Le cinématographe c'est, depuis longtemps, tout un monde.
L'on ne peut plus compter ses industriels, ses commerçants, ses techniciens, ses artistes, ses auteurs, ses metteurs en scène ; l'on ne peut ignorer non plus ses commentateurs, ses critiques, ses chroniques, ses journaux, ses revues, ses marchés.
Lui voici un historien.
On lui connaissait déjà des apôtres.
M. Michel Coissac extrait de la précieuse documentation qu'il a, dès l'origine, amassée, le présent exposé qui deviendra pour nos neveux un traité classique.
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L'auteur était, à tout point de vue, qualifié pour entreprendre ce bel ouvrage.
Dès le berceau de la cinématographie il a suivi en ami loyal, avec fierté souvent, alarmé parfois, mais toujours dévoué, l'évolution d'un art dont il avait prévu et favorisé l'essor.
La fabrication et la mise au point des appareils, l'établissement des pellicules, l'édition des films n'ont aucun secret pour lui.
Il fait ici largement profiter le lecteur de sa science et de sa pratique, alliant l'objectivité de l'information documentaire à la sûreté d'une formation spécifiquement corporative.
Le cinématographe retient depuis longtemps l'attention de ceux qui ont su prévoir le développement créateur de cet art si chétif à son origine.
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Qu'il me soit permis de rappeler ce qu'en 1897 j'écrivais déjà dans un ouvrage consacré à la « chronophotographie » : « Le temps n'est certainement pas loin où l'on trouvera clans toutes les villes des salles de spectacle montrant ainsi la photographie animée du jour.
Fêle, catastrophe, manifestation seront cinématographiées el pourront être reproduites devant les yeux du monde entier.
» Les sarcasmes qui pouvaient accueillir alors de semblables affirmations se sont rapidement tus.
Le cinématographe c'est tout d'abord, au point de vue purement scientifique, une magnifique invention en grande partie française.
Si le nom d'Edison peut y être attaché, ceux des Marey, des Demeny, et surtout des frères Lumière, se reliant à la tradition française des iV iepce et des Daguerre, affirment la part considérable qui est celle de notre pays dans la création de ce merveilleux instrument de propagande mondiale qu'est le cinématographe.
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L'invention faite, les Français ici n'en abandonnèrent pas, comme il arrive trop souvent, l'exploitation aux pays étrangers.
Des industries nationales se sont développées qui ont su porter la fabrication des appareils et celle des pellicules à celle perfection que nous connaissons aujourd'hui.
La technique de la prise de vue s'enrichissait parallèlement de méthodes nouvelles qui en font un arl chaque jour plus achevé.
Fait scientifique, la cinématographie constitue aussi un fail social, un fail largement humain, capital dans l'histoire de ces vingt-cinq dernières années.
Le développement du cinématographe n'est pas achevé.
Il s'en faut de beaucoup.
Aussi peut-on poser encore la question de ses possibilités.
Le cinématographe a suscité les plus superbes espérances.
L'enthousiasme des précurseurs, des pionniers de la première heure tels que M. Coissac s'est justifié depuis.
Mais peut-on dire, à l'examen du cinématographe actuel el plus particulière- ment du cinématographe français, qu'il n'y ait pas eu dans l'évolution de cet art prodigieux quelques sujets de déception ?
Les causes de son succès sont trop évidentes et trop connues pour qu'il soit utile de les rappeler ici.
C'est le caractère universel de sa clientèle qui est apparu tout d'abord.
Le cinématographe atteint tous les publics.
Les cinématographistes sont, selon l'expression de M. Hamp, « les mécaniciens de la langue internationale ».
Si nous parvenions sur la planète Mars, ce serait sans doute par le cinématographe que nous communiquerions de la façon là plus, rapide et la plus complète avec les habitants de celle planète.
Le côté purement visuel du cinématographe explique pour une pari son pouvoir d'attraction sur les foules.
La lumière et l'ombre ont pris dans la vie moderne et surtout dans les villes une importance grandissante.
C'est avec, une opposition de lumière et d'ombre que l'on détermine un courant de clientèle : la souveraineté de l'ampoule et du tube lumineux sur les boulevards des capitales l'atteste tous les soirs.
La clarté remplace le sourire naguère accueillant du vendeur.
Nous sommes à l'époque de la lumière commerciale.
L'attirance de l'écran, blanc sur .noir, est du même ordre.
Dix écrans et avec des salles bien plus importantes, remplacent aujourd'hui l'unique salle de théâtre que possédait hier chaque quartier de Paris.
Une telle réussite nous doit-elle inspirer une joie sans mélange ?
Il faut l'analyser.
Le succès que nous devons enregistrer est, malgré la multiplicité des salles, bien localisé.
Il nç s'agit que du cinématographe théâtre, ou, plus généralement, du cinématographe d'affaire, du cinématographe d'argent.
Le succès commercial qui commandait l'arl et l'industrie du cinématographe les consacra unique- ment à leur application théâtrale.
Le théâtre eul un concurrent qui développa au delà de toute prévision la clientèle de ce genre de distraction.
Mais au lieu d'établir un art nouveau, on ne fit que transporter à l'écran les créations artificielles de la scène.
On traduisit en photographie animée le mélodrame, puis le roman feuilleton.
L'on jouait à coup sûr, la faveur du public populaire étant traditionnellement acquise à cet ordre de production.
L'obligation de rémunérer sans aléa une commandite toujours importante n'autorisait sans doule pas l'essai d'autres formules.
Nous serions cependant bien ingrats si nous déplorions celle réussite d'argent.
Seul le succès matériel du cinématographe théâtre a permis d'alieindre le degré de perfection technique que nous connaissons aujourd'hui, aussi bien pour les appareils de projection et de prise de vues que pour la pellicule et l'utilisation des éclairages.
Est-ce que pareillement la guerre, imposant la construction d'engins meurtriers perfectionnés, ne nous a pas conduits à d'énormes progrès de l'industrie métallurgique ?
Mais aujourd'hui, à côlé de ce cinémalographe d'argent, n'est-il pas possible de créer le cinématographe d'idées, le premier constituant le fait économique que nous signalions plus haut, le second développant considérablement l'importance sociale du cinématographe ?
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