La visite à Fontainebleau permet de découvrir l’un des grands chantiers de la Renaissance française, entrepris par François Ier, poursuivis par Henri II, puis par sa veuve Catherine de Médicis. C’est à la faveur des guerres d’Italie, menées par Charles VIII dès 1494, poursuivies par Louis XII et François Ier, que la France s’ouvre à la Renaissance italienne. Suite à ces campagnes militaires, François Ier invite des artistes italiens célèbres à venir s’installer en France tel que Léonard de Vinci en 1516.
Mais c’est surtout à partir de son retour de Madrid en 1526, que François Ier provoque un bouleversement dans l’évolution de l’art français.
L’existence du château est attestée dès le XIIe siècle. Ce fut une des résidences préférées de Saint Louis. Il fonda à proximité du château fort le couvent de l’ordre de la Sainte Trinité.
Lorsque François Ier s’intéresse au château de Fontainebleau, celui-ci est en ruine. Le souverain, cultivé et disposant de gros moyens financiers, décide de le rénover, de l’agrandir, de l’embellir. Il étend le domaine par une politique d’achat des terrains se situant à proximité - parmi lesquels le couvent. Il peut ainsi créer un certain nombre de jardins, aujourd’hui disparus, comme le jardin des Pins qui lui permet d’adapter de nouvelles espèces.
Manifeste de sa puissance, il encourage le développement des arts en attirant hommes de lettres et artistes, et en s’entourant d’ une cour fastueuse. Fontainebleau prend alors une réelle ampleur.
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À partir de 1528, les travaux de la cour Ovale sont lancés, ainsi que ceux de l’aile qui doit relier cette cour à la chapelle de la Trinité (aile de la galerie François Ier ). Ces constructions neuves s’accompagnent, du côté de la chapelle, de bâtiments annexes formant une basse cour. La « basse cour » - appellation faisant référence au vocabulaire des châteaux forts - s’appelle à la fin du XVIe siècle « cour du Cheval blanc ».
Des dépendances diverses s’élèvent sous François Ier (jeux de paume, conciergerie, pavillons dans le grand jardin, etc.).
Dans la cour Ovale, la chapelle Saint-Saturnin , à deux niveaux (disposition identique à la Sainte Chapelle), est amorcée en 1531 par Gilles Le Breton et en voie d’achèvement en 1546. Vers 1540, Serlio, architecte italien, est probablement intervenu pour donner plus de régularité au château. Serlio conçut aussi le superbe hôtel de Ferrare près du château dont il ne reste aujourd’hui qu’une porte et un panneau présentant le plan ancien.
Le roi n’aura de cesse d’apporter des modifications à l’architecture de son château tout au long de son règne.
Rosso se charge de décorer la galerie François Ier . Primatice, artiste complet, réalise bronzes, stucs, fresques, bâtiments. Ce sont ces décorations intérieures qui vont alors lancer la réputation de Fontainebleau.
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Après la mort du roi François Ier, les travaux sont poursuivis par son fils Henri II. L’architecte Philibert Delorme devient le responsable du chantier. Il achève les décors et les bâtiments en cours comme la salle de Bal avec ses peintures à fresque exécutées sous la direction de Nicolo dell’Abate d’après les dessins du Primatice. Delorme entreprend aussi la construction de l’escalier « en fer à cheval » (remplacé au XVIIe siècle).
La mort d’Henri II entraîne la disgrâce de Delorme. Primatice devient surintendant des bâtiments royaux. Il donne une orientation nouvelle à l’art. Entre 1565 et 1570 il édifie l’ « aile de la Belle Cheminée » avec son grand escalier à deux rampes sur la cour de la Fontaine.
Son nom lui vient du cheval de plâtre qui l’ornait. L’ensemble, d’une grande diversité architecturale, s’étale sur cinq siècles. L’actuel escalier, dessiné par Jean Androuet du Cerceau pour Louis XIII, remplace le précédent ouvrage « en fer à cheval », édifié sur les plans de Philibert Delorme vers 1558.
Les bâtiments en fond de cour conservent, du règne de François Ier, les constructions en grès et moellons enduits, ornées de pilastres et de lucarnes à fronton triangulaire. De gauche à droite : le pavillon des Armes où l’on trouvait l’armurerie royale, la tour de l’Horloge, le pavillon des Orgues, les trois travées voisines, et le quatrième pavillon.
