Le fusil Peabody-Martini est une arme emblématique du XIXe siècle, combinant des innovations techniques et une histoire riche en événements marquants. En 1874, pour remplacer les fusils à percussion à chargement par la bouche, la Turquie a opté pour le fusil Peabody-Martini, très proche du fusil Martini-Henry britannique. Ce fusil monocoup à culasse bloc-tombant utilise une puissante munition de 11 mm. Le Peabody-Martini s’est révélé être d’une excellente facture, très résistant et l’un des fusils les plus précis de son époque.
Au milieu du XIXe siècle, le fusil Dreyse à aiguille et la culasse à verrou ont marqué le début d'une révolution technologique. En 1864, le War Office britannique a envisagé de moderniser l'armement de son infanterie. Un concours a été lancé le 25 juin 1865 pour concevoir la meilleure arme militaire avec la meilleure munition. Les participants incluaient Peabody, Henry, Fosbery, et Martini. Frederich von Martini, un armurier suisse d'origine hongroise, a amélioré le système à bloc tombant de l'Américain Peabody. Alexander Henry d'Édimbourg a conçu un canon avec un système de rayures performant. En 1871, la Royal Small Arms Factory d'Enfield a combiné ces deux innovations pour créer la carabine Martini-Henry.
Les armes à bloc basculant Peabody trouvent leur origine dans le brevet N° 35.947 déposé le 22 Juillet 1862 par Henry O. Peabody de Boston dans le Massachusetts. La Providence Tool Co de Providence dans le Rhode Island, qui avait produit plus de 80.000 fusils à percussion au cours de la guerre et désirait poursuivre la fabrication d'armes, signait le 26 Octobre 1864 un accord avec H. Peabody afin de s'assurer les droits de fabrication de son arme.
Le système Peabody appartient à la famille des armes à bloc tombant dans lequel un bloc de culasse articulé se déplace vers le bas sous l'action du levier de manœuvre faisant fonction de pontet. Associé à ce basculement, un extracteur à griffe agit sur la face inférieure de la cartouche. La mise à feu est assurée par un chien extérieur qui doit être armé manuellement au préalable.
La première commande militaire sera passée par le gouvernement du Canada suite à des essais menés en Août 1866 et portera le 20 Septembre de cette même année sur 5000 fusils chambrés pour la cartouche 50-60 Peabody à percussion annulaire (identique au chambrage des fusils Springfield Joslyn M1865) au prix unitaire de 25$. Ce modèle, connu comme le M1866 Canadian Peabody, se caractérise par sa grande longueur (près de 1.4m soit la version la plus longue), par la présence de trois anneaux grenadière (deux seulement sur les autres versions) et par ses marques apposées des deux côtés du boîtier de culasse (côté gauche uniquement pour les autres), et la simple hausse à un seul feuillet dérivée du fusil à percussion Springfield M1861.
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Après ce premier succès, la Providence Tool Co va présenter son arme successivement au Danemark où, malgré ses qualités, un désaccord financier empêchera une commande, puis en Russie, au Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en Prusse sans toutefois rencontrer le succès. La deuxième commande sera reçue de Suisse. Ce pays étant alors en cours d'expérimentation en vue de choisir une arme à chargement par la culasse passera commande de 15.000 exemplaires (n°s de série 5500 à 21.000) du fusil Peabody afin d'assurer l'intérim.
Cette commande portait sur 25.000 fusils (N°s de série 21.000 à 52.000) connus comme modèle M1867 Roumanian. Chambrés pour la cartouche 45 Roumanian Peabody à percussion centrale, ces armes se caractérisent également par leurs hausses à cadran plus volumineuses que celle du modèle Suisse et par la modification du bloc tombant due à l'emploi d'une cartouche à percussion centrale.
La dernière version produite sera développée pour assurer les livraisons de la commande passée par l'Espagne. Ce modèle se caractérise par la plus grande longueur de son boîtier de culasse due à la longueur de la puissante munition de calibre 43 Spanish. La commande de l'Espagne portera sur 10.000 fusils envoyés en Amérique centrale afin de combattre l'insurrection Cubaine et sera suivie d'une commande de 8500 exemplaires identiques passée par le gouvernement Mexicain.
Mais c'est la guerre Franco-Prussienne de 1870 qui verra la Providence Tool Co obtenir sa plus grosse commande de la part du gouvernement de défense national Français par l'intermédiaire du courtier Anglais Austin Baldwin, portant sur 39.000 exemplaires du fusil type Espagnol et sur plusieurs centaines de carabines en calibre 56-50 Spencer. Toutefois, la guerre prendra fin après que seulement 33.000 aient été livrées (N°s de série 52.000 à 110.000).
Cette arme fonctionne autour d’un bloc pivotant conçu par le Suisse Friedrich Von Martini.
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En 1870, l’Empire Ottoman décide de moderniser son armement d’infanterie, hétéroclite et obsolète, par une dotation en fusils à chargement par la culasse et à petit calibre permettant une cadence de tir plus rapide que les antiquités alors en sa possession. Confronté à une forte menace des Russes, désireux de contrôler les deux rives du détroit des Dardanelles, devant faire face aux tentatives séditieuses des populations de son vaste Empire, le Sultan Abdulaziz fait réaliser un concours où vont rivaliser les meilleurs fusils du moment ; Peabody, Rolling Block, Martini-Henry et Winchester.
