Les manifestations des gilets jaunes en France ont été marquées par des incidents graves, notamment des blessures causées par l'usage de flash-balls et de grenades par les forces de l'ordre. Ces événements ont soulevé des questions sur la légitimité et la proportionnalité de l'usage de la force lors du maintien de l'ordre.
Le 3 décembre 2018, un homme de 28 ans, Benoît, a été hospitalisé dans un coma artificiel après avoir été victime, selon ses proches, d'un tir de flash-ball lors d'une manifestation de gilets jaunes à Toulouse le 1er décembre. Selon sa famille, Benoît a été victime « d’un tir de flash-ball » des forces de l’ordre. Au moment où ces dernières ont lancé une offensive, le jeune homme a été grièvement blessé à l’oreille, toujours selon ses proches.
C’est alors « qu’il s’est réfugié, avec d’autres manifestants, dans une supérette », à proximité. Benoît a ensuite été transféré à l’hôpital, où son état s’est avéré préoccupant. Souffrant d’un traumatisme crânien, il a dû être placé dans le coma artificiel « pour 15 jours » selon ses proches. Sa mère a exprimé sa douleur et son désespoir face à cette situation, craignant que son fils ne se réveille jamais ou qu'il garde des séquelles permanentes.
Un journaliste toulousain, Hugo Murail, a filmé la victime quelques minutes après les faits, sans connaître alors la gravité de sa blessure. Ce qui est sûr, c’est qu’il était dans une zone proche des forces de l’ordre. Au moment d’une charge des forces de l’ordre, en direction de la rue Bayard, j’ai vu un attroupement au niveau de Carrefour Market. Il me semblait qu’il était surtout touché à l’œil et au nez, mais après avoir revu les images, j’ai compris qu’il était surtout blessé à l’oreille.
Après ma vidéo, au moment où des policiers avançaient, deux manifestants l’ont pris sur leur dos, et l’ont emmené vers la gare. Il était défiguré, mais semblait conscient. Je ne sais pas ce qu’il est devenu ensuite.
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Des scènes d’une rare violence avaient éclaté dans les rues de Toulouse. Alors que les dégradations se multipliaient, des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre. Jets de gaz lacrymogène et tirs de flash-ball se sont alors succédés. Au lendemain de ces événements, la préfecture de la Haute-Garonne déplorait dimanche « de incidents graves (…) dans le cadre de la manifestation non déclarée » qui avait eu lieu en centre-ville.
Elle insistait : « Plus d’une centaine de casseurs s’en sont pris aux forces de l’ordre », soulevait-elle, relevant que « le dernier bilan actualisé est de 57 blessés, dont 48 policiers ». Soit 9 blessés dans les rangs des manifestants, d’après les services de l’État. Lors de cette même journée d’action du samedi 1er décembre 2018, d’autres affrontements ont eu lieu un peu partout en France, notamment à Paris. Une octogénaire a également été victime d’une grenade lacrymogène, à Marseille (Bouches-du-Rhône), là-aussi en marge d’un rassemblement des gilets jaunes.
Dans Cinq mains coupées, l’écrivaine Sophie Divry nous livre, à l’état brut, la parole de cinq hommes qui ont eu la main arrachée par une grenade lors du mouvement des Gilets jaunes. En plus de ces « cinq mains coupées », une trentaine de personnes ont perdu un oeil et plusieurs centaines ont été blessées pendant les manifestations des Gilets jaunes et les mouvements qui ont suivi.
Sophie Divry a expliqué qu'elle s'est intéressée à ces blessures car elles symbolisent l'écroulement d'un état de droit. C’est un symbole d’arracher une main, ça fait très châtiment à l’ancienne. C’est l’horreur absolue qu’un citoyen, en France, ait la main arrachée alors qu’il manifestait. Car on les a très peu entendus, ces mutilés.
Ce sont quatre ouvriers, Gabriel, Sébastien, Frédéric, Ayhan et un étudiant, Antoine. Ils ont entre vingt ans et cinquante ans. Ils habitent dans toute la France, Tours, Bordeaux, Argenteuil, un village de la Sarthe, une petite maison dans la Gironde. Deux sont pères de famille. Gabriel était Compagnon du Devoir. Ils étaient chaudronnier, technicien, plombier ou amarrait des bateaux. Ils ne peuvent plus exercer leur profession aujourd’hui.
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Ils voient arriver sur eux une grenade, et ont voulu l’écarter en pensant que c’était une lacrymo. Leur main a explosé d’un coup. L’accident les a démembrés, au sens propre et figuré. Tous ont perdu leur travail, tous sont enferrés dans des démarches administratives sans fin, les assurances, la mutuelle, les allocations à gérer… Quatre sur cinq ont obtenu le remboursement d’une prothèse et le versement d’une allocation - ça coûte très cher à l’Etat cette affaire. Ce ne sont plus les mêmes hommes.
