La tension du risque est palpable, et les avertissements ne manquent pas. Parmi ces derniers, la nouvelle publiée hier stipule que tout Allemand qui exporte ses capitaux ou, les ayant exportés, ne les rapatrie pas, sera puni de mort.
Faut-il rappeler que même au plus dur de la guerre, l'exportation de capitaux ne fut pas assimilée au crime de haute-trahison ? La peine pour les Allemands coupables, jusqu'à ces derniers jours, était de six à quinze ans de prison.
Peine largement suffisante, semblait-il, pour empêcher ceux des Allemands qui avaient exporté leurs capitaux ou voulaient les exporter, d'y voir une manière de tranquillité. Cette peine déjà énorme s'est révélée inefficace. Le général Goering y substitue simplement la menace de mort.
Nouvelle occasion de mesurer la distance de l'Europe à l'Amérique. La paix, disait, il y a deux jours, le président Roosevelt, dépend de la libre circulation des marchandises et des capitaux.
Un peu moins gênée que l'Allemagne, mais tout de même gênée et soumise à des moyens d'autorité qui ne sont pas faibles, l'Italie ne prend pas des mesures aussi draconiennes. L'Italie cherche à rester en relation avec l'intérieur.
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Elle cherche même à emprunter au dehors. Elle ménage ouvertement les chances qu'elle puisse reprendre une collaboration internationale. Différence instructive.
Elle fait ressortir ce qui est particulier à l'Allemagne : le caractère fermé, entièrement exclusif et concentré de son effort actuel. Le montant des capitaux qui ont pu s'évader d'Allemagne depuis deux ans, est relativement très faible, compte tenu du nombre d'émigrés ou d'exilés qui partirent sans leurs biens et, aussi, du nombre de nationaux allemands qui travaillent à l'extérieur.
Le caractère violent et absolu des prohibitions nouvelles atteste donc quelque chose d'anormal : soit une crise aiguë dans l'approvisionnement des matières importées intéressant le salut public, soit une volonté de constituer d'urgence des réserves de devises ou de denrées.
Notre Chambre, en écoutant aujourd'hui déclarations et discours sur la politique extérieure, sera-t-elle saisie du sens anormal de la situation européenne, et comprendra-t-elle que, dans une situation anormale, on ne peut raisonner comme si l'on avait le loisir de changer la nature des choses ou des hommes ? Pendant quinze ans la paix se contenta de promesses d'avenir.
Elle est suspendue désormais à quelques réalités immédiates, dont la plus importante réside dans notre discipline nationale. Lucien Romier.
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La maison Michelin décide d'allouer une majoration horaire de 0 fr. 70 à ses ouvriers. Les répercussions de cette mesure : ce qu'en disent les grands et petits patrons.
Le 6 décembre, ainsi qu'il en a été décidé par le gouvernement, la semaine de quarante heures sera appliquée dans l'industrie métallurgique. Cette mesure ne satisfait pas encore les ouvriers qui demandent un réajustement de leurs salaires sur la base de 15 pour cent, en raison de la hausse de la vie.
Sur ce sujet, le Syndicat des métaux de la région parisienne a engagé une discussion avec la Chambre patronale. Or, sans préjuger de l'issue de ces pourparlers, la direction de la Maison Michelin qui construit les voitures et les camions Citroën, a pris la décision d'allouer une augmentation horaire de 0 fr. 70 à l'ensemble de son personnel, ouvriers et employés.
Cette mesure a évidemment été accueillie avec une vive satisfaction par ceux qui en bénéficient. « Belle victoire de la puissance d'organisation de la classe ouvrière, qui sera plus solidement que jamais unie dans son organisation syndicale », dit le Populaire.
Berlin, 3 décembre. Les lycéens allemands passeront leur baccalauréat (Abifur) à la fin de la classe de première et non plus à la fin de l'Oberprima. Cette classe supérieure des lycées sera supprimée.
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Après avoir passé l'Abitur, les jeunes gens devront s'engager dans le service du travail. Cette mesure est motivée par les faibles effectifs des années creuses et la nécessité de recruter rapidement des officiers d'active et des officiers de réserve parmi les jeunes intellectuels.
Dans les milieux scolaires allemands, on qualifie cette mesure de Kriegsabitur (baccalauréat de guerre).
