Depuis trois millions d’années, la subsistance des chasseurs-cueilleurs dépend de la quantité des ressources disponibles dans leur environnement.
Le Paléolithique (étymologiquement : âge de la pierre ancienne) débute avec les premiers outils en pierre taillés il y a 3,3 Millions d’années (Ma) au Kenya. Dans le reste du monde, les premières traces de fabrication d’outils (vers 2 Ma en Asie et vers 1,4 Ma en Europe de l’Ouest) sont concomitantes de l’arrivée des premiers humains. À l’issue d’une cohabitation avec les Homo sapiens au cours des premiers millénaires du Paléolithique supérieur en Europe, les Néandertaliens disparaissent vers -30 000.
En Europe, à la fin de la dernière glaciation, l’arc et la flèche supplantent la plus ancienne arme de jet à longue distance, le propulseur et la sagaie : grâce à elle, durant des millénaires, les chasseurs parcourant les steppes glaciaires avaient ramené au campement de quoi nourrir le groupe.
Pendant plusieurs milliers d’années, L’abondance végétale va se développer, les techniques lithiques et les stratégies de chasse vont changer au regard du nouveau biotope. Le climat de plus en plus chaud du mésolithique suggère une abondance de matériaux, de nourriture, et sans doute une forme d’art de vivre beaucoup plus sereine que durant l’ère glaciaire.
Pour les armes de chasse du mésolithique, l’orme, le frêne, l’érable, l’alisier, le sorbier et bien d’autres essences de bois vont sans doute pérenniser la vie des femmes et des hommes de cette époque qui vivaient, de plus, dans une Nature providentielle.
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Les armatures de flèches sont microlithiques (pointes et lamelles en silex de moins de 4 cm de long) et Pygmées (moins de 2 cm de long). Les pointes triangulaires, trapézoidales et en os semblent s’insérer dans des techniques complexes d’armatures composites.
Les 2 arcs retrouvés à Holmeguaard au Danemark sont de dimensions différentes et datent de 6500 av. J.C. environ. Leur conception démontre une utilisation optimale des propriétés mécaniques du bois. En effet, Les arcs en bois blancs et durs comme l’orme, le frêne et l’érable sont généralement conçus assez large, de 4.5 à 5.7 cm. La hauteur des arcs se situe entre 160 à 190 cm.
Pour un arc efficace et durable, 66 pouces (168 cm) sont requis pour la longueur et 2 pouces de large environ. Les poupées sont également particulières. En effet aucune encoche n’est creusée dans le bois. Cette absence d’encoche suggère une simple ligature serrée et collée directement sur le bois.
L’arc de Mollegabet au Danemark date de la même époque. Sa longueur réduite suggère un arc pour enfant. En effet, les extrémités des branches sont rigides sur des longueurs variant entre 20 cm et 40 cm environ. Lors du tir, cette rigidité va augmenter la vitesse de déplacement des branches et ainsi, augmenter la vitesse de la flèche.
Pratiquement tous les arcs néolithiques sont en bois d’if, essence européenne qui se révèle aujourd’hui encore la plus apte à la fabrication des arcs. Pour les hampes de flèches, on choisissait les pousses de la viorne, extrêmement résistantes, ou celles du cornouiller.
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Une flèche parfaitement droite était encore presque plus importante que l’arc lui-même, et l’on consacrait beaucoup de temps à sa fabrication. Il fallait compter au moins une heure de travail pour écorcer, polir et redresser la hampe à la chaleur de la braise.
Les types de pointes étaient adaptés à la chasse de l’espèce convoitée : des pointes en bois, à extrémité élargie, étaient utilisées pour les oiseaux et les animaux à fourrure, afin d’éviter d’enendommager le pelage ou le plumage. Flèche de Lilla Loshult (Province de Schonen, Suède), environ 7500 av J.-C. Garnie de part et d’autre de lames de silex acérées, elle convenait bien à la chasse au gros gibier.
Grâce à l’arc et à la flèche, l’homme préhistorique était en mesure d’abattre n’importe quel gibier rencontré.
C’est en Europe du Nord qu’on a découvert les arcs et les flèches les plus anciens. Les flèches en bois de pin mises au jour à Stellmoor, près de Hambourg, remontent à environ 10 000 ans avant J.-C. En 2023, les fouilles dans la grotte de Mandrin (Drôme) ont permis de mettre au jour des pointes de flèches datées de 54 000 ans et attribuées à Homo sapiens.
En 2025 des chercheurs ont identifié les plus anciennes armatures de flèches connues à ce jour en Eurasie, datées d’environ 80 000 ans sur le site d’Obi-Rakhmat en Ouzbékistan.
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Les premiers hominidés évoluant au Sri Lanka il y a 48 000 ans ont fabriqué des outils pour la chasse (pointe de flèches) et ont utilisé des symboles.
