Envie de participer ?
Bandeau

Au XVIIIe siècle, la composition et les effectifs des unités d’infanterie sont très dissemblables et varient au cours du temps.

Structure et commandement des unités d’infanterie sous l’Ancien Régime

Au XVIIIe siècle, la composition et les effectifs des unités d’infanterie sont très dissemblables et varient au cours du temps. On peut néanmoins considérer qu’en 1709, l’année de la bataille de Malplaquet, une compagnie réunit 40 hommes et le bataillon, unité tactique, environ 500. Le régiment, unité administrative, rassemble à cette époque 1 à 4 bataillons. Les effectifs des régiments demeurent variables jusqu’à la réforme du comte de Saint-Germain en 1776, qui fixe leur composition à 2 bataillons de 6 compagnies de 100 hommes chacune. Les grenadiers forment alors la compagnie d’élite du premier bataillon, les chasseurs celle du deuxième bataillon.

Le régiment est commandé par un colonel-propriétaire ou mestre de camp, le bataillon par un lieutenant-colonel secondé par un major pour les tâches administratives. La compagnie d’infanterie est placée sous les ordres du capitaine, assisté d’un lieutenant, d’un enseigne porte-drapeau et de deux sergents. Le colonel et les lieutenants-colonels, eux-mêmes capitaines de compagnies, appartiennent à la catégorie des officiers supérieurs tandis que les capitaines, les lieutenants et les enseignes, qui servent dans les compagnies, sont des officiers subalternes. Les sergents sont les principaux bas-officiers (appellation remplacée par celle de sous-officiers pendant la Révolution française). Dans chaque compagnie, il existe en outre des petits gradés appartenant aux hommes du rang, en général deux ou trois caporaux et quatre ou six anspessades.

Cette organisation du commandement des unités subit quelques changements dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : chez les officiers, l’enseigne est remplacé en 1762 par le sous-lieutenant ; chez les bas-officiers, les grades se diversifient, avec la création, en 1758, des fourriers (chargés du logement des troupes) et en 1776, des sergents-majors et des adjudants (aux missions essentiellement disciplinaires). Les charges de colonel et de capitaine restent vénales jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

L’esponton, la hallebarde et la pertuisane : origines et définitions

Connu et utilisé dès la fin du XVIe siècle, l’esponton est une pique courte associant un fer et une hampe. L’instrument est surtout utilisé sur les flancs des formations dans le but de pousser et d’aligner les soldats. Il permet aussi mesurer les distances entre les rangs.

Lire aussi: Évolution de la cartouchière en temps de guerre

À la fin du XVIIe siècle, le pouvoir royal souhaite limiter la diversité des armes des officiers. C’est dans cet objectif que le 10 mai 1690, une ordonnance de Louis XIV impose le port de l’esponton à tous les officiers de l’infanterie, des sous-lieutenants aux colonels compris. Le texte fixe sa longueur entre 7,5 à 8 pieds (2,43 à 2,6 m), ce qui est un peu supérieur à la moitié de celle de la pique4. L’esponton doit être porté devant l’ennemi mais plus généralement à tout moment du service et a, de ce fait, valeur d’insigne de commandement. En raison de sa qualité d’arme d’officier, sa forme n’est pas réglementée : seul compte le respect des dimensions fixées dans l’ordonnance5. Il résulte de cette absence de précision une grande variété de modèles, notamment au niveau de la pointe, souvent gravée, parfois ciselée ou dorée. Le premier modèle réglementaire d’esponton n’apparaît qu’en 1754.

À l’origine conçue pour le combat rapproché contre la cavalerie, la hallebarde devient au XVIIe siècle l’arme des bas-officiers de l’infanterie, plus spécialement celle des plus importants d’entre eux, les sergents6. Selon Pierre Surirey de Saint-Rémy, la hallebarde est une arme d’hast mesurant, hampe et fer compris, 6 pieds (1,95 m) à la fin des années 16907. Cette arme remplit, au sein des bas-officiers, les mêmes fonctions que l’esponton chez les officiers : elle est à la fois une marque de commandement et un instrument permettant de mesurer les distances (dans les camps, entre les rangs), de rectifier les alignements, de maintenir les soldats dans les formations en cas de panique8. Dans un tir en ligne, effectué au commandement, la hallebarde est aussi utilisée comme une canne, pour régler le niveau du feu, faisant en quelque sorte office de hausse (les fusils de l’époque en sont dépourvus). Elle sert également à relever les canons des fusils, qui ont tendance à s’incliner sous l’effet du poids de la baïonnette. En 1714, la hallebarde est remplacée par la pertuisane mais l’appellation de « hallebarde » demeure en usage (cf. infra).

