L'univers des munitions de calibre .22 à percussion annulaire est riche et souvent source de confusion. Sous l'appellation générique ".22" se cachent en réalité plusieurs cartouches distinctes : la .22 Court, la .22 Long et la plus connue de toutes, la .22 Long Rifle (LR). Bien qu'elles partagent le même diamètre de balle, ces munitions ne sont ni identiques ni toujours interchangeables.
Comprendre leurs différences est fondamental, non seulement pour choisir la munition adaptée à son arme et à sa pratique, mais aussi pour des raisons de performance et de sécurité. Cet article a pour but de clarifier les spécificités de chacune de ces cartouches historiques.
La .22 Court est la doyenne des cartouches métalliques commerciales encore en production. Développée en 1857 par Smith & Wesson, elle a été conçue pour être une munition de défense à très courte portée. Stricto sensu c’est un des calibres précurseurs du 22 LR, fondé trente ans avant (1857 contre 1887) déjà dans un rôle d’auto défense, pour les derringers et petits revolvers à port dissimulé qui, déjà peut nous faire dresser l’oreille.
Sa principale caractéristique est sa discrétion : elle génère une détonation très faible et un recul quasi inexistant, ce qui la rendait populaire pour le tir en intérieur ou dans les zones urbanisées. Aux USA, le « shorty » fut longtemps utilisé pour la vermine et le petit gibier à courte portée, notamment achever coons et moufettes pris au piège, le long rifle prenant le relais passé 50 mètres pour lapins, renards, voire coyotes.
Franck C. Barnes, dans « cartouches du monde » prônait une utilisation chasse pour tous les animaux jusqu’à 8 kg, ses 100 joules n’étant finalement pas si loin de la 22 LR standard (127 joules). Des essais que l’on trouve facilement sur le Net ont été faits sur du gel balistique et un taux de pénétration de 10 à 17 cm qui n’atteint certes pas les préconisations létales du FBI (30 cm), mais qui, à certains endroits, tir en pleine tête par exemple, est quand même mortel à tous coups.
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Aujourd'hui, son usage est plus confidentiel. On la retrouve principalement dans certaines épreuves de tir de vitesse (où sa faible puissance permet de limiter le relèvement du canon) et pour le tir récréatif à très courte distance. La munition qui fut employée jusqu’en 2004 pour le tir de vitesse 25m. tomba en disgrâce en 1960 à l’apparition des premières semi-auto de grande diffusion, le volume de tir abaissant le prix du long rifle quand le « short » se maintint au même, et surtout, ne bénéficiant plus d’aucun poste recherche et développement.
Sa balistique modeste la limite à un usage très spécifique et elle est inadaptée pour des tirs au-delà de 25 mètres. Bien sûr il a été relevé par les passionnés des sites « rimfire » où il est raisonnable de s’attendre si on tire avec une 22 « normale » (2) à des groupes de 5 cm à 50m qui feront sourire les tireurs, mais pas celui qui veut envoyer ad patres les parasites du jardin sans faire sursauter les voisins.
D’abord la petite balle de 29 grains contre les 40 du LR, un peu moins rapide (300-330m/s contre 325-380m/s en standard) et plus sensible au vent et moins cohérente pour les raisons d’abandon d’intérêt évoquées plus haut. Restent le silence et la capacité accrue des chargeurs pour les armes, rares de nos jours (1) qui la chambraient exclusivement : une Winchester 72 en emmenait 23, pas besoin de s’alourdir les poches pour chasser les « squirrels » !
Le 22 short serait peut-être donc tout autant que les long rifle plus silencieux (quiet, colibri) l’arme des James Bond des plate-bandes menant des opérations secrètes contre les ennemis des cultures, mais en moins précis ? Cela nous renvoie aussi à un récent article sur le taux de torsion du 22 LR (3) qu’impose la plus petite balle.
