L'affaire de la mort de Zineb Redouane, survenue à Marseille en marge d'une manifestation de Gilets jaunes, a suscité une vive émotion et de nombreuses interrogations. Deux ans après ce drame, une contre-expertise indépendante remet en question les conclusions initiales de l'enquête.
Début décembre 2018, lors de l'acte III des Gilets jaunes à Marseille, Zineb Redouane, une Algérienne de 80 ans, est atteinte au visage par des éclats de grenade lacrymogène dans son appartement situé au 4e étage d'un immeuble. Elle était à sa fenêtre et s'apprêtait à la fermer quand elle a été blessée. Grièvement blessée, elle décède le lendemain à l'hôpital lors de son anesthésie.
Publiée lundi 30 novembre, une contre-enquête menée par le média d'investigation en ligne Disclose et le groupe de recherche basé à Londres Forensic Architecture valide la thèse d'un "tir tendu", contrairement aux premières conclusions de l'enquête. L'analyse, s'appuyant sur le rapport balistique, des images de vidéosurveillance et une modélisation 3D détaillée, "contredit le rapport d'expertise" officiel qui concluait que le lance-grenade à l'origine du tir avait été "utilisé selon les préconisations et les procédures d'emploi en vigueur dans la police nationale" et mettait hors de cause les CRS.
Selon la contre-enquête, "depuis la position des CRS au moment du tir, la présence de plusieurs immeubles en vis-à-vis direct aurait dû constituer, à tout le moins, une alerte rouge". D’autant que la munition utilisée, une grenade de type MP7, "est normalement prévue pour atteindre une cible située à 100 mètres".
L'analyse image par image de Disclose et Forensic Architecture permet, selon eux, d'identifier la trajectoire du tir en direction de l'immeuble de la victime ainsi que la position du tireur. Le projectile a, d'après la contre-enquête, atteint Zineb Redouane "au bout de 37 mètres". La modélisation 3D de l'environnement "démontre l'existence d'un danger au moment du tir et les responsabilités du tireur et du superviseur sont clairement engagées".
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En juin dernier, le rapport d'expertise remis dans le cadre de l'enquête sur la mort de Zineb Redouane, avait conclu que le tir de grenade lacrymogène a été effectué dans les règles et l'a atteinte accidentellement. "Ce rapport affirme deux choses. La première, c'est que vu la distance et les obstacles dans le champ de vision du tireur, rien ne permet d'affirmer qu'il pouvait voir la victime", avait indiqué alors Me Brice Grazzini, avocat du fils de la victime Sami Redouane, confirmant des informations du Monde. "La deuxième, c'est que l'arme a été utilisée selon les prescriptions de la police nationale", avait ajouté le conseil.
Le rapport d'expertise, cité par le quotidien, indiquait que le CRS à l'origine du tir de grenade, identifié par la vidéosurveillance, a "nécessairement effectué un tir en direction de la façade de l'immeuble de la victime" mais que la grenade "a atteint la victime de manière totalement accidentelle".
Dix-huit mois après la mort de Zineb Redouane, l’expertise balistique exonère le CRS auteur du tir. Selon les conclusions du rapport, la grenade ”a atteint la victime de manière totalement accidentelle, au cours de la progression ascensionnelle du projectile”.
Toujours d’après les conclusions du rapport, elle a été percutée au thorax puis au menton par la grenade lacrymogène. Un projectile qui l’a percutée à une vitesse proche des 100 km/h.
Selon eux, ce tir “non visé” aurait été totalement régulier, à 37 mètres de la victime (alors que la grenade aurait dû en parcourir 100) et selon un angle de 40°, soit des conditions d’utilisation normale du Cougar, le lanceur de grenade en cause. Du fait du vacarme, de l’obscurité, des fumigènes et de la configuration des lieux, “il n’y a aucun argument permettant de dire que madame Redouane ait pu être aperçue par le fonctionnaire de police lors du départ du coup de feu”, insiste le rapport.
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Plus récemment, le parquet de Marseille a ouvert une information judiciaire pour "coups mortel avec usage ou menace d'une arme", après la mort d'un jeune homme de 27 ans, Mohammed, dans le centre de la ville. Sa mort est "probablement" due à une arme de "type flash-ball", selon les premiers éléments de l'enquête.
Une autopsie a été pratiquée, et permet d'établir que l'homme a été victime d'un "impact" ayant "entraîné un arrêt cardiaque, et donc la mort dans un temps proche". Le parquet évoque "comme probable" l'hypothèse d'un "décès causé par un choc violent au niveau du thorax par un tir de projectile de 'type flash-ball'".
Ses amis, interrogés par France Inter, affirment pour la plupart qu'il ne participait pas aux violences. "Non, il a un enfant, sa femme est enceinte... Ce sont des trucs de gamins", dit l'un d'entre eux. "On ne sait pas, on laisse l'enquête suivre son cours, personne ne peut le dire. Mais des choses comme ça peuvent arriver, on se souvient de Zyneb, pendant les 'gilets jaunes' qui a pris un flashball depuis son balcon alors qu'elle ne participait pas aux manifestations", dit un autre.
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