Un débat quasi séculaire

L’obligation du port de l’esponton par les officiers, instaurée par l’ordonnance de 1690, ne fait pas l’unanimité, certains estimant que les espontons sont des armes inutiles et que les officiers doivent être munis de fusils. C’est le point de vue exprimé par Vauban dans un mémoire des Oisivetés consacré à l’infanterie, écrit probablement vers la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) :

« Il est très nécessaire que tous les officiers et sergents soient armés de bons fusils de guerre, avec des baïonnettes bien faites comme les soldats et de même longueur et calibre, hors qu’ils seront mieux faits et plus proprement montés, et cela au lieu de leurs piques et espontons, car il est ridicule et imprudent à un point que l’on ne saurait dire, de voir 192 officiers et sergents, quoique tous chasseurs et sans doute les meilleurs tireurs des régiments, inutiles et les bras croisés pendant que leurs bataillons sont tout en feu dans des actions où il n’y va jamais moins que de la vie et de l’honneur9. »

L’opinion formulée par Vauban ouvre un débat dont on trouve des traces dans les sources jusque dans les années 1770, et parfois bien après cette décennie. Les partisans de l’esponton, parmi lesquels le maréchal de Montesquiou en 171010, ou le baron de Pirch dans les années 1770, font avant tout valoir que le rôle d’un officier n’est pas de tirer sur l’ennemi mais de conduire sa troupe. Pour une partie des officiers et des responsables militaires, l’esponton est l’arme qui convient le mieux à l’accomplissement de cette tâche. Cette conception est soutenue par divers motifs : la demi-pique rend les chefs visibles, leur donne de la grâce et permet, surtout, de maintenir l’ordre et la discipline parmi la troupe, le désordre au combat étant l’une des principales hantises de l’officier. Redresser un rang, diriger un tir, empêcher plusieurs hommes de fuir, tels sont les usages où l’esponton est reconnu comme l’instrument le plus adapté. Pour les défenseurs de l’arme d’hast, un officier armé d’un fusil concentre son attention sur le tir et ne peut, en conséquence, surveiller, maîtriser sa troupe et lui donner les ordres opportuns. Cette opinion est exprimée par le baron de Pirch dans un mémoire adressé au secrétaire d’Etat de la Guerre Monteynard vers 1772 : « Une grande partie des officiers ne mettent leur occupation qu’à tirer le plus qu’il leur est possible au lieu de veiller à ce que la troupe obéisse au commandement, à maintenir l’ordre dans les manœuvres, à faire serrer les rangs, à observer partout que les files ne se confondent point11… »

Lire aussi: L'équipement du soldat américain : la cartouchière Mills

D’autres, en revanche, se situent dans le sillage de Vauban, milord Clare12, M. de Cornillon13, le lieutenant général François de Chevert ou encore le comte de Clermont, mettent en avant les multiples inconvénients de l’esponton. Ce dernier est jugé inutile en campagne et inadapté à la guerre dans les pays fragmentés, notamment montagneux. Fragile, il s’abîme rapidement, aussi est-il fréquent que ceux qui en sont dotés en prennent peu soin, les perdent ou s’en débarrassent. Confrontés à l’ennemi, les porteurs d’esponton sortent l’épée en attendant de pouvoir ramasser le fusil d’un homme hors de combat.