Bien que ce fut le modèle Martini-Henry retenu par les autorités militaires, c’est Winchester qui remporta le contrat de vente en proposant le Martini Henry bien moins cher que la concurrence. Mais Winchester n’avait pas l’outillage pour fournir les 200 000 fusils commandés et due rétrocéder le contrat à la Providence Tool Company (produisant les Peabody ), tout en empochant une généreuse commission et plaçant un contrat pour quelques milliers de ses Musket 1866.
La Providence Tool Company, installée à Providence, état de Rhodes Island, produisait le fusil Peabody dont elle détenait les brevets depuis 1865. Elle fournissait ces armes aux milices d’états mais n’avait pas réussi à l’imposer au gouvernement américain qui lui préférait la transformation, à l’Arsenal de Springfield, des fusils à percussion en système à tabatière.
Toutefois elle parvint à vendre son arme à de nombreux pays dont la France qui en importa quelques milliers lors de la guerre franco-prussienne. Un citoyen suisse, Friedrich Von Martini, mit au point la modification permettant l’armement du percuteur à l’ouverture de la culasse (le Peabody présentait encore un chien à armer avant le tir). En montant un canon conçu par l’écossais Henry, les britanniques développèrent leur propre « bâtisseur d’empires », le célèbre Martini-Henry.
Von Martini ayant repris sans licence le mécanisme Peabody, Providence Tool en contrepartie utilisa le système Martini sur ses nouveaux fusils. Les premiers Martini-Peabody livrés en 1874 sont semblables aux Martini-Henry mkI de l’armée britannique excepté le calibre dont nous reparlerons. On distingue deux types, « A » et « B », le premier présentant la sureté qui fut rapidement supprimée sur les modèle britanniques. La plaque de couche des armes livrées aux Turcs est en aluminium quadrillé. Sur les armes britanniques cette plaque de couche équipait les premières versions mais jugée trop fragile elle fut remplacée par une plaque lisse en acier.
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On retrouve sur le flanc gauche du boîtier les marquages de Providence Tool Company et sur le flanc droit, entre l’indicateur de chargement et le petit levier de sureté, le n° de série (en turc ) et le sceau de propriété du Sultan de la Sublime Porte. Sur les principales pièces de l’arme est frappé le poinçon de la commission turque d’acceptation, commission détachée aux ateliers de Providence. Ce poinçon représente un croissant surmontant un « M ».
La cartouche du Martini turc est la 11.43x59r, dénommée « 45 Peabody-Martini » dans la nomenclature américaine et « 450 Turkish Peabody-Martini » dans la nomenclature britannique. Certains auteurs la désigne comme 11.43x 55r, sur le schéma ci-dessous la longueur de l’étui 2,330 inch, correspond bien au « x59 ». Je ne connais pas la charge ni le type d’ogive utilisé à l’époque. Une publicité pour la version civile de la cartouche donne une charge de 85 grains de PN pour un projectile de 480gr.
Le choix du calibre - et de l’arme- pour la version destinée au Turc correspondrait à l’opportunité de correspondance avec un lot de 50 000 fusils Martini offert au Sultana par le Khédive d’Egypte, Ismael Pacha, vassal de l’Empereur Ottoman ( armes chambrées en 11.43x59r, dénomination parfois confondue avec le 43 égyptien destiné aux Rolling Block).
L’Empire Ottoman renouvela ses commandes à la Providence Tool co jusqu’à environ 600.000 fusils et la manufacture développa sa production pour faire face au marché, embauchant un millier d’ouvriers et en s’équipant de machines outils neuves.
Son plus haut fait d’armes a eu lieu pendant la guerre russo-turque de 1877, notamment au siège de Plevna, où il a surpassé les fusils tabatières Krnka utilisés par les Russes. Le fusil a été progressivement transféré à la réserve opérationnelle à mesure que des générations successives de fusils Mauser ont pris le relais. En 1912, l’Empire ottoman a décidé de rechambrer ces fusils pour la nouvelle cartouche réglementaire 7.65 mm Mauser. Outre la guerre russo-turque de 1877, les Peabody-Martini ont été utilisés pendant les guerres balkaniques, la Grande Guerre, et la guerre gréco-turque.
En 1874, pour remplacer les fusils à percussion à chargement par la bouche, la Turquie a opté pour le fusil Peabody-Martini, très proche du fusil Martini-Henry britannique. Ce fusil mono coup à culasse bloc-tombant utilise une puissante munition de 11 mm. Le Peabody-Martini s’est révélé être d’une excellente facture, très résistant et l’un des fusils les plus précis de son époque.
En 1874, pour remplacer les fusils à percussion à chargement par la bouche, la Turquie a opté pour le fusil Peabody-Martini, très proche du fusil Martini-Henry britannique. Ce fusil mono coup à culasse bloc-tombant utilise une puissante munition de 11 mm. Le Peabody-Martini s’est révélé être d’une excellente facture, très résistant et l’un des fusils les plus précis de son époque.
