Le nombre de féminicides continue d'augmenter en France. En 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, un chiffre en hausse de 11% sur un an, selon les dernières données du ministère de l’Intérieur.
Au total, les forces de l'ordre ont recensé 138 morts violentes au sein du couple en 2024, dont 31 hommes (+35% sur un an) selon l'étude nationale annuelle du ministère de l'Intérieur consacrée à cette question. "En moyenne, un décès est enregistré tous les trois jours", résume l'étude "sur les morts violentes au sein du couple" disponible sur le site du ministère. Ajoutons à cela que 403 tentatives d'homicides au sein du couple ont été recensées.
Selon l’Inter Orga Féminicides, qui regroupe plusieurs associations féministes et LGBTQIA +, l’année 2024 a connu 141 féminicides. La différence entre ces deux chiffres s’explique par les méthodes de recensement. « En moyenne, un décès est enregistré tous les trois jours », souligne le bilan annuel.
Dans le détail, 90 % des féminicides et homicides conjugaux ont été commis au domicile du couple de la victime ou de l’auteur, précise l’étude qui fait état de 49 usages d’arme blanche et de 34 usages d’arme à feu.
Le profil type de l'auteur "reste majoritairement masculin, le plus souvent en couple, de nationalité française et n'exerçant pas ou plus d'activité professionnelle", relève le ministère. Il est "majoritairement âgé de 20 à 49 ans" avec "un pic particulièrement important des 70 ans et plus par rapport à 2023".
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Concernant les victimes, 47% des femmes "avaient signalé ces violences antérieures aux forces de sécurité intérieure et, parmi elles, 81% avaient déposé une plainte antérieure".
Une victime bénéficiait d'un dispositif "téléphone grave danger", deux victimes d'une ordonnance de protection et un auteur faisait l'objet d'un placement sous contrôle judiciaire, selon l'étude.
Plusieurs rapports officiels sont unanimes et ont épinglé "une cause mal dotée" financièrement, déplorant les montants "dérisoires" dédiés.
La cartographie des 138 morts violentes au sein du couple recensées en 2024 met également en évidence de fortes disparités territoriales. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur demeure la plus touchée, avec 20 faits recensés, dont 11 dans le Var et 6 dans les Bouches-du-Rhône. Suivent l'Île-de-France (18 victimes), l'Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine (14 victimes chacune), ainsi que les Hauts-de-France et l'Occitanie (12 victimes chacune). Les départements du Nord, des Yvelines, du Rhône, de la Seine-Saint-Denis, de l'Hérault et de la Seine-et-Marne concentrent à eux seuls une part importante des drames conjugaux. À l'inverse, 38 départements n’ont enregistré aucun homicide conjugal en 2024, une situation toutefois en recul par rapport à 2023.
Si l’on rapporte ces faits à la population, le taux d'homicide au sein du couple atteint 0,20 pour 100.000 habitants au niveau national, mais il s'envole à 3,13 à Saint-Martin, loin devant la Martinique (0,82) et la Guyane (0,69). Ces chiffres rappellent que les territoires ultramarins, bien que moins nombreux en volume absolu, restent particulièrement exposés.
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L'étude confirme ainsi une concentration des violences conjugales dans les zones urbaines denses et les départements les plus peuplés du sud et du nord du pays, mais aussi leur persistance dans certains territoires insulaires où l'isolement géographique et social renforce la vulnérabilité des victimes.
L'étude fait état de 49 usages d'arme blanche et de 34 usages d'arme à feu.
Rares sont les statistiques officielles permettant d'observer les féminicides en France. Si l'on souhaite disposer d'éléments plus détaillés, c'est vers les articles de presse qu'il faut se tourner. Rédigés par les médias à la suite des drames qui surviennent sur le territoire, ils permettent généralement de connaître les circonstances des faits et la nature de la potentielle arme utilisée par l'auteur.
Cette méthode de recensement est celle adoptée par le collectif "Féminicides par compagnons ou ex". Fondé en 2016, il nous apprend qu'un fusil de chasse a été employé pour au moins 27,54% des 102 féminicides de 2020, et pour 25,44 % des 106 qui étaient comptabilisés en 2021. On retrouve ici le chiffre avancé par Sandrine Rousseau.
Une étude portant sur "l'homicide conjugal", conduite par la légiste Alexia Delbreil et le spécialiste en criminologie clinique Jean-Louis Senon, évoquait en 2018 au sujet des armes à feu "des armes d’opportunités, que l’on retrouve fréquemment dans les foyers". Et glissait que "parmi les armes blanches, quasiment les trois quarts sont des couteaux de cuisine. De même, parmi les armes à feu, les fusils de chasse représentent 71% des cas".
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| Indicateur | Nombre | Remarques |
|---|---|---|
| Femmes tuées par conjoint ou ex-conjoint | 107 | Chiffre en hausse de 11% par rapport à l'année précédente |
| Morts violentes au sein du couple | 138 | Inclut 31 hommes tués |
| Tentatives d'homicides au sein du couple | 403 | |
| Usage d'arme blanche | 49 | |
| Usage d'arme à feu | 34 |
Pour le collectif Féminicides par compagnons ou ex (FPCE), il est temps de mettre fin "à l'impunité". "Cette hausse de nous surprend pas, vu les baisses ou les reports de subventions qui affectent directement les associations, qui doivent fermer ou réduire des permanences" et ne "sont plus en capacité" de protéger les femmes victimes, ajoute-t-elle.
La baisse des subventions "est criminelle, l'État et le gouvernement ne sont pas seulement complices de ces féminicides mais bien responsables de leur survenance", abonde Maëlle Noir, du collectif #Noustoutes, "révoltée" par les chiffres de 2024.
Les associations féministes exhortent régulièrement le président Emmanuel Macron, qui avait fait à son arrivée au pouvoir en 2017 de la lutte contre les violences faites aux femmes "une grande cause nationale", à muscler les dispositifs existants et à revaloriser le budget alloué.
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