Au niveau du pavillon de l’Horloge, on distingue la chapelle de la Trinité . Construite à l’emplacement du couvent des Trinitaires, elle est commencée à la fin du règne de François Ier et achevée sous Henri II. La décoration intérieure date de Henri IV et Louis XIII.
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L’aile Nord édifiée vers 1530, dite aile des Ministres , a été fortement restaurée au XIXe siècle. Le pavillon central est orné d’une salamandre (reconstitution de 1878) et les cheminées portent le chiffre de François Ier. En face, l’aile Louis XV remplace, au XVIIIe siècle, la galerie d’Ulysse au décor somptueux conçu par Primatice dont le rez-de-chaussée abritait des boutiques louées aux marchands privilégiés qui suivaient la Cour.
À l’angle sud de la grille d’entrée (qui a remplacé en 1810 une aile semblable à l’aile des Ministres ) subsiste le pavillon qui abrite, côté jardin, la grotte des Pins . Les piliers sont constitués de quatre atlantes rustiques comme captifs du rocher, mis hors d’état de nuire ; et ses trois arcades esquissent des frontons triangulaires. À l’intérieur, la voûte était cloisonnée de compartiments par des concrétions rocheuses dans lesquels on trouve des mosaïques de petits cailloux et des animaux peints, ainsi que des représentations de Junon et Minerve.
Elle montre une plus grande unité apparente que la cour précédente grâce aux matériaux (utilisation unique de la pierre de taille) et une parenté des formes architecturales même si les constructions s’étalent sur deux siècles (le « Gros Pavillon » date de Louis XV).
En fond de cour, l’aile de la galerie François Ier contenait à l’origine l’appartement des Bains au rez-de-chaussée, la galerie avec les fresques de Rosso à l’étage et la bibliothèque dans les combles.
À gauche, l’aile des Reines Mères fut construite par Primatice pour Catherine de Médicis vers 1565, d’où son nom.
À droite, l’aile de la Belle Cheminée est représentative de l’aboutissement de la Renaissance française. Conçue vers 1565-1570 toujours par Primatice de manière grandiose, elle a la particularité d’avoir deux escaliers à rampes divergentes qui magnifiaient l’entrée de l’appartement de Charles IX. Primatice a peut-être trouvé l’idée des deux escaliers à rampe droite dans les grandes réalisations de Bramante au Vatican ou de Michel-Ange au Capitole en inversant la direction des rampes.
La façade était ornée de grands bronzes à sujet mythologique, exécutés entre 1541 et 1543. Ces bronzes sont aussi le fait du Primatice qui s’était rendu à Rome à la demande de François Ier, réaliser des copies en plâtre obtenues sur les sculptures en marbre qui y étaient conservées. Un atelier de fonderie installé au château de Fontainebleau, cour du Cheval blanc, permit de mener à bien le travail de fonte, sous la direction de Vignole.
Les aléas de l’histoire ont fait qu’un certain nombre de ces bronzes ont changé de lieu d’installation ou même ont été fondus, mais on peut encore voir cinq des « originaux » installés depuis 1967 dans la Galerie des Cerfs : Vénus de Cnide, Apollon du Belvédère, Hercule Commode, Laocoon et ses enfants, Ariane endormie.
La porte Dorée (1528) sert, à la Renaissance, de porte d’honneur pour accéder à la cour Ovale. Elle se distingue par son haut toit en pavillon, par son ornementation de pilastres et de frontons triangulaires et par ses trois grandes loggias superposées. Celles-ci reprennent les formules de superposition d’arcs monumentaux de la Renaissance italienne comme le Castelnuovo à Naples ou encore la façade du palais ducal d’Urbino.
Donnant sur le Grand Parterre et sur la cour Ovale, la façade de la salle de Bal est percée d’immenses baies qui rappellent le projet primitif de loggia. Cette aile de la salle de Bal « enveloppe » la chapelle Saint-Saturnin construite antérieurement et qui n’est visible extérieurement que par son abside en saillie sur le Grand Parterre et par son lanternon dépassant les bâtiments.
Les bâtiments, construits sous François Ier, ont été établis sur les vestiges du château médiéval, de part et d’autre de l’ancien donjon du XIIe siècle. La mise en place d’un toit élevé et l’ouverture de larges baies ont eu pour but d’assortir le donjon aux nouvelles constructions. Les appartements royaux donnaient sur cette cour avec la chambre du roi au premier étage du donjon.