Mais les retards de paiement des Turcs et les tergiversations autour des différentes commissions à reverser aux autorités mirent à mal la trésorerie de la Company qui fit finalement faillite en 1882, seule une branche fabriquant des machines à coudre lui survécut. On estime que 90.000 fusils Peabody-Martini ne furent pas livrés au gouvernement turc suite aux non paiements des commandes. La Providence Tool réussit à en vendre une partie à différents pays ; 30 000 au Pérou, 3000 à la Corée, et certaines armes furent converties en 57-70 et 45-70 pour le marché civil américain. En 1880, les Russes vendirent au Japon 9000 Peabody-Martini pris aux Turcs lors du conflit de 1877. Ces armes furent marquées en japonais sur le canon et les marquages en turc de la hausse furent approximativement modifiés pour correspondre à des chiffres arabes. Ces armes étaient destinées à la Marine Impériale ( qui avait acquis, dès 1874, 5000 fusils Martini-Henry produit par Braendlin Armoury ). Puis déclassées par l’armée elle furent affectées au Ministère de l’Education.
En complément de cette modernisation, l’Empire ottoman, dans les années 1870, fit un achat stratégique majeur pour moderniser son armée, en acquérant 48 314 fusils et 18 425 carabines Winchester 1866 au calibre .44 Henry. À cette époque, l’Empire ottoman faisait face à une situation géopolitique extrêmement tendue, où le panslavisme atteignait son apogée. Son rival principal était la Russie, avec qui il luttait pour le contrôle de l’Europe centrale et l’accès à la mer Noire. Les fusils et carabines Winchester 1866 furent principalement affectés aux troupes auxiliaires, comme les artilleurs, pour qui le fusil Martini-Peabody de 1872 était inadapté.
Le rôle le plus emblématique des Winchester ottomanes fut lors du siège de Plevna en 1877, où le général Osman Pacha utilisa les fusils à levier pour résister avec succès aux assauts des forces russes, roumaines et bulgares. Grâce à la capacité de feu rapide des Winchester, les Ottomans purent décimer les vagues d’attaques ennemies avec des balles de 13 grammes, de calibre .44 Henry (11 mm), atteignant une vitesse initiale de 340 m/s. L’Empire ottoman inventa également une version modifiée du Winchester, intégrant un système de refroidissement par eau pour le canon, dans le but d’augmenter sa durabilité lors des combats prolongés. La conception du fusil Winchester, basée sur un mécanisme à levier sous-garde, avait été perfectionnée par l’ingénieur B.
Dans le cadre de sa modernisation, l'Empire Ottoman adopte également le fusil Mauser 1871/84 M1887 en 9.5x60R. La firme Mauser a développé le fusil 1871 à culasse mobile capable de tirer une cartouche métallique (en 11mm). L’arme est à un coup, seul inconvénient ! En 1884, l’arme est modifiée pour devenir à répétition. On y installe un magasin tubulaire et un ingénieux système d’alimentation à auget, invention de l’ingénieur Kropatchek.
Ce même système d’alimentation servira d’ailleurs à l’élaboration de celui de notre bon Lebel. De leur côté, les turcs ne disposant pas d’industrie armurière digne de ce nom, mais ayant de grandes frontières à défendre et des conflits larvés avec pas mal de leurs voisins, se devaient d’être à la page en matière d’armement. Ils avaient déjà jugé de l’efficacité des armes occidentales et notamment américaines. C’est muni de fusils Peabody Martini en 11.43x59R et de Winchester qu’ils répondent aux russes à la bataille de la Plevna (1877). Le Peabody Martini va très bien pour les engagements à grande distance et son calibre d'obusier convient très bien pour freiner les ardeurs de la cavalerie. Les Winchester à répétition font merveille dans le combat rapproché.
Forts de cette expérience, ils recherchent donc logiquement une arme qui fasse les deux et passent un contrat avec la firme Mauser (le début d’une longue histoire d’amour). Ce sera le modèle Mauser 1871/84 M1887 en 9.5x60R. Cette munition, pure création de la firme Mauser, leur est présentée comme le must de ce qui se fait en matière de munition à poudre noire, un aboutissement. Elle restera surtout dans l’histoire comme la dernière munition réglementaire à poudre noire. Après, on va, très vite, passer à la PSF.
Le contrat est bien ficelé. Il prévoit qu’en cas d’évolution importante dans le monde de l’armement la commande puisse être modifiée en conséquence. De fait, prévu au départ pour 700 000 armes, seules environ 220 000 seront produites et livrées.
| Modèle | Calibre | Fabricant | Quantité (estimée) | Utilisation |
|---|---|---|---|---|
| Peabody-Martini | 11.43x59R | Providence Tool Company | ~600,000 | Arme principale d'infanterie |
| Winchester 1866 | .44 Henry | Winchester | 48,314 fusils + 18,425 carabines | Troupes auxiliaires, artilleurs |
| Mauser 1871/84 M1887 | 9.5x60R | Mauser | ~220,000 | Arme de transition |
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