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Le fusil Gras scolaire, bien que moins célèbre que son homologue militaire, le fusil Gras modèle 1874, représente un pan important de l'histoire de France. Ces armes, conçues pour l'instruction militaire des jeunes écoliers, témoignent d'une époque marquée par le désir de revanche après la défaite de 1870 et la volonté de préparer les futures générations au service de la nation.

Le Contexte Historique : Préparer la Revanche

La défaite de la France lors de la guerre de 1870 contre la Prusse a laissé une cicatrice profonde dans la société française. La perte de l'Alsace-Lorraine a alimenté un fort sentiment de revanche et une volonté de renforcer l'armée française. Dans ce contexte, l'idée d'initier les jeunes générations au maniement des armes a germé, dans le but de créer une nation de soldats prêts à défendre leur patrie.

Comme l'a souligné un contributeur sur un forum dédié aux armes militaires, "Incroyable quand même que la défaite de la guerre de 1870 ait marquée tellement les politiques de l'époque pour préparer des générations d'écoliers à une guerre plus que probable…". Cette citation résume bien l'état d'esprit de l'époque.

En effet, la société civile, galvanisée par la presse et les politiques, a joué un rôle important dans la promotion de l'instruction militaire. L'idée était d'initier les citoyens au maniement des armes dès le plus jeune âge, dans un cadre militarisé. L'école primaire est apparue comme le lieu idéal pour dispenser cette formation, permettant d'atteindre un large public de manière organisée et maîtrisée. Cette décision s'est accompagnée de cours théoriques et patriotiques destinés à la jeunesse française.

La Création des Bataillons Scolaires

Le décret du 6 juillet 1882 a officialisé la création des bataillons scolaires, validant ainsi une pratique qui se développait déjà dans de nombreuses communes. Ces bataillons rassemblaient les élèves des établissements d'enseignement public primaire ou secondaire pour des exercices gymnastiques et militaires pendant toute la durée de leur séjour dans les établissements d'instruction.

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Ces bataillons scolaires étaient encadrés par des instructeurs en chef et des instructeurs adjoints désignés par l'autorité militaire. Les instituteurs étaient également présents lors des réunions, qui se déroulaient en dehors des heures de classe réglementaires.

Voici le décret de création de ces Bataillons Scolaires en 1882:

  • ART. 1er Tout établissement public d'instruction primaire ou secondaire ou toute réunion d'écoles publiques comptant de deux cents à six cents élèves âgés de douze ans et au-dessus pourra, sous le nom de bataillon scolaire, rassembler ses élèves pour les exercices gymnastiques et militaires pendant toute la durée de leur séjour dans les établissements d'instruction.
  • ART. 2. Aucun bataillon scolaire ne sera constitué sans un arrêté d'autorisation rendu par le préfet. Cette autorisation ne pourra être accordée qu'après que le groupe d'enfants destiné à former le bataillon aura été reconnu capable d'exécuter l'école de compagnie. Il sera procédé à cette constatation par les soins d'une commission de trois membres, savoir: deux officiers désignés par l'autorité militaire et l'inspecteur d'Académie ou son délégué.
  • ART. 3. Tout bataillon scolaire, après sa constitution, devra être inspecté au moins une fois par an, par la commission désignée à l'article 2.
  • ART. 4. Tout bataillon scolaire recevra du ministre de l'instruction publique un drapeau spécial qui sera déposé, chaque année, dans celle des écoles dont les enfants auront obtenu, au cours de l'année, les meilleures notes d'inspection militaire.
  • ART. 5. Chaque bataillon scolaire se composera de quatre compagnies dont chacune comprendra au moins cinquante enfants.
  • ART. 6. Ne pourront faire partie du bataillon des élèves que le médecin attaché à l'établissement aura déclarés hors d'état de participer aux exercices gymnastiques et militaires du bataillon.
  • ART. 7. Tout bataillon scolaire est placé sous les ordres d'un instructeur en chef et d'instructeurs adjoints désignés par l'autorité militaire. La répartition des élèves dans les diverses compagnies est faite sur la proposition des chefs d'établissement par l'instructeur en chef
  • ART. 8. Un maître au moins de chaque établissement scolaire dont les élèves font partie du bataillon devra assister aux réunions du bataillon. Ces réunions auront toujours lieu, sauf autorisation spéciale de l'inspecteur d'académie, en dehors des heures de classe réglementaires.
  • ART. 9. Le bataillon scolaire ne pourra être armé que de fusils conformes à un modèle adopté par le ministre de la Guerre et poinçonnés par l'autorité militaire. Ces fusils, dont la fabrication sera abandonnée à l'industrie privée, devront présenter les trois conditions suivantes: n'être pas trop lourds pour l'âge des enfants; comporter tout le mécanisme du fusil de guerre actuel; n'être pas susceptibles de faire feu, même à courte portée.Ces fusils seront déposés à l'école.
  • ART. 10. Pour les exercices du tir à la cible, les élèves des bataillons scolaires âgés de 14 ans au moins, et que l'instructeur en chef aura désignés comme aptes à y prendre part, seront conduits au stand ou au champ de tir et y seront exercés avec le fusil scolaire spécial dans les conditions qui seront réglés par un arrêté des ministres de la Guerre et de l'instruction publique.
  • ART. 11. Aucun uniforme ne sera obligatoire. Les uniformes qui pourraient être adoptés par le bataillon scolaire devront être autorisés par le ministre de l'instruction publique. Les caisses des écoles pourront seules être autorisées par le préfet à fournir aux élèves, dans des conditions à déterminer par des règlements locaux, tout ou partie des objets d'habillement jugés nécessaires.
  • ART. 12. Les établissements libres d'instruction primaire et secondaire qui déclareront se soumettre à toutes les prescriptions du présent décret sont autorisés, soit à incorporer leurs élèves dans le bataillon scolaire du canton, soit, si leur effectif est suffisant, à former des bataillons scolaires distincts qui seront à tous égards assimilés à ceux des écoles publiques.
  • ART. 13. Les ministres de la Guerre, de l'instruction publique et de l'intérieur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.