Ils le disent : « on m’a pris ma vie », « je suis diminué ». Ils ont de nombreux traumatismes psychologiques, dont le livre d’ailleurs, ne dévoile qu’une infime partie. Le plus dur pour eux est d’être réduit à ça, à cette blessure. Aussi de voir l’IGPN et le procureur classer sans suite toutes leurs plaintes. Le parcours le plus résilient est sans doute celui d’Antoine, élu récemment conseiller municipal d’opposition à Bordeaux sur la liste de Philippe Poutou.
Jérôme Rodrigues, une autre figure des « gilets jaunes », a été grièvement blessé à l’œil lors d'une manifestation à Paris. Selon son avocat, il s'agirait d'un "tir de flash-ball". "J'ai des éléments matériels dans le sens où c'est un tir de Flash-ball" (un lanceur de balles de défense, NDLR), a déclaré Me de Veulle, disant "réfuter" totalement la thèse d'une blessure par un éclat de grenade de désencerclement.
Jérôme Rodrigues, toujours hospitalisé, a de son côté indiqué à LCI que l'un des projectiles qui l'a touché, tiré selon lui par un lanceur de balles de défense (LBD), avait été "ramassé" par des témoins. "Tout se passe très vite. On me lance une grenade et je me prends une balle. J'ai été doublement attaqué . Une grenade au pied et la balle", assure Jérôme Rodrigues, accusant les autorités d'"abattage dans les règles de l'art".
Interrogé par BFMTV dimanche matin, le blessé s'est dit " délibérément visé" par les forces de l'ordre. "J'ai été visé délibérément. Je suis une figure du mouvement, du moins à l'échelle de la manifestation parisienne et j'ai été plusieurs fois pointé du doigt par la police pendant de précédentes manifestations, donc je pense qu'ils savaient très bien sur qui ils tiraient."
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Cette blessure est intervenue le jour où face à la polémique sur les lésions graves causées par les LBD 40 - qui ont remplacé les Flash-balls dans l'arsenal policier - le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait décidé d'équiper pour la première fois de caméras-piétons les forces de l'ordre dotées de ces armes dites "intermédiaires".
"Il n'y avait pas de caméras (piétons), ni de sommations. C'est un non respect de la déontologie et des règles en vigueur", a déploré l'avocat de Jérôme Rodrigues sur BFM-TV. Le projectile ramassé par des témoins sera "mis à disposition" de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), saisie samedi par le préfet de police de Paris pour faire la lumière sur les circonstances de cette blessure. Une enquête a également été ouverte samedi par le parquet de Paris, selon une source judiciaire.
Des manifestants gravement blessés par les forces de l'ordre, dont la plupart lors du mouvement des "gilets jaunes", se sont constitué en collectif et appellent à nouveau à une grande manifestation nationale à Paris ce dimanche. Ils se sont baptisés les "Mutilés pour l'exemple".
Ces "mutilés pour l'exemple", comme ils s'appellent, ont justement été blessés un samedi de manifestation des "gilets jaunes". Ils ont perdu un œil, un testicule, une main, etc... Ils demandent l'interdiction des grenades et lanceurs de balles de défense.
Début mars, l'Intérieur comptabilisait 13 095 tirs de LBD depuis le premier acte de ce mouvement inédit et 83 enquêtes pour des tirs potentiellement problématiques. Dans un communiqué, le collectif de 38 membres écrit : "L'enfer de nos vies est tel que nous réclamons urgemment justice et la fin de l'utilisation des armes sublétales"
Pour Antoine, c'était à Bordeaux, il a ramassé une grenade qui lui a arraché la main. "Moi je demande une interdiction de ses armes et qu'on reconnaisse la responsabilité de l'État et de la chaîne de commandement. Beaucoup ont peur de manifester, cette violence est un moyen de dissuasion." Jérôme Rodrigues sera lui aussi présent, blessé place de la Bastille, il reviendra manifester là où il a perdu un œil.
Sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux, la mère d’un Gilet jaune venu manifester samedi 19 janvier à Rennes, raconte que son fils, âgé de 27 ans, a été blessé à l’œil. Il a été opéré, samedi soir, au CHU. Elle indique que son fils aurait été touché à l’œil « par un tir de flash-ball ».
Les forces de l’ordre ont utilisé des flashball, des grenades de désencerclement et des gaz lacrymogènes contre des manifestants majoritairement pacifiques. Nous avons pu recenser de nombreux cas de recours excessifs à la force par des policiers.
Selon les chiffres officiels, 1 407 manifestants ont été blessés, dont 46 grièvement, depuis le début des manifestations le 17 novembre 2018. Au total, 717 policiers, gendarmes et pompiers ont aussi souffert de violences. Or, si les autorités ont, de manière tout à fait légitime, condamné à maintes reprises les actes de violence commis par des manifestants, elles n'ont pas exprimé d'inquiétudes concernant le recours excessif à la force par des policiers, qui doit faire l'objet d'une enquête indépendante, impartiale et efficace.