Ces réalités sont exposées par milord Clare dans un mémoire de 1749. Selon cet officier général irlandais au service de la France, l’ordonnance du 1er décembre 1710 (cf. infra) a, avec raison, limité le nombre d’espontons en service. L’esponton, explique-t-il, est une arme reconnue mauvaise dans les batailles rangées, notamment sur certains théâtres d’opérations comme l’Italie, l’Espagne et une partie de l’Allemagne, qui sont des pays fourrés, entrecoupés de haies et de fossés. Cette arme lui paraît également d’une faible utilité dans les pays de plaine où les armées ne s’approchent pas assez pour qu’il soit fait usage de cette petite pique. Avec des armées de plus en plus nombreuses et des combats de postes14 qui décident en grande partie du succès, Clare souligne à nouveau la rareté des occasions de l’emploi de cette arme d’hast. « Aussy, poursuit-il à propos des espontons, tous les officiers ou les cassent en s’en servant, pour passer des hayes et des fossés, ou les jettent pour prendre le fusil du premier soldat tué ou blessé ; ils en portent [des fusils] même au combat quand ils le prévoient, de ceux qui sont inutiles aux faisceaux et qui appartiennent aux soldats désertés ou qui ne peuvent marcher15. »

Bref, comme le dit un document manuscrit de 1750, les espontons « tels qu’ils sont aujourd’huy ne valent rien16 ». Leurs détracteurs insistent au contraire sur les avantages du fusil dans les mains des officiers. Si ceux-ci en sont armés, ils disposent de la sorte d’un moyen d’assurer eux-mêmes leur « sûreté » ou leur « conservation », c’est-à-dire de pouvoir se défendre. De surcroît, la puissance de feu des bataillons sera quantitativement augmentée par suite de l’accroissement du nombre d’armes de tir. Dans son mémoire de 1749, le lieutenant général de Clare fait ainsi remarquer qu’un lieutenant détaché dans un poste commande ordinairement 20 à 28 hommes. En s’armant du fusil dit-il, « il fait un homme de plus lorsqu’il est attaqué17 ». Le feu sera aussi amélioré sur le plan qualitatif car, suivant la remarque de Vauban en 1697, les officiers sont généralement appliqués et adroits au tir : à leur exemple, le soldat prendra davantage le temps d’ajuster et se règlera sur son chef pour délivrer ses coups. Mais même les partisans du fusil sont conscients que les tâches d’un chef sont avant tout de diriger et d’assurer l’ordre dans les actions. Ils ne recommandent par conséquent qu’une utilisation modérée et limitée du feu par les lieutenants et les capitaines. L’un des arguments souvent avancés par les défenseurs du fusil est que les officiers compétents sauront s’en servir avec modération : se consacrant d’abord au commandement des troupes, ils ne tireront qu’en cas de nécessité18. Certains responsables de cette tendance n’hésitent d’ailleurs pas à inverser le rôle traditionnellement dévolu à l’arme à feu, considérant que celle-ci est plus propre au maintien de la discipline au combat que l’esponton, la hallebarde ou la pertuisane. C’est le point de vue de M. de Cornillon qui, en 1758, juge également le fusil plus efficace dans la garde et la défense des drapeaux :

« Ceux [les officiers] qui sont de serrefile en imposent a tous les soldats de leurs divisions par la crainte qu’auroit celui qui voudroit s’en aller d’etre attrapé a quelque distance qu’il soit par le feu de son officier, lequel étant derrière les rangs n’a pas pu s’en dégarnir. Dans le cas ou les officiers d’un corps sont obligés de se porter en avant avec les drapeaux pour rallier leurs soldats, s’ils sont armés de fusils ils en imposeront davantage a une troupe qui viendra à eux, que si on ne leur voit que des espontons, et que l’on ne voye pas sortir de feu du peloton qu’ils formeront […] Je proposerais également d’oster la hallebarde au sergent pour lui donner un fusil, outre les raisons ci dessus qui sont a peu près les memes pour le sergent que pour l’officier, ceux qui le jour d’une affaire sont chargés de la garde des drapeaux, seroient plus en état de les deffendre contre quelques gens déterminés qui s’abandonneroient dans un bataillon en désordre19. »

Les réponses hésitantes et changeantes de la réglementation

Face à ces débats d’experts, les ordonnances tranchent successivement en faveur soit de l’esponton, soit du fusil qui finit cependant par l’emporter. L’abandon officiel et définitif de l’arme d’hast est décidé au cours des années 1760, lorsque Choiseul dirige le secrétariat d’État de la Guerre (1761-1770). Les règlements ultérieurs confirment cette suppression, mettant fin à plus de soixante-dix ans de mesures et de contre-mesures. Nous rappelons ici les dispositions des principaux textes royaux parus après l’ordonnance du 10 mai 1690, qui attribue l’esponton à l’ensemble des officiers, jusqu’au grand règlement sur l’habillement et l’équipement du 1er octobre 1786. Même si l’application des ordonnances n’est ni immédiate ni intégrale, la succession de celles citées ci-après fait apparaître la lenteur et les difficultés de la reconnaissance du fusil comme arme d’officier. Le contexte, qu’il soit pacifique ou guerrier, exerce toujours une influence importante.

