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Je veux essayer de montrer dans les pages qu'on va lire l'oeuvre des semeurs de haine, de ces hommes qui, systématiquement, excitent les peuples les uns contre les autres et les poussent à s'entre-détruire.

Depuis un quart de siècle, leur nombre a crû, leur oeuvre infernale s'est développée au point de noyer le monde sous des flots de sang.

Et voici que leur succès atroce ne les satisfait pas. Ils reprennent leur tâche.

Tandis qu'en France nous n'aspirons qu'à la paix, tandis qu'on chercherait vainement parmi nous quelqu'un qui, de propos délibéré, s'efforce à « monter » l'opinion publique contre nos ennemis d'hier, en Allemagne, au contraire, de nombreux agents au service de quelques hommes s'appliquent, par tous les moyens, dans le Reich et l'univers, à exciter les Allemands et le monde contre nous.

La même méthode est appliquée, qui, organisée de plus en plus systématiquement aux XIXe et XXe siècles, a déclanché trois guerres terribles entre les deux peuples.

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Nous pensons que c'est assez.

En semant, en cultivant la haine entre leur pays et le nôtre, les militaires et les hobereaux prussiens ne font que rester fidèles à la vieille tradition des Hohenzollerns et du royaume.

L'Allemagne, telle que l'a faite le royaume de Prusse est, en effet, l'oeuvre de la Haine.

Toute la vie de l'Empire jusqu'à la catastrophe finale de 1918 s'est ressentie de cette origine et la Grande Guerre déclanchée par Berlin porta cette môme empreinte.

L'unité allemande et l'unité italienne furent réalisées à la même date. Mais quelle différence entre les deux méthodes politiques employées par leurs auteurs!

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L'unité italienne du XIXe siècle est presque une oeuvre d'amour. Tous les habitants de la péninsule, jusque-là séparés, Piémontais, Siciliens, Toscans, Vénitiens, Lombards, citoyens de Parme, de Modane, des Romagnes, veulent leur réunion et n'ont recours aux armes que pour échapper à la lourde tyrannie de l'Autriche campée au milieu d'eux.

L'unité allemande est au contraire un monument de violence et de haine : violence tout d'abord contre les fédérés, puisqu'elle implique l'annexion brutale, après guerre, sans consul¬ tation des annexés et malgré leurs protestations, du royaume de Hanovre, de la Hesse électorale et de Francfort-sur-le-Mein ; violence contre les Polonais, violence contre tous les voisins, puisqu'elle implique une triple guerre contre le Danemark, l'Autriche et la France qui conduit à l'annexion du Schleswig, du Holstein et de l'Alsace-Lorraine.

Le triomphe de Bismarck fut d'entraîner les Allemands du Sud qui haïssaient la Prusse, à lutter d'accord avec elle contre la France.

Il y parvint en noyant l'antipathie que son pays inspirait, sous la vague d'un sentiment qu'il sut rendre irrésistible, la haine de « l'ennemi héréditaire ».

Voilà plus d'un siècle qu'on a commencé à dresser le Prussien à haïr la France.

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Il n'y a pas de haine franco-prussienne en 1792, au moment de Valmy ; elle commence à poindre en 1806 à la veille d'Iéna.

Elle n'apparaît pas chez le peuple qui, au contraire, accueille admirablement nos troupes après l'écrasement de son armée, mais à la cour des Hohenzollerns et chez les officiers.

C'est le moment où Blücher déclare : « Je ne crains pas de rencontrer les Français... Je préparerai le tombeau de tous ceux qui se trouvent le long du Rhin... » ; c'est le moment où le colonel des gendarmes du Roi, voyant ses cavaliers affiler leurs sabres sur les marches de l'ambassade de France, affirme : « Il n'y a pas besoin de sabres. Des gourdins suffiraient pour ces chiens de Français... »

Après la défaite décisive, la haine devint plus générale. Elle empoisonna la bourgeoisie et les « intellec¬ tuels » du temps.

Arndt publia ses vers fameux : « Là est la patrie de l'Allemand... où chaque Français s'appelle ennemi (1) » ; Jahn, le fondateur des Turnverein prêcha la haine de son côté, tandis que les élégantes de Berlin allaient admirer Schill exerçant son régiment « indiquant la position qu'il faut donner au sabre pour couper la tête d'un Français et comment, en reprenant la deuxième position, on coupe encore la tête d'un Français ».