Le portique à colonnes, couvert en terrasse, permettait au rez-de-chaussée une circulation abritée et, à l’étage, une circulation horizontale, sans passer par les appartements.
Le portique « dit de Serlio » (faussement attribué à l’architecte) est une sorte d’arc de triomphe à deux étages. Il faisait partie à l’origine (1531) d’un escalier monumental donnant accès à l’appartement du roi. Une fois achevé, François Ier déménagea pour la chambre du donjon et l’escalier disparut en 1541. Seul le portique est resté en place. Il devient un élément décoratif au centre de l’aile Nord de la cour Ovale.
En face on retrouve l’aile de la salle de Bal .
À partir de 1530, la France se dote d’un style décoratif original grâce à l’action de François Ier. Il fit appel à de jeunes artistes italiens qui inventèrent un nouveau vocabulaire diffusé par l’estampe. Ils constituèrent la première École de Fontainebleau. Le Rosso (1495-1540) et Primatice (1504-1570) arrivent successivement en 1530 et 1532 sous l’impulsion de François Ier, alors que Nicolo dell’Abate (1504-1570) arrive en 1552 sous Henri II. Si ces italiens jouent les principaux rôles, l’équipe est internationale car constituée aussi de Français et de « Nordiques ».
Les caractères spécifiques de ce courant sont la primauté de l’ornement et l’introduction en France du répertoire mythologique, souvent utilisé au profit de l’apologie royale. C’est un art raffiné et complexe, parfois érotique, où se mêlent les différentes techniques.
L’aile de la galerie François Ier, bâtie en 1528, se développe sur trois niveaux.
Au rez-de-chaussée se trouvait l’appartement des Bains, consacré aux soins et aux plaisirs hédonistes du corps. François Ier avait fait construire, dans la tradition des thermes romains, un ensemble de sept salles (bains avec étuve, pièce abritant une baignoire, salle avec un bassin au centre entourée de chambres de repos). Dans ces lieux étaient exposés des tableaux de chevalet de Léonard de Vinci (la Joconde et la Vierge au rocher), de Raphaël ou encore d’Andrea del Sarto. Cet appartement des Bains permettait la satisfaction des sens, le développement du goût et la jouissance du raffinement esthétique.
Au troisième niveau, se trouvait la bibliothèque de François Ier, dont les ouvrages permettaient d’embrasser toutes les connaissances de l’époque. C’est Guillaume Budé, célèbre traducteur des textes anciens qui gérait les collections.
La galerie François Ier se situe au premier étage et relie les appartements royaux à la chapelle de la Trinité . Elle magnifie le pouvoir royal, mais aussi le cheminement du monde matériel (la chambre du Roi) vers le monde spirituel (la chapelle).
La décoration de la galerie (1533-1539) fut confiée à une équipe d’artistes dirigée par Rosso. Elle est particulièrement caractéristique de la première École de Fontainebleau. Dans ses compositions complexes, souvent dramatiques et tendues, transparaît l’influence de Michel-Ange.
Il faut noter que deux peintures de cette galerie ne sont pas de Rosso : Danaé est due à Primatice et La Nymphe de Fontainebleau est due à Alaux (XIXe siècle). La galerie est composée de sept travées comportant une imbrication de techniques variées : des lambris en noyer sculpté, œuvre de Scibec de Carpi, qui courent tout le long de la partie inférieure ; et au-dessus prennent place des peintures à fresque, encadrées de sculptures de stucs (mélange de poudre de marbre et de plâtre). Le choix de ces matériaux, associés en un ensemble décoratif cohérent, en fait une œuvre extrêmement novatrice dans les années 1530.
Le programme iconographique se lit d’est en ouest, c’est à dire de la chambre du roi vers la chapelle . La première partie s’inspire largement des mythes et récits antiques afin d’évoquer la fatalité de la guerre, le poids du destin, le vieillissement, le malheur et la mort. La deuxième partie, côté chapelle, valorise plutôt la monarchie et le roi.
Ce cycle d’une grande complexité a sans aucun doute été imaginé par un lettré nourri des auteurs de l’Antiquité et d’ouvrages emblématiques. Parmi les sources littéraires, certains reconnaissent Ovide (43 av.J-C. -17 ou 18 apr. J-C. ).
L’interprétation reste encore difficile en l’absence de textes d’archives consignant le programme iconographique. Le décor se réfère en général à la personne du roi et à la culture gréco-latine.
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