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Le gibier a le vent en poupe ! La mode du gibier fait son grand retour. De nos jours, pigeons, marcassins, faisans, lièvres, chevreuils, sangliers, sarcelles, poules d'eau, bécasses, grives, palombes ne figurent plus qu'à la table des familles de chasseurs et ne sont conviés qu'à nos repas de fêtes où ils font figure d'alternative exotique à la volaille.

Avec 15.000 tonnes de viandes de gibier consommées chaque année (soit 300 gr par habitant/an), les Français sont de faibles consommateurs de gibier, loin derrière leurs voisins européens et notamment les Finlandais qui en dévorent quant à eux près de 9 kg par habitant/an (source: Ministère Agriculture).

Face à ce désamour des consommateurs, la troisième édition de l'opération Gibier en Scène va mobiliser, du 2 au 8 novembre 2015, plus de 500 restaurateurs qui vont mettre en valeur le gibier et révéler ses saveurs peu ou mal connues et mettre en pièces quelques préjugés et idées reçues sur ces viandes, qu'elles proviennent d'animaux à plumes ou à poils.

Alors qu'elles présentent l'avantage d'être sauvages et donc élevées et nourries naturellement, on leur reproche d'être trop fortes en goût, longues à cuisiner et difficiles à digérer.

Les amateurs de venaison le savent bien: la plupart des animaux tués jeunes ont une saveur délicate et la préparation (avec un temps de marinade par exemple) et le choix de la recette sont déterminants dans l'équilibre des arômes et des saveurs en bouche.

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D'eau ou de plaine, qu'il courre ou qu'il vole, le gibier se prête à tous les styles de cuisine et à toutes les traditions culinaires: mariné, braisé, rôti, sauté, farci, en estouffade, en pâté, en terrine, en civet, en daube...

Astuces pour cuisiner le gibier

Cuisiner le gibier, c’est un défi de taille pour sublimer sa puissance sauvage sans en perdre le cœur tendre. Dans ce guide, découvrez nos astuces de terrain pour dompter les saveurs intenses, maîtriser les cuissons parfaites et même lancer un appel gourmand avec des recettes inédites - du pulled chevreuil aux tacos jusqu’au sanglier façon hot-dog.

Préparation de la viande

Le goût « sauvage » du gibier n’est pas un défaut mais une signature. Sur le terrain, on sait qu’il faut dompter cette puissance pour révéler toute la noblesse de la viande. Le trempage dans du lait ou de l’eau vinaigrée fait des miracles. Une bonne préparation, c’est 80% du travail.

Retirer l’excès de graisse et les aponévroses, c’est comme épiler une cartouche : indispensable. Ces parties concentrées de saveurs fortes peuvent transformer un plat réussi en cauchemar gustatif.

La marinade : l'arme secrète

La marinade, c’est l’arme secrète du chasseur en cuisine. À la fois traitement préventif contre les fibres rebelles et vectoriseur d’arômes, elle mérite qu’on s’y attarde.

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  • La marinade cuite: Classique redoutable pour les gros gibiers. Un vin rouge corsé, des oignons émincés, des carottes coupées en rondelles, un bouquet garni (laurier, thym, persil) font tourner en boucle sur feu doux. Laissez refroidir avant d’y plonger le cuissot de sanglier.
  • La marinade crue: Alliance du vin, d’huile d’olive et d’herbes fraîches. Le genièvre écrasé, les gousses d’ail émincées et le romarin haché transforment un simple rôti de biche en plat de chef.
  • La marinade « minute » ou rub: Pour les chasseurs pressés. Mélangez sel, poivre, herbes séchées et épices brisées (baies roses, coriandre). Frottez énergiquement la viande comme on prépare un appât.

L’acidité du vin ou du vinaigre dans la marinade agit en force tranquille. Elle dénoue les fibres musculaires, prépare la viande à absorber les arômes. Pour un cuissot de sanglier adulte, prévoyez jusqu’à 48 heures d’immersion. Une biche ou un faisan ? 12 à 24 heures suffisent.

Maîtriser la cuisson

L’objectif ? Vous l’avez traqué, abattu, dépecé. Maintenant, place à l’étape décisive : la cuisson. Mais gare à l’erreur fatale, le gibier n’est pas une viande comme les autres. Trop cuite, elle se venge en devenant coriace. Sous-cuite, elle déçoit.

Les morceaux de sanglier ou de cerf riches en collagène (épaule, jarret) exigent la patience. À 60°C, ce tissu conjonctif commence sa métamorphose en gélatine. Résultat : une viande fondante. Le civet, roi incontesté, utilise ce principe en cuisinant la viande dans sa marinade, retenant arômes et jutosité.