Pendant l'invasion de 1814-1815, les Prussiens nous infligèrent un terrible traitement. Toutes les horreurs commises par eux durant la guerre dernière ne nous parurent neuves que parce que notre mémoire est courte.

A Paris, sous l'Empire, ils furent intraitables; ils voulaient jeter bas la colonne Vendôme, faire sauter le pont d'Iéna et auraient détruit les monuments qui leur déplaisaient sans l'intervention du tsar Alexandre.

Au dire d'un officier russe, ils regardaient d'ailleurs « chaque ville française comme une vache à traire » et déclaraient « qu'ils ne quitteraient pas la France qu'elle no fût comme si le feu du ciel y avait passé ».

Ils rentrèrent chez eux à contre-coeur après avoir occupé avec les autres coalisés, pendant trois ans, soixante départements français.

Ils ne demandaient qu'à revenir, car, Goethe l'a dit dans Faust, « un véritable Allemand ne peut supporter aucun Français, mais il boit volontiers leurs vins » (2).

Une seconde explosion de haine contre la France (1) Das ist des Deulschen Vaterland Wo jeder Franzmann heisset Feind. (2) Ein echter deutscher Mann mag keinen Fransen leiden, Doch ihre Weine trinkl er gern. éclata en 1840, quand Thiers prétendit défendre Méhemet-Ali contre la Prusse et les autres puissances protectrices du sultan.

Cet événement nous valut quelques chants violents comme le Rhin allemand de Becker et la Wacht am Rhein de Schneckenburger.

Une nouvelle crise secoua nos voisins en 1859 au moment de la campagne d'Italie. C'est alors qu'apparaît le grand ouvrier de haine, l'homme qui, le premier peut-être, a élevé la « culture » de la haine à la hauteur d'une institution d'Etat.

Bismarck, avec un machiavélisme infernal, va jeter volontairement les deux peuples français et allemand l'un contre l'autre.

Dès Sadowa, il prépare activement sa guerre; les peuples annexés du Hanovre, du Schleswig, de la Hesse, de Francfort, se montrent rétifs au joug prussien ; les Etats du sud de l'Allemagne, et surtout la Bavière et le Wurtemberg ne cachent pas leur hostilité à la Prusse.

Au début de 1870, ces États se sont nettement opposés à l'établissement de l'Empire allemand.

Bismarck pense que cette défiance des Allemands à l'égard de son pays sombrera dans une guerre contre la France.

Il a écrit lui-même dans ses Pensées et Souvenirs : « J'étais convaincu que l'abîme creusé au cours de l'histoire entre le nord et le sud de la patrie ne pouvait pas être plus heureusement comblé que par une guerre nationale contre le peuple voisin... Je ne doutais pas qu'il ne fallut faire une guerre franco-allemande avant que l'organisation générale de l'Allemagne eut pu être réalisée ».

Mais, pour que le guet-apens préparé par Bismarck réussit, il fallait qu'en France on lui facilitât la tâche. Le bavard criminel qu'était le duc de Grammont s'en chargea aveuglément. Il donna tète baissée dans le piège tendu par le terrible minisire. On sait l'histoire de la candidature du prince Léopold de Hohenzollern au trône d'Espagne. Bismarck, qui sentait que la guerre sortirait de cette candidature, y poussa de son mieux, persuadant le prince Léopold de l'accepter, le roi Guillaume de l'autoriser, le général Prim et les Espagnols d'insister auprès des Hohenzollerns, pour obtenir leur adhésion.

Le samedi 2 juillet, Madrid apprenait qu'il allait avoir un roi prussien et, le soir môme, la Gazette de France l'annonçait à Paris. Ce fut un beau tapage dans la ville. Lord Lyons, ambassadeur d'Angleterre, écrivit à son gouvernement que la candidature y était considérée « comme une insulte et un défi de la part de la Prusse ».

Selon le mot d'un contemporain, « Paris ronflait comme un tambour ».

