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Parvenir à lutter contre les armes à feu est un défi crucial aux États-Unis qui ne cesse de bouleverser la scène internationale. Chaque mois, les États-Unis sont endeuillés par de nouvelles fusillades.

Ce terme de « fusillades de masse » (mass shootings en anglais) désigne des tueries faisant au moins quatre victimes, mortes ou blessées. Mais ces mass shootings ne sont que la partie visible du chaos engendré par les armes à feu.

En effet, bien que les fusillades de masse dans les écoles, supermarchés ou églises attirent davantage l’attention des médias, les dégâts causés par les armes à feu sont bien plus nombreux au sein des foyers et des maisons. Les armes à feu sont donc un véritable fléau aux États-Unis, qui connaît un taux d’homicide par armes à feu en moyenne 25 fois plus élevé que celui d’un autre pays développé. Il est aujourd’hui nécessaire de faire face à cette violence.

Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années. L’année 2020 a grandement participé à la hausse de cette criminalité. L’ATF constate une augmentation de 64 % du nombre d’armes vendues.

Pour les autorités de santé, la pandémie a joué un grand rôle dans cette hausse. Au cours des 145 premiers jours de 2022, les États-Unis ont connu 213 fusillades de masse. D’après un rapport publié en septembre 2022 par Gun Violence Archive, les victimes ont atteint un total de 1 420 depuis le 1er janvier 2022, dont 293 morts et 1 127 blessés.

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Alors que le débat sur les armes de feu n’était pas sous le feu des projecteurs aux Etats-Unis, il le redevient soudainement. Ce lundi 27 mars 2023 dans la ville de Nashville dans le Tennessee a retenti des coups de feu dans un école primaire. Le bilan est de 6 morts dont trois enfants. Ce nouvel épisode de violence relance le débat sur le port de l’arme.

Le droit de porter des armes : un héritage historique et culturel

Ce qui autorise le port de l’arme aux Etats-Unis aujourd’hui est un texte qui date de la fin du 18ème siècle. Le deuxième amendement est un texte original au sein de la Constitution américaine. Il a été rédigé et adopté en 1791. Il fait partie des dix amendements.

Cette rédaction intervient après la guerre d’indépendance, c’est à ce moment précis que certaines colonies deviennent autonomes par rapport à la Grande Bretagne. Le contenu du texte traduit est le suivant : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé ».

Cet amendement fait débat. Si à l’époque, le pays semblait marqué par les différentes guerres, ce qui venait légitimiser l’approbation du second amendement, aujourd’hui il est débattu.

Plusieurs facteurs contribuent à cette situation complexe :

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  1. Le droit d’accéder aux armes à feu est un droit constitutionnel. Il est en effet garanti par le Second amendement (ratifié en 1791) qui défend le droit de détenir et de porter des armes.
  2. Les armes à feu font partie intégrante de la culture américaine. En 1995, le politologue Robert Spitzer affirmait que la culture américaine des armes à feu s’explique par la prolifération des armes à feu depuis les premiers jours de la nation.
  3. Le lobbying pour les droits des armes à feu est bien plus fort que celui pour le contrôle des armes à feu. En 2017, le premier s’élève à 10 millions de dollars, tandis que le second peine à atteindre deux millions.

Les causes de l'augmentation de la violence armée

Les États-Unis assistent tout de même à une vague de criminalité particulièrement importante depuis plusieurs années. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation :

  1. Un sentiment d’anarchie et de désordre qui découle notamment de la violence policière. Gary LaFree, Richard Rosenfeld et Randolph Roth ont étudié la question et soulignent que les vagues de criminalité surviennent souvent lorsque les normes sociales s’effondrent.
  2. Un sentiment d’isolement et de frustration, sentiment qui a été exacerbé par la pandémie. La Covid a favorisé l’isolement et la prise de position sur de nombreuses questions et a ainsi divisé les concitoyens. Or, lorsque l’empathie pour les autres citoyens décline, la criminalité augmente.

Mais il y a aussi eu une certaine rupture entre les citoyens et le gouvernement. En effet, d’après Gallup, 80 % des citoyens ne sont pas satisfaits par la direction du pays pendant la pandémie. Certains affirment même que cette relation singulière que les États-Unis tiennent vis-à-vis des armes à feu relève d’une forme sombre de l’exceptionnalisme américain.

Les fusillades de masse : des exemples marquants

Ce sont les fusillades de masse qui nous choquent le plus. Ce sont donc elles que tu peux utiliser comme exemples marquants.