Des récits de victimes et de témoins, ainsi que des vidéos que nous avons examinées montrent que la police a fait un usage inapproprié des flashball, en tirant sur la foule. Elle a aussi lancé des grenades de désencerclement, qui ne devraient jamais être utilisées dans des opérations de maintien de l'ordre.
Outre des manifestants, de nombreux journalistes ont été blessés, et certains ont affirmé avoir été délibérément visés. Une vidéo montre un journaliste portant un casque de presse touché dans le dos par une grenade de désencerclement alors qu'il s'éloignait du cordon de policiers. Thomas Morel-Fort, journaliste également, souffre de multiples fractures à la main après avoir été touché par un tir de flashball, alors qu'il portait un casque sur les deux côtés duquel figurait clairement la mention « presse ».
Les forces de l'ordre semblent avoir adopté une tactique délibérée consistant à installer des barrages pour fouiller toutes les personnes qui se rendaient aux manifestations, afin de confisquer les équipements de protection des manifestants, des journalistes et même du personnel médical.
Denis Meyer, photographe, a raconté que des policiers lui avaient confisqué son casque, ses lunettes de protection et son masque, et qu'il avait par la suite été blessé par une balle de flashball tirée à faible distance. Audrey, la secouriste, a indiqué qu'elle s'était fait confisquer non seulement ses propres équipements de sécurité, mais aussi ceux qu'elle avait dans son sac pour les personnes blessées.
Le 8 décembre, près de 400 personnes qui se rendaient aux manifestations ont été arrêtées à Paris après avoir été fouillées à des barrages de police. Ces « arrestations préventives » ont été rendues possible par l'autorisation accordée aux policiers, sur réquisitions du procureur de la République, de mener des opérations de fouilles dans certaines zones.
Parallèlement au mouvement des « gilets jaunes », un mouvement de lycéens a débuté le lundi 3 décembre, initialement pour protester contre la réforme du baccalauréat et la procédure d'admission à l'université. Dans la semaine qui a suivi, plus de 200 lycées à travers la France ont été bloqués par des élèves.
Mathieu Barraquier, enseignant à Garges-lès-Gonesse, dans la banlieue de Paris, a raconté avoir vu la tension monter d'un cran le 5 décembre devant le lycée Simone de Beauvoir, après qu'un arbre eut été incendié et que les policiers eurent commencé à revêtir leurs équipements anti-émeutes. Soudain, sans qu'il n'y ait eu d'éléments tangibles, j'ai entendu un tir de flashball et j'ai vu un élève s'effondrer. L'adolescent est resté deux jours à l'hôpital.
Le 6 décembre, des affrontements ont éclaté entre la police et des élèves du lycée Saint-Exupéry de Mantes-la-Jolie, en banlieue parisienne. Une vidéo montrant des dizaines de lycéens contraints de s'agenouiller, les mains derrière la tête ou menottées dans le dos, est devenue virale. Selon Mourad Battikh, avocat de plusieurs de ces jeunes, certains ont été maintenus jusqu'à quatre heures dans cette position. Le maintien des élèves dans une telle position pendant si longtemps, s'il est confirmé, s'apparente à un traitement cruel, inhumain ou dégradant, interdit en toutes circonstances par le droit international.
Le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé dimanche 27 janvier qu’il n’y avait « aucun élément » permettant d’affirmer que Jérôme Rodrigues, une figure des « gilets jaunes » blessée samedi à l’œil à Paris au cours de l’acte XI des manifestants, avait été touché par un tir de lanceur de balle de défense (LBD). Il a en revanche confirmé l’utilisation d’une grenade de désencerclement au même moment.
Laurent Nuñez a souligné que 32 tirs avaient été réalisés ce jour-là, « uniquement dans les endroits où il y a eu des violences ». Il a également affirmé que 101 enquêtes menées par l’IGPN étaient en cours. Il a précisé que 1 900 « gilets jaunes » avaient été blessés depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018, mais que cela n’avait « parfois rien à voir avec l’action de la police ». Il a souligné que 1 200 policiers et gendarmes avaient aussi été blessés.
| Catégorie | Nombre |
|---|---|
| Manifestants blessés | 1 900 |
| Policiers et gendarmes blessés | 1 200 |
| Tirs de LBD comptabilisés | 13 095 |
| Enquêtes de l'IGPN | 101 |
Les événements liés aux manifestations des gilets jaunes ont mis en lumière des questions cruciales sur l'usage de la force par les forces de l'ordre et la protection des droits des manifestants. Les enquêtes en cours et les témoignages des victimes soulignent la nécessité d'une transparence accrue et d'une réflexion approfondie sur les pratiques de maintien de l'ordre en France.
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