Une nouvelle étude portant sur les armes et outils taillés dans la pierre et l’os a été publiée en juin dans la revue Science Advances par une équipe internationale de chercheurs du Max Planck Institute for the Science of Human History (MPI-SHH), Griffith University et le Department of Archaeology, Government of Sri Lanka.
Au total, les archéologues ont découvert un total de 130 pointes qui ont été utilisées comme projectiles. Les fractures et les traces d’usure sur les pointes ont ensuite été étudiées sous le microscope. Il apparaît clairement que les pointes étaient trop courtes et trop lourdes pour avoir été utilisées comme des fléchettes soufflées dans une sarbacane.
« Les fractures sur les pointes indiquent des chocs provoqués par un impact puissant - quelque chose que l’on retrouve lors de l’utilisation de pointes de flèches avec un arc », a déclaré Michelle Langley de l’Université Griffith. « Ces traces sont antérieures aux précédents résultats obtenus en Asie du Sud-Est il y a 32 000 ans. »
De plus, l’équipe a noté que la longueur des pointes des projectiles augmentait avec le temps. Pour les chercheurs, cela pourrait indiquer que les chasseurs pouvaient chasser du gibier de plus en plus gros pour leurs repas.
Les 11 et 12 janvier 2003 s’est déroulée au CEDARC / Musée du Malgré-Tout (Treignes, Belgique) une séance de tir de répliques de projectiles paléolithiques, sur cible animale. Cette expérimentation, organisée par P. Cattelain et l’un d’entre nous (J.-M. Pétillon), avait pour but de tester l’utilisation des pointes à base fourchue en bois de renne comme armatures de projectiles.
Lors du tir de nos pointes à base fourchue, nous avons pris la décision de ne faire varier qu’un seul paramètre : la nature du lanceur. La moitié des pointes ont ainsi été emmanchées sur des flèches tirées à l’arc, les autres étant fixées sur des sagaies destinées à être lancées au propulseur.
Quarante-deux pointes à base fourchue expérimentales ont été fabriquées, les supports étant débités à la scie à métaux, mais l’ensemble du façonnage étant effectué avec des outils en silex. La matière première (bois de renne mâle adulte) et les caractéristiques morphométriques des pointes ont été choisies pour refléter les données du corpus archéologique.
Les pointes ont été collées à l’extrémité des hampes avec de la colle de peau, et le joint ligaturé ensuite avec du tendon de biche. La morphologie choisie pour l’emmanchement était la suivante : l’extrémité de chaque hampe était taillée en forme de fourche, de telle sorte que la base de la pointe, elle-même fourchue, vienne s’y emboîter étroitement.
Les tirs se déroulèrent dans un pré jouxtant le Musée du Malgré-Tout, par temps clair, sans vent notable, la température ambiante étant d’environ -5°C à -10°C. Les veaux, euthanasiés immédiatement avant le début de l’expérimentation au moyen d’une injection effectuée par un vétérinaire, étaient suspendus à une charpente en bois, le flanc tourné vers le tireur.
Tous les tirs eurent lieu à une distance de 10 à 13 m, distance cohérente avec celles relevées chez les peuples chasseurs traditionnels, pour lesquels semble-t-il « la tendance générale (...) est de s’approcher le plus possible du gibier pour augmenter la chance de le toucher » (Cattelain 1994).
Nous avons effectué au total 89 tirs à l’arc (dont 15 ratés) et 64 lancers au propulseur (dont 23 ratés et 7 « ripés », qui ont glissé sur le dos de l’animal avant d’atterrir dans le sol).
Les rapports de tir expérimental font rarement état des lésions laissées par l’impact de la pointe sur les ossements du gibier-cible. Sur les 64 tirs au propulseur que P. Chauvaux a effectués, 30 ont frappé le sol et 34 ont atteint la cible. Ces derniers ont laissé 18 traces d’impacts sur les ossements.
Quelle que soit l’arme utilisée, la zone présentant le plus de traces est la colonne vertébrale (des cervicales aux thoraciques). Les côtes et la scapula sont ensuite les plus fréquemment marquées. L’arrière-train et les bas de pattes sont « logiquement » épargnés, plus éloignés des centres vitaux visés par le tireur.
Outre l'arc et les flèches, les hommes préhistoriques utilisaient divers pièges pour capturer les animaux. Ces pièges étaient souvent adaptés aux espèces ciblées et aux ressources disponibles dans leur environnement.
Les deux principes de base restent la grosse pierre en équilibre avec un appât et le piège à lacet.
Des structures complexes étaient également utilisées, comme des goulets d'étranglement, pour contraindre les proies à se diriger vers des zones où elles pouvaient être facilement abattues.
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