  • Le 14 mai, le pays a été secoué par la tuerie de Buffalo. Dix personnes, dont une majorité d’Afro-Américains, ont été abattues par un jeune suprématiste blanc de 18 ans. Pour rappel, le suprémacisme blanc est une idéologie raciste consistant à prôner la supériorité de la « race blanche » sur les autres. Cette idéologie a été, du XIXᵉ siècle jusqu’aujourd’hui, la source de nombreux actes de violence.
  • Le 24 mai, un autre jeune de 18 ans a tué 21 personnes (dont 19 enfants) dans une école d’Uvalde au Texas.
  • Le 1er juin, un homme d’une trentaine d’années a tué au moins quatre personnes dans un hôpital de Tulsa, dans l’Oklahoma.
  • Le 9 juin, une autre tuerie a provoqué la mort de trois personnes à Smithburg dans le Maryland.

Le 19ème siècle fut éprouvant, après la guerre de Sécession de 1861 à 1865 opposant les deux visions de l’Amérique. L’une rassemblait les États du Nord sous la tutelle du président Lincoln.

On dénombre 14 fusillades à au moins 15 morts aux Etats-Unis depuis 1984. D’abord le massacre de Luby’s en 1991 au Texas a incarné la dérive psychologique de certaines personnes et la facilité à obtenir une arme. La tuerie de Columbine a aussi marqué l’Amérique, elle est le symbole des tueries aux Etats-Unis.

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C’était une fusillade déclenchée par deux jeunes du lycée de Columbine, dans le Colorado, qui ont ouvert le feu dans l’établissement. Différentes explications sont plausibles, notamment l’impact des jeux vidéo sur le comportement des jeunes. Cependant, d’autres auraient souligné l’importance de la fragilité psychologique des jeunes pour passer à l’acte.

Depuis ce tragique évènement, les écoles américaines ont renforcé les mesures de sécurité. La dernière fusillade marquante fut celle de mai 2022. C’était encore au Texas dans la petite ville d’Uvalde. Un homme déscolarisé de 18 ans ouvre le feu sur l’école primaire. Un bilan qui est noir : 21 morts dont 19 enfants.

Les efforts pour lutter contre la violence armée

Face à cette situation, plusieurs mesures sont envisagées ou mises en œuvre :

  • Appliquer des « buyback programs ». C’est-à-dire des programmes destinés à racheter les armes qui sont actuellement en circulation aux États-Unis. Cela permettrait de diminuer le nombre d’armes à feu disponibles et ainsi de faciliter leur contrôle. Cette mesure a notamment été mise en place en 1996 par le Premier ministre australien John Howard et elle est au cœur du National Firearms Agreement.
  • Vérifier plus efficacement les antécédents pour résoudre l’une des grandes failles du système américain, souvent appelée « three-day loophole ». Actuellement, les antécédents de toute personne souhaitant acheter une arme doivent être vérifiés sous un délai de trois jours pour que cette personne soit autorisée ou non à l’acheter. Cependant, si les services américains ne réussissent pas à traiter un dossier sous un délai de trois jours, l’individu peut acheter l’arme (quel que soit son profil).

Le bilan au sujet des armes à feu est dans l’immédiat assez décevant :

  • Le 11 avril 2022, Joe Biden a durci la réglementation des armes dites « fantômes ». Ces armes sont dangereuses, car non réglementées. Elles ne sont pas traçables et n’existent actuellement pas au regard de la loi. Le gouvernement américain a donc décidé de sévir contre les fusils artisanaux achetés et vendus sans registre. Le problème qu’il affronte ici est réel et inquiétant. On estime que le nombre de ce que l’on appelle les « ghost guns » a été multiplié par dix en cinq ans (entre 2016 et 2021). Alors même que ce type d’armes à feu a été utilisé lors de plusieurs tueries de masse.
  • Le 24 juin 2022, Joe Biden signe une loi qui permet enfin de renforcer le contrôle des armes à feu dans le pays. Ces mesures visent à renforcer la sécurité des écoles, à assurer un meilleur contrôle de la vente illégale d’armes, à limiter l’accès des personnes dangereuses aux armes à feu et enfin à financer des programmes de soutien psychologique.