Thomas Mann et 38 autres personnes sont déclarés déchus de la nationalité allemande.
Hier, plus que le débat sur la presse, le vote final de la discussion qui va commencer sur la politique extérieure préoccupait les esprits. Que va devenir, en face de la question de non-intervention en Espagne, le bloc des 370 voix de front populaire ?
Cette majorité, dès hier, semblait moins compacte, à en juger par les porte-parole des partis socialiste et communiste. M. Jacques Duclos, dans l'Humanité, approuvant le discours prononcé à Saint-Etienne par son camarade Thorez, écrivait : « Le gouvernement reste sourd à la voix du peuple, il oublie le programme du Front populaire mais nous, nous restons fidèles à ce programme et c'est pourquoi nous combattons l'erreur terrible commise par le gouvernement français. »
A la même heure, dans le Populaire, sous ce titre Un dernier mot, paraissaient ces lignes qui visaient aussi le discours de dimanche dernier. Le journal socialiste admettait qu'on différât d'avis sur une question inexistante lors de l'organisation d'une coalition.
Mais, écrivait -il, quand on essaie de dresser l'opinion publique contre le gouvernement, la cohésion nécessaire à l'action commune est brisée et l'unité de la coalition politique gravement menacée. Et les radicaux ? Quel est leur état d'âme ?
Hier, leur groupe était réuni, et M. Mistler, président de la commission des affaires étrangères, au cours d'un exposé de la situation extérieure, a « vivement blâmé les communistes de leurs efforts contre la politique gouvernementale de nonintervention. Et ce blâme a été unanimement approuvé par le groupe.
Ces positions connues, que sera la bataille ? Les faiseurs de pronostics étaient, dans les couloirs, très divisés. Leurs prévisions, comme toujours, dépendait de leurs désirs, de leurs craintes ou des opinions qu'ils avaient charge de répandre.
Du côté gouvernemental, une précision on affirmait qu'en cas d'abstention des communistes, M. Léon Blum, se conformant à ses discours, considérait que son cabinet était désormais sans force, et sans appui. Il porterait sa démission à M. Lebrun, comme s'il était en présence d'un vote d'hostilité.
Ce vote d'hostilité du parti de Moscou n'est pas une impossibilité, mais il n'est pas du tout une certitude. Le groupe se réunira samedi le débat va durer deux jours 56 orateurs sont inscrits après la déclaration de M. Yvon Delbos et l'intervention de M. Léon Blum.
Les amis de M. Duclos tiendront compte aussi de l'attitude de la droite. Quelle sera-t-elle dans cette question de politique extérieure, où M. Yvon Delbos, devant les commissions, a été plusieurs fois félicité ?
Les vétérans du Palais-Bourbon pensaient que les communistes ont encore trop d'avantage à garder le ministère pour voter conformément à leur campagne. Le style des ordres du jour permet bien des équivoques.
Mais, s'ils votent pour M. Léon Blum, ils ne le lui pardonneront pas. Henri Vonoven.
Quelques bons critiques ont pensé que la décadence du théâtre venait du relâchement des mœurs, que lorsque tout était permis, il n'y avait plus de conflits et que le dramatique s'effaçait là ou disparaissaient le respect du titre et les dignités du cœur.
Pourtant, ce que les mœurs bourgeoises ont perdu en rigueur n'a pu réduire les exigences de certaines charges. La Course du Flambeau est interrompue et l'on tient pour une peccadille qu'une femme imite la signature de ses parents mais tandis que la comédie bourgeoise s'enlise dans nos facilités, Bérénice demeure vrai.
On le voit aujourd'hui l'éternité de certaines situations et de certains thèmes se tient à l'écart de nos faiblesses ou de nos révolutions. L'aventure de S. M. Edouard VIII quitte le ton de la conversation mondaine et du potin de magazine américain pour prendre l'accent de la tragédie racinienne.
Un roi, qui est un homme, aime une étrangère; cette étrangère divorce et le roi s'apprête à l'épouser. Mais la tradition s'y oppose la tradition, c'est-à-dire l'histoire d'un pays et le sentiment d'un peuple.
En admettant même qu'on néglige les consignes du passé, il est impossible de négliger cette réalité vivante le sentiment populaire. Une étrangère sans qualité ne saurait monter les marches d'un des trônes les plus anciens de l'Europe.