Lire aussi: Les cartouchières de la gendarmerie : une analyse historique

Pendant la guerre de Succession d’Espagne, les officiers des armées de Bavière et du Dauphiné, pays fragmentés où l’esponton et gênant et inutile, sont armés de fusils. Dans les autres armées cependant, les officiers conservent l’esponton. Cette absence d’uniformité de l’armement fait l’objet de discussions entre les commandants d’armées, les inspecteurs généraux de l’infanterie, le ministre Voisin et Louis XIV. À l’issue de ces échanges de vues, le roi ordonne, le 12 novembre 1710, que les officiers subalternes soient armés du fusil à baïonnette.

Évolution de l'équipement du légionnaire : La cartouchière au fil des campagnes

Au fil des campagnes, l'équipement du légionnaire a subi de nombreuses transformations, adaptées aux besoins et aux contraintes du terrain. La cartouchière, élément essentiel de cet équipement, a également évolué pour répondre aux exigences du combat.

  • Campagne de Crimée : Durant cette période, le légionnaire était équipé de la cartouchière ventrale dite « Légion du modèle 1840 », ce qui leur valut le surnom de « ventres de cuir » par les Russes.
  • Colonnes de 1881 : La tenue de campagne se modernise avec l'ajout d'une longue cartouchière portée en travers de la poitrine.
  • 1934 : L'équipement est modifié avec l'apparition d'un anneau sous chaque cartouchière, permettant d'accrocher la musette et le bidon.
  • 1946 : Les nouveaux équipements du modèle 1945 sont mis en place, en cuir fauve, avec un ceinturon, des brêlages avec triangle arrière de suspension, et une paire de cartouchières pour le Mas 49 et Mas 49/56 ou porte-chargeurs pour le PM MAT 49.
  • Années 1980 : Un nouvel équipement individuel en toile polyamide étanche remplace progressivement les modèles en cuir.
  • Guerre du Golfe : Les gilets pare-éclats évoluent vers un modèle TTA français, assurant une protection contre les petits éclats du champ de bataille.
  • Opération Pamir : Le gilet pare-balles « CIRAS » d’origine américaine est mis en dotation, offrant une meilleure ergonomie et modularité.
  • 2009 : Les premières unités de Légion perçoivent un nouvel équipement de combat de type « Molle », intégrant un harnais de câblage et un sac à dos tactique.
  • 2017 : Les soldats de l’armée de Terre reçoivent une « structure modulaire balistique » (SMB) de nouvelle génération, fusion du gilet de protection balistique et du système de transport des matériels de combat.
  • 2022 : Une version améliorée de la SMB arrive dans les forces, grâce aux retours d’expérience des soldats sur le terrain.

Cette évolution constante témoigne de l'importance accordée à l'équipement du légionnaire, et de la nécessité de l'adapter aux réalités du terrain et aux nouvelles technologies.

Albert Copieux : Témoin de la Grande Guerre

Albert Copieux, peintre, graveur et aquarelliste, a laissé un témoignage saisissant de l'horreur des conflits à travers une œuvre monumentale constituée de 1530 dessins et croquis de guerre. En tant que téléphoniste, il est chargé de transmettre les données de tirs aux artilleurs et d'assurer les communications. Ses œuvres retracent les moments historiques de la Grande Guerre, capturant les dures réalités du front souvent occultées dans les œuvres des peintres officiels.

Dans ses représentations, Copieux illustre les épreuves quotidiennes des soldats, comme la longue marche harassante sous le poids des équipements (sac à dos, musette, cartouchière, fusil, casque) lors de la relève. Il immortalise également la violence des combats, les paysages dévastés et la présence constante de la mort sur le champ de bataille.

À travers ses œuvres, Albert Copieux nous offre un regard poignant sur la vie des soldats pendant la Première Guerre mondiale, soulignant l'importance de se souvenir de leur sacrifice et de l'horreur des conflits.

tags: #cartouchière #guerre #de #7 #ans #description

Post popolari: