Les honneurs au gibier représentent un moment solennel, cérémonial, entre la tradition de la vénerie et de la chasse du grand gibier.
Elles sont les héritières des chasses royales de François Ier, un parfum d’Ancien Régime au cœur de la République.
Les chasses présidentielles de Chambord ont officiellement disparu en 2010, mais depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à la tête de l’État, elles ont connu un retour en grâce.
Selon Virginie Berdal, chargée de recherches au Domaine national de Chambord :
« Pour les présidents, c'est un peu différent, c'est-à-dire qu'ils ont gardé ce côté très protocolaire des chasses anciennes, gardé aussi le patrimoine que cela représentait. Par contre, c'était avec une autre vertu, c'était pour réguler le gibier. »
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Elle ajoute : « On a compris l'intérêt diplomatique de cette activité qui a perduré très longtemps puisque c'est seulement en 2010 que les battues présidentielles sont supprimées à Chambord. »
L’un des témoins directs de cet âge d’or des chasses présidentielles s’appelle Geoffroy de Roquancourt. Il en était l’organisateur sous Pompidou et VGE, une sorte de chef d’orchestre d’une organisation au cordeau.
Geoffroy de Roquancourt, ancien Commissaire à l'aménagement du Domaine de Chambord, explique :
« Lorsque le Président de la République était présent - c'était surtout le cas sous le Président Valéry Giscard d'Estaing - nous nous organisions pour que tous les invités puissent être au moins une fois dans la voiture où était le Président de la République parce que c'est effectivement à ce moment-là qu'il peut y avoir des échanges plus faciles. Et le Président Giscard d'Estaing en particulier : je lui soumettais le plan des voitures. Et donc il avait la connaissance de ses invités, comment il les verrait au cours de la journée. »
La veille d’une chasse présidentielle, un dîner est alors souvent organisé avec les invités. Parfois même, la presse est conviée.
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Mais avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, l’ambiance change et les chasses présidentielles se font plus discrètes sous la houlette de François de Grossouvre. C’est le début du déclin des chasses présidentielles, jusqu’à leur disparition officielle en 2010.
Pourtant, il y a toujours des chasses à Chambord. Elles sont organisées par le directeur général du domaine Pierre Dubreuil qui a été nommé par Emmanuel Macron. Un poste stratégique où une certaine discrétion est de mise.
Pierre Dubreuil, Directeur général du Domaine national de Chambord, affirme :
« Il n’y a rien de secret à Chambord. Il faut bien comprendre que le mythe de la haie, du buisson, du bois, où on va négocier des contrats d'armement, c'est un pur mythe. Chambord, ce n'est pas ça. C'est certes un lieu de rencontres entre chasseurs, mais ce n'est pas un lieu hors de la République. Au contraire, c'est un lieu par essence républicain après avoir été royal, parce que c'est un lieu national. Donc quand nous invitons des gens à la chasse, il y a des catégories d'invités que nous transmettons à notre conseil d'administration. Il y a en effet des diplomates, il y a des représentants de la Défense nationale, il y a des chefs d'entreprise, il y a des amoureux du patrimoine, des artistes. »
Il ajoute : « Nous pouvons inviter bien-sûr des ministres étrangers, bien entendu, des hauts fonctionnaires... Nous faisons une battue de l'Union européenne donc nous invitons des commissaires européens, nous invitons des hauts fonctionnaires européens et il peut y avoir des ministres français à cette occasion qui sont invités. Parce que c'est précisément la chasse qui est un outil pour renforcer les relations européennes, entre la France, l'Union européenne et d'autres Etats européens, le cas échéant. Egalement dans le cadre de relations diplomatiques de la Défense nationale. »
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Etienne Guillaumat, Directeur de la chasse et de la forêt au Domaine national de Chambord, explique :
« Le Président est venu fêter ses 40 ans à Chambord. Il est venu assister aux honneurs au gibier : c'est un moment assez solennel, cérémonial qui est entre la tradition de la vénerie et de la chasse du grand gibier. Il y a un côté un peu militaire aussi, donc un moment de recueillement. On prend conscience aussi que l'acte de chasse n'est pas un acte anodin. Prendre la vie d'un animal, ce n'est pas quelque chose de forcément facile. Et c'est une belle tradition que de rendre les honneurs au gibier. »
Il ajoute : « Le Président a pu assister à cette cérémonie qui est un moment aussi de communion entre tous les participants, quels qu'ils soient : les invités mais aussi les rabatteurs, les maîtres-chiens, les conducteurs de chiens de sang, c’est-à-dire les équipes qui sont chargées de retrouver les animaux blessés et puis les équipes de sonneurs, la Garde républicaine, le tout au milieu des bois. Un moment un peu solennel. »
À travers cette scène de tableau de chasse, Emmanuel Macron a voulu faire passer un message : il est l’ami des chasseurs. Les chasses à Chambord restent un lieu très politique.
Dans la chasse, toute la problématique est celle de la gestion du territoire.
L’objectif de la chasse, c’est de réguler les populations d’animaux sauvages pour qu’elles restent stables : c’est comme si tu plaçais un capital et que tu ne prélevais que l’intérêt.
Cette notion de gestion, on la doit à François Sommer dans les années 1960.
Les chasseurs ont un devoir moral et légal vis-à-vis des agriculteurs : si jamais les animaux sauvages font des dégâts, ce sont les chasseurs de chaque département qui payent les conséquences, via la fédération départementale des chasseurs.
Après le tableau et les honneurs au gibier, tout le monde se réfugie dans la maison pour déboucher le vin. C’est pas trop tôt ! On parle cuisine. Manger l’animal, entre connaisseurs, c’est la finalité du sport.
Une nécessité, une barbarie, un amusement, un art... Quelle que soit notre opinion sur la chasse, on ne peut nier qu'elle est intimement liée à l'Histoire de notre pays.
Les premières techniques de chasse ont dû être quelque peu primitives. Une belle étape de franchie ! Restait à être plus efficace : en adoptant la station debout, Homo Erectus non seulement voit plus loin mais libère également sa main qui peut dès lors confectionner un matériel ad hoc, prenant la forme de massues, de pierres projetées, de pieux ou de bifaces plus élaborés.
Adaptation à l'environnement, anticipation, recherche continue d'amélioration dans les armes et techniques... Le besoin de chasser pour diversifier l'apport nutritif a bien joué un rôle capital dans l'évolution de l'Homme.
Avec l'arrivée de l'agriculture, nos chasseurs-cueilleurs apparaissent tout à coup bien ringards. Pourtant, la chasse n'a pas dit son dernier mot, au contraire : toujours indispensable pour procurer de la nourriture, elle continue à bénéficier d'une haute valeur symbolique en tant que victoire sur la sauvagerie, maîtrise du chaos.
Les chasseurs-cueilleurs pré-historiques pratiquaient déjà la chasse à l'approche car leurs armes (arc ou sagaie) ne permettaient de tuer qu'à faible distance. Elle consiste en une marche lente et silencieuse, accompagnée de fréquents arrêts pour regarder et écouter.
L’approche n’est pas une promenade car le chasseur doit avoir tous ses sens aux aguets et faire preuve d’une grande concentration. C’est une méthode de chasse statique : le chasseur attend le passage du gibier, posté au sol ou dans un mirador.
La chasse à l’approche ou l’affût sont des chasses très peu stressantes pour les animaux et la nature. Seuls les chevreuils et les sangliers peuvent être chassés. Ces animaux étant soumis à des plans de chasse, il n'est possible de les chasser à l'approche que sur accord des détenteurs du plan de chasse.
Avant de tirer, le chasseur doit s’assurer, comme pour tous les modes de chasse, que son tir est sécurisé. Pour la chasse à l’approche ou à l’affût, le tir doit être « propre » et ciblé dans une zone vitale de l’animal.
L'honneur et le respect du gibier, mort où vivant est un principe de base de la chasse.
Tout animal tué doit être vidé de ses entrailles et de son sang, l'intérieur éventuellement lavé le corps étant encore chaud. Cette opération ne se réalise correctement que lorsqu'il est pendu, par les pattes arrière si fendu entièrement et écarté, par un crochet dans le groin ou mâchoire dans le cas contraire. A noter que pour des raisons sanitaires il est préférable de les pendre.
Alors, à l’origine, le cor est l’instrument de la Poste. Le facteur à cheval sonnait du cor pour prévenir qu’il arrivait plusieurs kilomètres à l’avance. On lui préparait sa monture avec d’autres sacoches. Tandis que la trompe est tendue différemment pour envoyer le son derrière. Elle a une autre utilité. Elle vient de la chasse à courre qu’on appelle aussi la vénerie et qui consiste à poursuivre un animal à pied ou à cheval à l’aide d’une meute de chiens. C’est le marquis de Dampierre qui en a fait cet usage sous Louis XIV.
Les fanfares sont des morceaux très brefs puisqu’ils servent à communiquer. Cela n’excède pas une minute et demie. Il y a 74 fanfares usuelles de la trompe de chasse qu’on appelle « animaux et circonstances ». Puis, il y a une multitude de fanfares personnelles ou fantaisistes. Pour ce qui est des animaux, il y en a par exemple une pour le cerf. Et même plusieurs en fonction de son âge, comme la quatrième tête qu’on appelle aussi « la fanfare du roi ».
La trompe est utilisée à la fin de la chasse pour rendre les honneurs au gibier tué. On sonne alors ce qu’on appelle le tableau avec quelques fanfares. Et puis, à l’hiver, il y a les honneurs qui sont sonnés aux chasseurs, aux traqueurs et à leurs chiens. C’est un petit cérémonial.
Contrairement à la France où la chasse à courre est toujours autorisée, la Belgique l’interdit depuis 1980. On existe pour pérenniser l’instrument. Il faut faire attention à bien les différencier des équipages de vénerie avec leurs chiens et chevaux. Là, il n’en reste que trois en Belgique. On n’a plus cette culture de la chasse à courre.
La vènerie est à la fois la chasse la plus ancienne et la plus naturelle qui soit : un prédateur carnivore (une meute chiens) poursuit une proie (cerf, chevreuil, sanglier, renard, lièvre ou lapin).
Nombre de veneurs ont ainsi permis, et souvent sur leurs propres deniers, la réintroduction du cerf dans des massifs forestiers où il avait totalement disparu après la Seconde guerre mondiale. Entre 1945 et 1948, la société de veneurs « les Sentiers d’Avon » a repeuplé les forêts de Fontainebleau et Villefermoy.
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