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La peinture d’hiver ou la neige, on ne la représente pas beaucoup, mais cela se représente beaucoup plus à partir du 19e siècle. On le verra dans nos peintures, cette évolution et cette variété de peinture de neige.

Le Défi de Peindre le Blanc

C’est compliqué, c’est même un paradoxe parce que comment la peindre ? Comment peindre le blanc quand on veut peindre du blanc sur une toile blanche ? C’est vrai que c’est une non-couleur, le blanc, mais c’est également une non-couleur qui va refléter toutes les Lumières. Et oui, c’est ça qui est difficile, ce jeu de reflets, ce jeu de lumière.

La Neige: Un Monde de Couleurs

Et la neige, c’est tout à fait ça, parce que la neige n’est pas monochrome. Quand on regarde la neige de près, on s’aperçoit en fait que ce sont des milliers de petites facettes de cristaux glacés qui par leur transparence renvoient la lumière. Et donc en fait, si la neige est au soleil, elle sera jaune. Si la neige est à l’ombre, elle sera mauve. Mais les peintres, ils ont compris ça.

Et justement, ils vont irriser leur palette de plein de couleurs pour sublimer la neige et pour éviter de peindre juste du blanc. On peut même penser que dans le Grand Nord, chez les Inuits, il existe plus d’une vingtaine de mots pour qualifier le blanc, tellement le blanc peut être teinté de gris, d’ocre, de rose, de bleu. Et là ça donne une couleur qui est tout autre.

Le Paysage et l'État de la Neige

Oui et puis c’est un défi qui se rajoute aussi au paysage où s’inscrit la neige finalement. Parce qu’une neige dans la montagne, dans les bois ou en ville sera différente. Et selon son état, si elle vient de tomber, si elle est poudreuse, si elle est fine. Est-ce qu’elle est en train de fondre, d’être verglacée ? Est-ce qu’elle est épaisse ?

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Les Émotions Évoquées par la Neige

Et puis il y a toute une ambiguïté quand on voit la neige. Quelle est l’émotion qui vient donc nous prendre ? C’est vrai qu’il y a une idée de pureté, mais il y a également une idée de danger qui peut exister. C’est vrai qu’elle peut être cette neige d’une affolante clarté, dans ce cas-là elle est immaculée, il y a cette idée de virginité. Mais on peut également penser en la voyant à quelque chose de complètement négatif qui évoque l’angoisse, le deuil, la désolation.

Oui donc, au fil des 30 minutes et des 10 visuels que nous allons vous présenter, on va parler donc d’une saison, qui est l’hiver. Ça s’impose. Mais pas simplement puisque si on pense à la neige éternelle, on peut tout à fait être en été. Si on pense aux premières neiges, on peut être en automne, d’accord, en novembre par exemple. Mais on peut parler également, des neiges de printemps et dans ce cas-là on peut être en avril. Ce n’est pas si simple.

Louise Joséphine et les Pyrénées Enneigées

Alors nous nous trouvons ici devant l’église abbatiale de Saint-Savin. Alors où ça se trouve ? Nous sommes dans la vallée d’Argelès et vous avez cette construction du 12e siècle. Donc sur la droite, Vous voyez cette église un petit peu défensive puisqu’au 14e siècle on lui a fait ce drôle de clocher en éteignoir. C’est une tour lanterne.

Maintenant, qui est l’auteur de ce tableau ? Cette Louise Joséphine, eh bien elle est une peintre paysagiste. Elle est également une grande voyageuse en Europe et dans les Pyrénées. Et c’est vrai qu’elle ne se limite pas à la vallée d’Argelès. C’est celle que vous découvrez ici. Elle peint également Gavarnie, Cauterets, la région de Luchon également.