Pourquoi se limiter au traditionnel ? Un secret de pro : les acides (vinaigre, citron) accélèrent la dégradation du collagène. Une marinade de 12 à 24h préalablement paye double.

Les filets ou côtelettes de faisan n’attendent pas. Mais l’erreur du novice rôde : dépasser 65°C, c’est transformer un magret de pigeon en semelle. La règle d’or ? Saisir à vif, arroser régulièrement au four (160°C), puis laisser reposer 5-10 minutes sous aluminium. Le thermomètre à viande devient votre allié stratégique. Pour un chevreuil rosé, visez 58-63°C. Et si la viande provient d’un gibier sauvage non maturé, laissez-la reposer 4-5 jours au frigo.

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Le gibier demande respect. Sortez-le du frigo 30 minutes avant cuisson pour éviter le choc thermique. Évitez le sel précoce qui exsèche. Et surtout, ne piquez jamais la viande en cuisson : les sucs fuient, la sécheresse s’invite.

Idées de recettes modernes

Qui l’aurait cru ? La viande de chasse quitte les rôtis traditionnels pour des recettes express, festives ou internationales.

  • Le cerf en burger gagne en saveur avec un mélange porc/cerf (50/50). Grillée à haute température, une marinade sèche type Montréal BBQ relève les arômes.
  • Un braisage lent (10h à 85°C) rend la viande tendre, parfaite pour des tacos chauds et coriandre frais.
  • La focaccia aux olives noires et cervelas de sanglier transporte les saveurs méditerranéennes.
  • Le faisan en wok (15 min chrono) se saute avec pousses de soja, gingembre et sauce soja réduite. Une cuisson rapide qui préserve le moelleux de la viande.
  • Pour les keftas de chevreuil, le mélange d’épices (cumin, paprika, menthe) et le four à 230°C en 15 minutes transforment la viande en boulettes orientales.
  • Une marinade sucrée (bouillon miso, sauce soja/miel) sublime le lapin Teriyaki.
  • La pastilla aux amandes mélange volaille effilochée, amandes émondées et épices sucrées (cannelle, sucre glace) dans une pâte feuilletée.

Accords et accompagnements

Les fruits rouges tranchent avec la richesse du gibier. Pommes caramélisées sur purée de céleri pour le sanglier, figues confites avec un chevreuil… Ces touches sucrées-délicates sont vos armes secrètes. Vous risquez de gâcher 40 % de vos chasses si vous négligez ces mariages.

Une purée de panais adoucit le faisan, tandis qu’une poêlée de cèpes renforce l’âme forestière du chevreuil. Les légumes racines sont vos alliés : céleri-rave pour les plats en sauce, panais pour les rôtis. Et pour les puristes ? Une pointe de chocolat noir dans la sauce Grand Veneur n’enrobe le goût sans l’étouffer.

Quelques recettes classiques

Civet de Sanglier

À commencer par le civet de sanglier, le plat comfy et délicieux de l’hiver. Le détail chic : on remplace les carottes par des cèpes.

  1. Épluchez l’oignon et hachez-le.
  2. Dans un grand saladier, versez le vin et le jus d’orange, ajoutez le zeste, l’ail, l’oignon haché, les carottes, les grains de poivre, les clous de girofle, le thym et le laurier.
  3. Incorporez les cubes de sanglier à la marinade, mélangez bien pour les enrober.
  4. Faites chauffer l’huile dans une cocotte et faites colorer les morceaux de sanglier sur toutes les faces.
  5. Faites suer sur feu doux quelques minutes jusqu’à ce que les oignons deviennent translucides.
  6. Versez la marinade, 30 cl d’eau chaude, (tous les ingrédients doivent être immergés), émiettez la tablette de bouillon, ajoutez le thym et le laurier, salez légèrement.
  7. Délayez la fécule avec un peu d’eau froide puis incorporez-la.
  8. Faites cuire pendant 2 heures à petits frémissements, jusqu’à ce que la viande soit bien tendre.

En saison, remplacez les carottes par 400 g de cèpes frais, nettoyés et tranchés en lamelles épaisses. Conservez 2 carottes dans la marinade et pendant la cuisson. Poêlez les cèpes dans 2 cuillerées à soupe d’huile d’olive chaude jusqu’à ce qu’ils colorent.