La .22 Long Rifle, introduite en 1887, est l'aboutissement de cette évolution et la cartouche à percussion annulaire la plus populaire au monde. Elle combine l'étui plus long de la .22 Long avec une ogive plus lourde (généralement 40 grains contre 29 grains pour les Short et Long). Ce simple changement a radicalement amélioré ses performances balistiques.
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La .22 LR offre un équilibre parfait entre précision, portée, coût et disponibilité. Sa polyvalence est son plus grand atout : elle excelle dans le tir sur cible, le plinking (tir récréatif), l'entraînement, la formation des nouveaux tireurs, et la régulation de petits nuisibles. La diversité des chargements disponibles (subsonique, standard, haute vélocité) la rend adaptable à toutes les situations.
Les travaux de Scott Volquartsen qui propose depuis 20 ans, des kits canons exclusifs short, notamment pour la populaire SA Ruger 10-22, même s’il emploie également le taux de 1/20, estime que le travail sur la chambre reste déterminant pour gommer les effets délétères (4) du « vol libre » né de l’étui plus petit et de la balle plus légère. De fait, si vous augmentez la longueur de la chambre avec une légère avance sur la prise des rayures, les balles courtes s’alignent mieux.
La précision dans ces chambres ad hoc, s’améliore, particulièrement à 25 mètres où le short, en silence, est plus meurtrier que le 22 LR car la vitesse plus lente et la densité de section inférieure donnent un temps d’expansion plus long et total sans passer au travers.
Pour visualiser clairement les différences, un tableau comparatif est l'outil le plus efficace. Les valeurs de vitesse sont données à titre indicatif et peuvent varier selon le fabricant et la longueur du canon.
| Caractéristique | .22 Short | .22 Long Rifle |
|---|---|---|
| Poids de la balle | 29 grains | 40 grains |
| Vitesse (approximative) | 300-330 m/s | 325-380 m/s |
Note : La .22 Long, munition intermédiaire, n'est quasiment plus produite et est donc omise de ce comparatif pertinent.
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La question de la compatibilité est cruciale. La règle de base est simple : n'utilisez que la munition pour laquelle votre arme est spécifiquement chambrée. Une arme marquée ".22 Long Rifle" est conçue pour la .22 LR. L'utilisation d'une .22 Court dans une telle arme, bien que possible, n'est pas recommandée.
L'usage d'une cartouche plus courte que la chambre entraîne une usure prématurée et un encrassement important. La balle doit "sauter" une distance plus grande avant de rencontrer les rayures du canon, ce qui dégrade la précision.
Outre la déformation progressive de l’entrée de chambre, il peut se créer un anneau de résidus carbonés et de plomb qui nuira ensuite à la précision. Il faut impérativement nettoyer au fur et à mesure ou mieux employer dans les chambres 22 LR des étuis longs, subsoniques ou « Z » pour tirer dans le garage. Attention, à 10m. ça troue encore pas mal un bottin !
De plus, dans une arme semi-automatique, l'énergie plus faible de la .22 Court est insuffisante pour faire cycler correctement le mécanisme.
1/La seule arme encore fabriquée de nos jours (par Miroku (ci-dessus à dr.) doit être la 22 Short Browning, qui serait chez nous en catégorie B. Mais il y a un bon siècle tout le monde en faisait : Martini, BSA (mod. 12), Greener (rook rifles), Marlin (39 A Golden Mountie), Remington 33, Winchester 72, plus les un coup low wall. Toutes nos vieilles Gaucher, Manu-Arm à un coup sont censées tirer les deux calibres et même les bosquettes encore plus courtes. On voit ci-contre dans l’ordre bosquette, 22 court, 22 long, 22 long rifle.
Aujourd'hui, pour le tir sportif, l'entraînement ou la régulation, le .22 Long Rifle s'est imposé comme la norme par son équilibre et la diversité de ses chargements. C'est pourquoi la grande majorité des nouvelles carabines et pistolets sont chambrés dans ce calibre.
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