Ces sites sont des sites qui, au début du 19e siècle, sont connus mais rares sont les gens qui s’y aventurent et rares sont les peintres qui les représentent. Et que dire des femmes peintres ? Elle est l’unique à le faire. Et elle veut tellement être au plus près de la nature qu’on dit, et c’est une vérité, qu’elle s’est installée seule dans une cabane de berger afin de peindre au mieux ces Pyrénées, avant de se lancer dans son atelier pour des grandes compositions. Donc ici c’est un tableau qui fait 65 cm sur 104. Ca vous donne un petit peu le format.

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Notre peintre ici traque vraiment la pureté de la lumière, la fraîcheur des couleurs et les détails très délicats. Alors cette composition est particulièrement harmonieuse. Et je dirais que la perspective est également très efficace puisque sur la gauche, vous avez la vallée en contrebas avec une ligne oblique qui creuse la perspective.

Donc on est dans les années 1830 et vous avez en fait une composition qui joue sur le parallèle entre à droite et bien les hauts murs et le clocher de l’Église, et à gauche, les abruptes montagnes qui sont enneigées. Et au premier plan, vous avez cette construction qui est un lieu où des hommes d’église conversent encore. Ils se retirent du monde. Et vous avez derrière eux, ce paysage vierge, cet univers immaculé.

Sur la gauche, une église avec des flèches pointues qui rivalisent un petit peu avec les montagnes et leurs sommets aiguisés. Alors vous avez derrière cette construction, un autre et ultime poste, une petite chapelle isolée sur un petit python. Qui est le dernier poste justement habité avant le mystère et l’altitude et le silence de la montagne.

C’est intéressant de voir comment donc Louise Joséphine nous propose sur la droite du tableau, ses couleurs chaudes, la patine ocrée orangée des pierres dorées et puis à l’arrière, le blanc minéral glacial transparent. Une autre position, c’est la neige loin derrière tandis que devant, c’est une végétation qui est déjà presque printanière. Et c’est ça qui est intéressant ici de voir que finalement, ces neiges, on peut considérer qu’elles seront des neiges éternelles qui dureront tout l’été.

Une époque bien révolue. Parce que si l’on fait un petit point météo climat, les neiges éternelles, aujourd’hui, c’est une appellation qui va disparaître. Mais vous voyez, on commence en douceur, parce que le premier paysage ne nous propose qu’un tout petit peu de neige au sommet des montagnes.

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Le Roi des Neiges: Un Peintre Italien du 18e Siècle

C’est un peintre italien du 18e siècle qui réalise beaucoup de paysages de neige. En fait, on l’appelle même le roi des neiges, carrément, voilà, c’est son créneau. Alors il s’installe à Rome, comme tout artiste à cette époque qui veut développer son réseau et travailler. Mais pourtant, il ne s’intéresse pas du tout à l’architecture romaine et antique. Lui, ce qu’il aime, c’est les paysages et la nature. Et donc il revient régulièrement dans la campagne de son enfance, pour peindre tous ces paysages et ces paysages d’hiver.

Alors pourtant, quand on pense Italie, on a tendance, et à défaut parfois, de penser le Sud, le soleil, la plage. Mais il y a aussi d’autres choses. Il y a bien sûr les montagnes. Même si ici, on a un petit peu du mal à savoir où on se trouve exactement. La géographie est assez floue. Vous avez une vallée bordée de montagnes, traversée par une rivière. Alors on pourrait être un petit peu partout en Europe, en Italie, en Hollande, parce qu’il n’y a pas vraiment d’architecture qui pourrait nous aider. D’ailleurs, la neige gomme toutes les particularités géographiques. Mais on peut quand même imaginer qu’on est dans les Alpes italiennes.