Les Différents Types de Fusils Gras Scolaires

Pour répondre aux besoins de l'instruction militaire, différents types de fusils Gras scolaires ont été développés. On distingue principalement deux catégories :

  • Les fusils de tir réduit: Ces fusils étaient des copies réduites du fusil Gras modèle 1874, conçues pour le tir à courte distance. Ils utilisaient des munitions spécifiques, des cartouches de 11 mm Gras de tir réduit, avec une balle de plomb sphérique et une charge réduite de poudre. Ces fusils ne possédaient généralement pas de tenon de baïonnette.
  • Les fusils de maniement: Ces fusils étaient destinés à l'apprentissage du maniement des armes, aux exercices de visée et à l'ordre serré. Ils pouvaient être entièrement en bois, en bois et fonte, ou être des modèles réduits de belle facture. Certains modèles étaient équipés d'une culasse fonctionnelle mais vide, sans mécanisme de percussion.

Un collectionneur passionné a décrit sur un forum les différents types de fusils scolaires qu'il a pu observer : "Le premier est un fusil de tir réduit copiant le Gras… Il ne reçoit jamais de baïonnette, n'en possède jamais le tenon… Le second est un fusil de maniement destiné uniquement à l'ordre serré, aux exercices de visée et au maniement d'armes. Selon les moyens de la commune il est entièrement en bois, en bois et fonte, ou est un Gras modèle réduit de belle facture."

Parmi les fabricants de fusils de maniement, on peut citer Combier à Valence, Andreux à Paris et Huart Bender à Argenteuil. Ces fusils étaient parfois marqués du nom de la commune qui les avait acquis, témoignant de l'engagement des collectivités locales dans l'instruction militaire des jeunes.

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Les Caractéristiques Techniques du Fusil Gras Scolaire

Le fusil Gras scolaire était conçu pour être une version simplifiée et allégée du fusil Gras modèle 1874, l'arme réglementaire de l'armée française à l'époque.

Le Fusil Gras Modèle 1874

Le fusil Gras modèle 1874 était une évolution du fusil Chassepot modèle 1866, le premier fusil français à chargement par la culasse. Le fusil Gras utilisait une cartouche métallique de 11 mm, contrairement à la cartouche en papier du Chassepot. Cette cartouche était composée d'un étui en laiton contenant la poudre noire et une balle en plomb.

Le fusil Gras était équipé d'une culasse mobile permettant le chargement et l'éjection des cartouches. Il était également doté d'une hausse graduée pour le tir à différentes distances et d'une baïonnette de type épée-baïonnette modèle 1874.

Adaptations pour l'Instruction Scolaire

Les fusils Gras scolaires étaient adaptés aux besoins de l'instruction militaire des jeunes écoliers. Les principales modifications concernaient :

  • Le calibre: Les fusils de tir réduit utilisaient des cartouches de 11 mm Gras de tir réduit, avec une charge de poudre réduite et une balle de plomb plus légère.
  • La taille et le poids: Les fusils étaient plus courts et plus légers que le fusil Gras modèle 1874, afin d'être adaptés à la morphologie des enfants.
  • La sécurité: Les fusils de maniement étaient conçus pour ne pas pouvoir tirer de projectiles, même à courte portée.

L'Utilisation des Fusils Gras Scolaires

Les fusils Gras scolaires étaient utilisés dans le cadre des bataillons scolaires pour l'instruction militaire des jeunes écoliers. Les exercices comprenaient le maniement des armes, les exercices de visée, l'ordre serré et le tir à courte distance pour les fusils de tir réduit.

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L'instruction était assurée par les instituteurs, parfois assistés par d'anciens militaires.

Le Déclin des Bataillons Scolaires

Malgré l'enthousiasme initial, les bataillons scolaires ont connu un déclin rapide. Plusieurs facteurs ont contribué à cet essoufflement :

  • Les oppositions : Le clergé catholique s'est opposé à la pratique des exercices militaires dans les établissements privés.
  • Les difficultés financières : L'organisation et l'entretien des bataillons scolaires ont pesé sur les budgets des communes.
  • Les changements politiques : La dissolution de la Ligue des patriotes et la fuite du général Boulanger ont affaibli le mouvement.

En 1892, les bataillons scolaires ont été supprimés, mais le tir scolaire a été maintenu dans les écoles, avec le concours des sociétés de tir.

L'Héritage des Fusils Gras Scolaires

Bien que les bataillons scolaires aient disparu, les fusils Gras scolaires témoignent d'une époque où la France cherchait à se relever après la défaite de 1870 et à préparer sa jeunesse au service de la nation. Ces armes, souvent retrouvées dans les greniers ou les brocantes, sont des objets de collection qui rappellent un pan méconnu de l'histoire de France.

Aujourd'hui, ces fusils sont classés en catégorie D§e ("Armes historiques et de collection dont le modèle date d'avant janvier 1900, sauf celles classées dans une autre catégorie en raison de leur dangerosité"), ce qui signifie qu'ils peuvent être détenus librement par toute personne majeure.

Rechargement et Tir

Bien que les munitions d'origine ne soient plus fabriquées, il est possible de recharger les cartouches pour les fusils Gras scolaires de tir réduit. Cette pratique nécessite des compétences spécifiques et l'utilisation d'outils adaptés.

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