S. M. Edouard VIII peut répéter « Ma vie privée ne regarde personne. Il me suffit de bien administrer mon royaume: mes nuits sont à moi. » Cette objection ne vaut rien, car son existence au contraire' regarde tout son peuple; ou, pour mieux écrire, tout son peuple la regarde et la juge.
Et il n'a pas le droit, finalement, de compromettre dans une passion la croyance et le respect en la royauté.. Toutes les fiancées ne sont pas forcées d'être cornéliennes, mais tous les rois se doivent d'être raciniens.
C'est une fatalité de leur état il n'y a rien à faire pour changer cette disposition. S. M. Edouard VIII se trouve engagé dans une situation qui n'est point nouvelle et dont la suite des temps ne peut modifier le dénouement.
Si Mrs Simpson était comme Bérénice, princesse de Palestine, elle aurait pu jouer une scène d'un très bel effet. C'est à force d'amour que je m'arrache [au vôtre Et je serais à vous si j'aimais comme [une autre. dit, tout inspirée par le sacrifice, la Bérénice de Corneille.
Mais Mrs Simpson n'a pas paru disposée au sacrifice. Elle est une Américaine qui doit être bien flattée (songez-y c'est naturel) d'être parvenue jusqu'au pied du trône de Marie Siuai't. Je ne la vois pas disant comme Marie de Mancini à Louis XIV « Vous m'aimez, vous êtes roi et'je pars! »
Alors ? Alors, attendez, le dénouement approche. Et il n'y en a qu'un. Guermantes.
La décision prise par le Souverain à la suite de ses nombreuses entrevues d'hier serait annoncée ce matin Fort Belvédere où S. M le Roi EdouardVlll (à gauche) eut des entretiens hier avec M. Baldwin (au centre) et son frère, S. A. R. te Duc d'Yort (.à droite).
Selon les informations qui nous sont parvenues cette nuit et. que nous publions sous toutes réserves, il semble que le roi Edouard VIII communiquerait demain matin aux deux chambres son intention d'abdiquer.
Mais cette décision n'est valable que si elle reçoit l'approbation du Parlement, ce qui n'est pas du tout certain. Il est impossible de prévoir les conséquences d'une telle situation.
Cependant, si la majorité du Parlement se montrait disposée à reconnaître au roi le droit de se marier librement, le cabinet Baldwin serait obligé de démissionner.
Nous rappelons que lorsque M. Baldwin demanda, mercredi soir, au chef de l'opposition, M. Attlee, si, dans le cas de la démission du cabinet, il accepterait de prendre l'engagement de former un gouvernement d'opposition, M. Attlee répondit que cette décision devait être prise par le comité du Labour Party qui, réuni ce soir, décida de ne prendre aucun engagement avant que la situation ne fût éclaircie.
Après avoir passé la journée à Fort Belvédère où il eut une longue consultation avec Mrs Simpson, S. M. le roi Edouard VIII retourna ce soir à Buckingham Palace. Il reçut aussitôt le duc d'York.
Aussitôt après, M. Baldwin fut reçu au palais qu'il ne quitta qu'à dix heures trente, après avoir vu le roi pendant une heure. A onze heures, le roi se rendit chez la reine Mary, à Marlborough House, pendant que le premier ministre poursuivait ses consultations à Downing Street.
Tel est le dernier développement de Secourable aux humbles, le roi garde l'affection de son peuple. Mais l'intérêt de l'Empire doit l'emporter.
Londres 3 décembre. Après avoir ignore pendant des mois l'amitié du roi pour Mrs Stimpson et l'éventualité d'un mariage, la presse britannique s'est brusquement éveillée ce matin et la réaction du peuple' est si violente que rarement incident, qui présente avec plus de nuances aurait eu des conséquences minimes, n'aura de toute façon eu d'effet plus désastreux sur l'Angleterre et sur l'empire britannique.
Le souverain a quitté Londres brusquement dans la nuit, comme aux jours d'autrefois, au temps lointain des vieilles querelles avec le Parlement, déjà écarté par la sourde volonté du peuple.
Et cependant on ne parle guère du roi, et c'est à ce silence gêné des rues que l'on devine l'émotion et l'angois...
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