Alors ce qui est intéressant, c’est que c’est un peintre italien, mais qui emprunte vraiment aux peintres nordiques. Parce que les peintres nordiques et hollandais maîtrisent parfaitement la peinture de neige, les lacs gelés. On est vraiment dans cette image là , la minutie de la peinture. Vous pouvez penser au grand peintre néerlandais du 17e Avercamp par exemple. On peut penser à Bruegel, enfin, à d’autres peintres en tout cas, qui s’emparent de ces sujets où on a vraiment toujours ces petits personnages qui représentent une activité humaine et rurale, qui se noient dans un décor très très grand. Et c’est ce qu’on trouve ici, parce que d’ailleurs quand on zoome, on s’aperçoit que sur ce sentier gelé, et bien il y a un homme emmitouflé qui transporte sur son dos du bois et qui avance avec précaution.

Et puis à côté de lui, il y a des personnages avec et bien peut être un cheval et il y a comme un trafic de peaux animales un petit peu. On se demande ce qu’ils font. S’il y a une sorte de marché, un peu. Et de l’autre côté de la rivière, sur le zoom qui est en-dessous, vous avez une grotte qui sert d’étable, un petit peu pour abriter vache et chien qui sont un peu en retrait de tout ça.

Voilà donc c’est intéressant aussi de prendre en compte le format. Le format qui est parfaitement allongé de ce tableau. C’est tout à fait étonnant pour nous proposer un paysage panoramique. Et de regarder aussi toute cette minutie qui vient directement des peintres hollandais. La minutie, des arbres avec ses branches très fines, qui sont ciselées dans le ciel. Cette ligne d’oiseaux. On a les rochers, on a ce petit village en arrière-plan. Tout est très très fin ici.

Et puis évidemment, on a un tableau avec une palette chromatique très harmonieuse. Des nuances de blanc et de gris avec quelques rehauts d’ocre pour parler des maisons, des arbres et de la roche. Mais la lumière reste pauvre et basse pour nous parler d’un paysage endormi et sourd, dans lequel on imagine que les sons sont parfaitement étouffés par le manteau de neige. Aucun bruit, si ce n’est le crissement de la neige sous les pas des marcheurs ou peutêtre le clapotis de l’eau. Mais on est dans une grande sobriété.

Et c’était intéressant de terminer en vous disant qu’ici, c’est un paysage qui évoque peut-être par cette ambiance un peu rurale et la pauvreté des vêtements, quelque chose de difficile. On est loin des paysages idylliques. Aujourd’hui, quand on pense à la neige, on pense aux vacances, aux balades familiales, aux jeux dans la neige.

La Sculpture et l'Hiver: Une Allégorie de la Pauvreté

Alors on va sortir de cette ambiance où le ciel est bas, pour parler de la seule sculpture que nous vous présenterons. Alors ici effectivement, on ne voit pas la neige, mais comme il s’agit d’une œuvre en marbre blanc, et bien on peut imaginer qu’on reste quand même dans le thème. Alors il s’agit avec cette sculpture, d’une commande d’un grand avocat toulousain qui voulait donc décorer son salon. Et il a demandé aux quatre plus grands sculpteurs toulousains de l’époque, et bien, de représenter les quatre saisons de l’année. Ici on a une œuvre réalisée par Jules-Jacques Labatut. Mais les autres saisons, ce n’est pas lui qui s’en occupera. Il y a notamment pour l’automne une œuvre de Falguière qui est un autre très grand sculpteur dont on vous a déjà parlé.

Alors revenons à Labatut. C’est vrai que l’œuvre qu’il a réalisée, donc pour vous donner une petite idée, elle fait 97 cm de haut, donc presque 1m. Ca vous donne une petite idée. Et c’est vrai que c’est une œuvre qui insiste sur la pauvreté. Vous voyez les haillons qui servent de vêtements à cette jeune fille. Le bois mort à ses pieds. Ses pieds nus également. Elle n’a même pas les moyens pour avoir des vêtements chauds. Toute son attitude, tout son corps dit le froid, étant donné qu’elle a la tête baissée. Elle a la tête enfouie sous un foulard. Ses mains sont jointes comme pour se réchauffer et son corps est recroquevillé pour offrir le moins de surface possible, je dirais, au froid. C’est ça l’idée. Et elle personnifie véritablement la nature en sommeil et les rigueurs de l’hiver.