Salmis de Perdreau

Pour cette recette classique, je m'en suis remis à Auguste Escoffier et j'ai adapté la recette de salmis de faisan qu'il propose page 670 du "Guide culinaire".

Voilà ce qu'il dit à propos du salmis : "Le salmis est peut-être la plus fine et la plus parfaite des préparations de gibier, que nous ai léguées l'ancienne cuisine. S'il est moins en faveur de nos jours, c'est parce que sa formule a été dénaturée, en s'appliquant sans discernement à des gibiers déjà cuits et réchauffé pour cet emploi, et les raisons d'économie n'y furent point étrangères."

Ingrédients pour 2 personnes :

  • 1 perdreau
  • Un peu d'huile d'arachide
  • 2 cuillères à café de Cognac
  • 1 belle échalote
  • 0.100 L de vin blanc
  • Quelques grains de poivre mignonnette
  • 0.500 L de fond brun de volaille
  • 0.010 kg de beurre

Remarque : J'ai remplacé 0.150 L de sauce espagnole de gibier et 0.150 L de fumet de gibier préconisés par 0.500 de fond brun de volaille, réalisé avec les parures et abats résultant de l'habillage du perdreau et des ailerons de volaille. Et pour avoir un goût plus corsé, j'ai mouillé le fond brun avec du fond blanc de volaille. Une fois terminé, je l'ai lié à raison de 15 gr au litre avec de la maïzéna.

Recette :

  1. Ciseler finement l'échalote.
  2. Dans une sauteuse, réunir le vin, l'échalote ciselée et les grains de poivre mignonnette.
  3. Porter le vin à ébullition et laisser réduire à feu modéré, presque à sec.
  4. Porter le fond brun de volaille à ébullition et laisser réduire de moitié. Ecumer régulièrement.
  5. Préchauffer le four à 200°.
  6. Dans un sautoir, coloré à feu modéré le perdreau sur toutes les faces avec un peu d'huile d'arachide.
  7. Mettre à rôtir le perdreau au four pendant 15 mn à 200°, le tenir vert cuit, mais sans excès. Abaisser la température du four à 100°.

Remarque : "Vert cuit" signifie que le perdreau n'est tout à fait cuit, il reste "rosé", car on va finir de le cuire pendant que l'on réalisera la sauce.

  1. Découper le perdreau en 4 morceaux.

Remarque : Comme me l'a signalé un internaute, classiquement on élimine la peau de la volaille. J'avais oublié de le préciser, mais personnellement je préfère la garder.

  1. Eliminer les ailerons.
  2. Disposer les morceaux de perdreau dans un plat allant au four.
  3. Ajouter dans le fond du plat un peu de fond réduit.
  4. Napper les morceaux de volaille avec le Cognac.
  5. Recouvrir le plat avec du papier d'aluminium et mettre le plat au four à 100° pendant environ 20 mn, puis baisser la température à 65°.
  6. Concasser finement les ailerons et la carcasse, c'est dire les tailler en petits morceaux.
  7. Replacer les ailerons et la carcasse concassés dans le sautoir qui a servi à rôtir le perdreau.
  8. Ajouter le mélange réduit, vin, échalote et mignonnette.
  9. Décoller les sucs à l'aide d'une spatule, c'est à dire détacher tout ce qui est attaché dans le fond du récipient de cuisson.

Remarque : Au début je pensais que la sauce allait être trop acide si je mettais tout le mélange réduit, vin, échalote et mignonnette, en fait j'ai fini par tout mettre et la sauce était extra !

  1. Ajouter le fond brun de volaille.
  2. Porter à ébullition et cuire à frémissement pendant 10 mn environ.
  3. Ecumer et dégraisser régulièrement, ici avec une cuillère, c'est plus pratique vu la faible quantité de sauce.
  4. Passer le tout au chinois étamine en foulant avec un pochon.

Remarque : "Fouler" signifie appuyer avec un pochon, (petite louche), pour extraire toute la sauce.

  1. Mettre la sauce dans une sauteuse.
  2. Porter à ébullition, réduire, écumer et dégraisser si besoin.
  3. Réserver les morceaux de perdreau sur une grille et les remettre au four à 65°.
  4. Passer au chinois le fond brun qui était dans le plat dans la sauce.
  5. Ajouter le beurre et monter la sauce au beurre.

Remarque : "Monter la sauce au beurre", c'est à dire mettre le beurre dans la sauce et remuer le récipient d'avant en arrière pour faire fondre le beurre et pour qu'il se répartisse dans la sauce en très fines gouttelettes.

Classiquement la volaille traitée en salmis se sert dans sa sauce.

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