Bismarck était heureux. L'affaire s'annonçait bien. Le duc de Grammont faisait à la tribune du Corps législatif des déclarations belliqueuses; on allait droit à la guerre. Le mardi 12 juillet le prince Léopold relire sa candidature. Bismarck est atterré. Sa déception est telle qu'il veut démissionner, se retirer à Varzin.

Le soir du 13 juillet il dîne avec de Moltke et Roon quand lui arrive d'Ems la fameuse dépêche relatant l'entrevue que le roi a eue le matin avec l'ambassadeur français Benedetti. On connaît la scène fameuse racontée par le chancelier lui-même à un rédacteur de la Neue Freie Presse de Vienne qui publia ce récit le 20 novembre 1892 :

La guerre paraît évitée; Bismarck la fait éclater en tronquant, donc en truquant la dépêche, en falsifiant son sens, en embrasant d'une haine réciproque les coeurs français et allemands : « . ..J'ordonnai immédiatement, dit-il, de faire envoyer le plus rapidement possible par le bureau des télégraphes la dépêche à tous les journaux et à toutes les missions. Et nous étions encore réunis que déjà nous recevions les renseignements désirés sur l'effet que la dépêche avait produit à Paris. Elle y avait éclaté comme une bombe. Alors qu'on avait adressé à notre roi une demande humiliante, la dépêche fit croire aux Français que leur représentant avait été brusqué par notre roi. Tous les badauds du boulevard étaient d'avis qu'on ne pouvait supporter cela. Le cri de « A Berlin ! A Berlin ! » fut poussé par les braillards de la foule. Il était là l'effet cherché.

« Et l'effet était le même ici que là-bas. Le roi, qui, cédant à mes pressantes instances avait interrompu sa cure à Ems et était revenu à Berlin fut tout surpris par la joie bruyante que le peuple faisait éclater partout sur son passage. Il ne comprenait pas encore ce qui s'était passé. L'enthousiasme indescriptible qui éclatait à Berlin avec fureur saisit et ébranla profondément notre vieux maître. Ses yeux s'humectèrent. Il reconnut que c'était vraiment une guerre nationale, une guerre populaire que le peuple demandait et qu'il fallait... »

Cet aveu cynique de Bismarck est certainement l'un des textes les plus abominables qu'un historien puisse rencontrer. Qu'un homme ose se vanter d'avoir, par ruse, obligé deux peuples à s'entr'egorger, cela dépasse l'imagination et l'on comprend que les dernières années de cet assassin aient été parfois pénibles. Son fidèle compagnon Moritz Busch, rapporte dans son Tagebuchblätter les paroles suivantes qu'il entendit tomber des lèvres du prince :

« Je me sens l'âme triste. Je n'ai jamais, dans ma longue vie, rendu personne heureux, ni ma famille, ni mes amis, ni moi-même. J'ai fait du mal, beaucoup de mal : c'est moi qui suis la cause de trois grandes guerres ; c'est moi qui, sur les champs de bataille, ai fait tuer quatre-vingt mille hommes qui, aujourd'hui encore, sont pleurés par leurs mères, leurs frères, leurs soeurs, leurs veuves !... Mais tout cela est affaire entre moi seul et Dieu ! Je n'en ai jamais retiré aucune joie et je me sens aujourd'hui l'âme anxieuse et troublée ».

Et Busch d'ajouter : « Nous sommes tous restés silencieux et j'ai pu observer une larme qui coulait lentement le long de la joue du Chancelier ».

Bismarck avait vaincu en unifiant l'Allemagne dans un accès de haine contre la France. Il voulut qu'un monument précis de cette haine commune subsistât et voilà pourquoi le territoire enlevé à l'ennemi héréditaire, l'Alsace-Lorraine, devint un Reichsland, une Terre d'Empire. Tous les Etats fédérés, si minimes fussent-ils, durent y tenir garnison; leur complicité était ainsi bien établie et garantissait leur fidélité.

Dès lors, comme l'écrivait le prince Frédéric Guillaume « la France était, maintenant et à jamais, l'ennemie de l'Allemagne ».

Cette perspective ne devait pas déplaire à Bismarck ; il était persuadé qu'on n'est jamais si bien uni que lorsqu'on est uni contre quelqu'un, que les petits Etats de l'Empire, se croyant sans cesse menacés par le désir de revanche de la France dém...

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