C’est vrai qu’avec Marthe on s’était dit qu’on était près, donc tout près de cette fable de la Fontaine qui s’appelle “La cigale et la fourmi”. Puisque finalement elle porte en bandoulière mais remisée dans son dos, sa mandoline puisqu’elle ne peut plus s’en servir étant donné que la saison n’est pas propice, Elle ne peut plus chanter. Et c’est vrai qu’elle peut juste errer telle une âme en peine. Et c’est vrai qu’on se dit que la cigale ayant chanté tout l’été se trouve bien dépourvue puisque la bise est venue. On a envie de lui dire “mais que faisiez-vous aux temps chauds ?”. Et elle répondrait “mais je chantais, ne vous déplaise”. Voilà, on est dans le contexte.

Alors c’est une saison de tristesse, une saison négative, une saison de contrainte. L’hiver, très souvent, les artistes le représentent sous les traits d’un vieillard fatigué. Et là, notre sculpteur Labatut, nous propose une jeune fille. Alors évidemment, c’est la sensualité de son âge qui est ici présentée. Le modelé délicat de son corps. Voilà, le vêtement est volontairement un peu déchiré sur l’épaule. Donc Labatut fait partie du groupe des Toulousains qui était très très influent à la fin du 19e siècle.

Alexandre Antigna et la Question Sociale en Hiver

Alors on va revenir à la peinture parce qu’effectivement, parler de la neige en peinture, c’est peut-être plus simple qu’en sculpture. Là c’était vraiment surtout le contexte de l’hiver. C’est vrai qu’Alexandre Antigna, c’est un peintre qui est très préoccupé par la question sociale. Il s’intéresse à la Révolution ou à l’esprit de la révolution de 1848 et à tout le contexte de cette période. C’est à dire et bien la période de l’exode rural. Ce moment où les paysans quittent les campagnes pour aller espérer trouver du travail en ville. Mais il s’intéresse à la précarité de la condition de ces réfugiés. La difficulté du monde paysan, l’industrialisation, toute la misère qu’elle entraîne, la condition ouvrière. Bref, c’est le peintre des humbles. Ils cherchent à leurs donner une dignité en les représentant. C’est un peintre réaliste qu’on peut rapprocher de Courbet et c’est quelqu’un d’engagé.

Mais dans ce tableau ici, il nous montre un moment très anxiogène, déjà parce que la nuit tombe. Et on imagine qu’avec la nuit, le froid ne va cesser d’augmenter et de s’intensifier. Le cheval est couché, la carriole est renversée. Rien ne va plus. Cette famille qui était en chemin pour aller quelque part, peut-être en ville dans cette période d’exode rural, est obligée de s’arrêter suite à un incident. Est-ce que le cheval a glissé sur cette neige verglacée ? Est-ce que le cheval a été attaqué par un loup dont on peut deviner la silhouette un petit peu au fond vers la droite, vers la gauche, pardon. On ne sait pas vraiment. Mais en tout cas le mystère est là et on sait que c’est compliqué pour cette famille. Et en plus de ça, la neige a dû brouiller tous les repères. Peut-être qu’ils ont perdu la trace de leur chemin. Tout est compliqué. Et on peut se dire que comme il fait nuit, il va refaire froid et peut-être qu’il va recommencer à neiger et peut-être que le feu ne va pas tenir. Voilà, on peut imaginer un peu toute la catastrophe qui peut arriver. En tout cas, on sent que la neige est tombée parce que, regardez, elle est évidemment au sol avec ses teintes bleutées. Et on a aussi cette neige qui est saupoudrée, qui saupoudre les vêtements, le haut de la carriole. Donc voilà, on a ces petites tâches blanches qui nous disent vraiment le froid et la difficulté de cette saison. Et puis regardez la couleur du ciel, pour évoquer le temps qui est parfaitement lourd...

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