Le projet de loi Enhanced Background Check Act of 2021 est quant à lui en suspens. Descendre dans les rues pour lutter contre les armes à feu, c’était le projet des manifestations « March for Our Lives » qui se sont déroulées en 2018, en réaction à la fusillade de Parkland. Ce mouvement a été amplifié sur les réseaux sociaux grâce à des hashtags tels que #NeverAgain, #MarchForOurLives, #WhatIf et #IWillMarch. Le mouvement « March for Our Lives » a bel et bien eu un impact.

Aux États-Unis, il y a plus d’armes en circulation que de citoyens. On estime que le nombre d’armes à feu en circulation est supérieur à la population américaine. Selon le dernier décompte de l’observatoire Small Arms Survey, il y avait 393 millions d’armes à feu pour 325 millions d’habitants américains en 2017. Avec un tel ratio (120 armes à feu pour 100 habitants), les Etats-Unis sont en tête du classement mondial, devant le Yémen (52,8 armes pour 100 habitants) et le Monténégro (39,1 armes pour 100 habitants).

La pandémie de Covid-19, la multiplication des homicides, des mouvements sociaux et de la violence politique, le danger semble de plus en plus omniprésent. La méfiance envers les institutions s’intensifie, et les citoyens sont moins enclins à s’en remettre au gouvernement pour assurer leur protection. Beaucoup d’Américains considèrent désormais que c’est à eux de se défendre, par leurs propres moyens.

Depuis dix ans, les motifs qui poussent les Américains à se procurer une arme évoluent : l’autodéfense a largement supplanté la chasse. Les femmes, par exemple, estiment parfois que la police n’arrivera pas à temps pour les protéger en cas d’agression. Certaines personnes de couleur ont quant à elles l’impression que les forces de l’ordre ne les défendront pas.

Les armes à feu, que Donald Trump a toujours soutenues, sont devenues le symbole de la violence aux États-Unis. Les ventes ne faiblissent pas.

États-Unis concentrent de nombreux débats sociétaux non résolus ou qui sont dans un perpétuel changement. On peut dénombrer les droits à l’avortement, le système migratoire, la peine de mort, l’environnement et bien d’autres. En fonction des présidents, la prise de position est clairement variable. Le mandat de Biden vient contraster celui de Trump. L’un qui veut modifier en profondeur le second amendement historique et l’autre était en faveur.

Le rôle des lobbys

L’élément très important à prendre en compte est l’impact des lobbys aux Etats-Unis. La NRA (National Rifle Association of America) est une association à but non lucratif qui a été créée en 1871. L’objectif est de protéger le droit de porter et de posséder des armes à feu sur le territoire américain. Son nombre de membres est de 6 millions et son influence est grandissante. Le débat reste entier sur le port de l’arme aux Etats-Unis.

Cet attachement des Américains aux armes à feu est renforcé par le travail d’influence des lobbys proarmes, comme la National Rifle Association (NRA) of America, depuis les années 1960. Cette association, créée en 1871, a un grand poids politique. Elle finance par dizaines de millions de dollars des campagnes électorales, comme celle de Donald Trump en 2016, et attribue des notes (de A à F) aux responsables politiques en fonction de leur positionnement sur l’armement.

Cependant, la NRA traverse actuellement une période trouble. En 2020, la procureure générale de l’Etat de New York, Letitia James, a tenté de dissoudre l’association en intentant un procès pour fraude financière. Son ancien vice-président historique, Wayne LaPierre, a par ailleurs été contraint à la démission en janvier 2023, avant de comparaître dans un procès de détournements de fonds à des fins personnelles. Malgré ces déboires, la NRA compte toujours plus de quatre millions d’adhérents, et reste une véritable boussole politique pour nombre d’Américains.

Tableau récapitulatif des mesures législatives

Loi Année Description
National Firearms Act 1934 Taxe la fabrication et le transfert de certaines armes à feu.
Gun Control Act 1968 Restreint l'accès aux armes pour certaines catégories de la population.
Gun-Free School Zones Act 1990 Interdit à certaines personnes le port d'arme à feu dans les zones scolaires.
Brady Act 1993 Demande la vérification des antécédents des personnes souhaitant acheter une arme à feu.
Bipartisan Safer Communities Act 2022 Renforce la vérification des antécédents et mieux contrôle la vente illégale d'armes.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir sur la question des armes à feu. Le climat de violence qui pèse actuellement sur le pays ne cesse de plonger de nombreux concitoyens dans l’inquiétude. Reste à voir quels efforts seront faits dans les mois à venir pour lutter contre cette violence.

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