la circulation des armes, nourrit la spirale infernale de la criminalité.

Outre les meurtres, l’insécurité englobe l’extorsion de fonds, les enlèvements, le vol, les trafics et la violence à l’égard des femmes. Les statistiques officielles, établies à partir d’informations incomplètes, ne reflètent pas son ampleur. Nombre de crimes ne sont pas signalés par crainte de représailles ou par méfiance envers les institutions censées faire respecter la loi. Par exemple, selon l’« Envipe 2014 », la dernière étude sur les actes de violence menée par l’Institut national mexicain de la statistique (Inegi), environ 94 % des crimes commis en 2013 n’ont pas été signalés aux autorités.

En Martinique, la spirale de violence ne faiblit pas. En 2024, 29 homicides par arme à feu ont été enregistrés, et déjà 17 depuis le début de l’année 2025. De leurs côtés, les tentatives d’homicide ont explosé, passant de 88 en 2023 à 199 en 2024. En 2025, plus de 94 % d’entre elles sont commises avec une arme à feu.

Ces derniers font face à une explosion inquiétante de la criminalité organisée dans la zone Antilles-Guyane qui enregistre "un taux d'homicide très élevé 7 pour 100 000 habitants par an."

« Plus de 70 % des armes de poing en circulation dans les Antilles françaises proviennent des Etats-Unis, avec un rebond sur les îles avoisinantes. Une autre filière d'armes suit la route de la cocaïne , transite par le Venezuela avant d'atteindre Saint-Vincent-les-Grenadines, Sainte-Lucie et la Dominique. »

Les résultats montrent également une intensification des efforts pour stopper le trafic de drogues : 21,8 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2024 contre seulement 2,7 tonnes en 2023 dans la zone Antilles-Guyane. Pour 2025, déjà 10,5 tonnes ont été saisies. "Les Antilles françaises sont une zone stratégique de stockage, de rebond, et de transit pour la cocaïne destinée au marché européen, en plus des marchés de consommation locaux" . De plus, la proximité avec la Colombie, le Pérou et la Bolivie favorise le trafic, selon le rapport.

Du côté des avoirs criminels, la valeur des biens saisis s’est élevée à plus de 15 millions d’euros (zone Antilles-Guyane) sur les cinq premiers mois de 2025, incluant crypto-actifs, numéraires, comptes bancaires et assurances-vie.

Tableau comparatif des taux d'homicides

Pays/Région Taux d'homicide pour 100 000 habitants Année
États-Unis 6,1 2020
Canada 2,1 2016
France 2,7 2016
Amérique latine et Caraïbes 62,8 2022

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