Banzaï ! Venus de l’extrême Est, les fusils Arisaka, sont issus des études très poussées de l’arsenal de Tokyo.
Les fusils Arisaka sont parfois considérés (à tort) par certains auteurs surtout américains comme de vulgaires copies « Made in Japan » des Mausers. C’est insulter l’honneur et la clairvoyance du brillant major Kijiro Nambu, œuvrant sous les ordres du très rationnel Colonel Nariakira Arisaka, dirigeant de l’arsenal.
Sorti en 1906, le fusil type 38 est le cinquième modèle réglementaire conçu sur l’archipel, sortant tout juste après le conflit avec l’Empire russe de 1904/1905. Entre le type 30 et le type 38, il y eu même un type 35, adopté en 1902 pour la Marine Impériale. Ce fusil type 35 introduit un couvre culasse, un bouchon de culasse quadrillé et conserve de son prédécesseur une alimentation par lame chargeur. Or, notre Kijiro pensait possible de faire encore mieux.
Le point commun entre nos amis allemands et japonais est une aversion totale pour le proverbe français qui voudrait que le mieux soit l’ennemi du bien. Pour cela, il repris d’abord le principe d’extracteur surdimensionné du Mauser 1898, qui permet un contrôle total du déplacement des cartouches (« control feed ») pour une extraction sans défaut quelle que soit la déformation de l’étui après le tir et qui élimine tout risque de percussion d’une cartouche déjà chambrée avec la suivante. Un des fléaux militaires de nombre de fusils réglementaires de la fin du XIX° siècle.
Notre Kijiro, qui imagine aussi très bien les zones de combats futures de sa Patrie, le dote en plus d’un couvre culasse qui se déplace désormais en même temps que le levier d’armement, rendant l’arme étanche en permanence. Allemands ou français ne penseront à ce problème que bien trop tard, vers 1915. Et ils ne le résoudront jamais ce souci avec autant d’à-propos que notre Major nipon. Un dispositif similaire sera donc repris dans son esprit pendant la grande guerre sur les Lebel et les Gewehr 98 pour faire face à la boue envahissante des tranchées. Mais le fait que ces fusils n’aient pas été conçus dès l’origine avec ce dispositif le rendait fort imparfait dans ces conditions de combat.
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Le bouchon de culasse est aussi à nouveau simplifié notamment au niveau du fonctionnement ingénieux de sa sécurité intégrée. La culasse s’arme d’ailleurs vers l’avant comme sur un Enfield. La grande rationalité de ses concepteurs les poussera également à proposer une crosse en deux parties facilitant grandement la production de masse nécessaire aux armées du Mikado.
Cette configuration n’était pas du tout destinée à pallier un soit-disant manque de bois de qualité sur l’archipel comme on l’entend parfois (cette pénurie, une parmi d’autres, ne sera vivement ressentie que plus loin dans le cours de la seconde guerre mondiale). Outre que de n’exiger que des pièces de bois de plus faibles dimensions, plus rationnelles en production, elle repose aussi sur une orientation différente du fil du bois des deux parties. Chevillées et assemblées en queue d’aronde, on limite ainsi grandement le risque de bris de crosse.
Par rapport aux cartouches d’anciennes générations, les calibres 6,5 permettaient surtout et avant tout le double d’emport par homme et une trajectoire rasante quasi deux fois supérieures par rapport aux munitions de la génération précédente. Les perfectionnement du tir longue distance redonne de nos jours leurs lettres de noblesses à ces munitions dont la tension de trajectoire permettait, dès l’origine, des tirs en trajectoire tendue à plus de 300m. Ce dont étaient incapables les autres calibres de l’époque. Il en résultat aussi un besoin intense de formation des soldats à l’évaluation des distances.
Et la surface couverte par leurs tirs de précision fut, du coup, sensiblement supérieure à celle de nombre d’autres armées à cette époque. La seconde guerre des Boers, achevée en 1902, tendait à donner raison à ce genre de raisonnement. Trois ans plus tard, la guerre russo-japonaise allait révéler leur incroyable puissance dévastatrice. Les concepteurs du type 38 auront eu la sagesse de ne rien changer à cette munition 6.5×50mm SR Arisaka.
L’examen attentif, après guerre, des fusils de Type 38 par l’Armée US et la NRA révèla que le fusil Type 38 Arisaka était de loin le plus robuste de tous les fusils à verrou impliqués dans la seconde guerre mondiale et celui capable de supporter les cartouches les plus puissantes de toutes les armes de ce genre. Bref un cador des âges de fer notre Arisaka.
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Les armes de l’Armée Impériale Japonaise étaient toutes maquée du Chrysanthème Impérial indiquant cette arme comme propriété impériale. Comment « effacer » ce marquage de propriété impériale pour éviter qu’il ne soit manipulé par des mains indignes sans intenter par là-même symboliquement à la dignité du majestueux descendant de la Déesse Amaterasu ? Un effacement pur et simple du chrysanthème n’était pas acceptable.
La « solution respectueuse » fut trouvée en superposant au chrysanthème huit « zéros » empiétant sur l’extrémité des 16 pétales qui composaient la fleur ! On trouve ces fusils japonais passés par la Thaïlande en Allemagne et en France parce que, vers 1970, la Thaïlande a revendu en Europe ses exemplaires survivants de la commande de 1940. Les collectionneurs européens les pensent donc « plus fréquents » (c’est très relatif) que les exemplaires japonais au Chysantème non mutilé à 100%.
Avec 50.000 exemplaires seulement dont moins de la moitié venant de Kokura, ils sont en fait plus rares au plan mondial que les exemplaires purement japonais à Chrysanthème intact ou même à Chrysanthème arasé qui sont légion, notamment, aux USA (et qui inversement sont plus rares en Europe). Il faut surtout savoir que ces fusils ont participé à la Guerre franco-thaïlandaise d’octobre 1940 à mai 1941.
Somme d’innovations et de sens pratique très nippon, les Arisaka font partie des armes les plus fascinantes du XXèeme siècle. S’ils n’évoquent pour beaucoup que les terribles combats de jungle du Pacifique, c’est aussi à eux que Finlande et Estonie doivent aussi leur indépendance. L’Empire Tsariste en commanda en effet 700.000 exemplaires.
Ces exemples européens sont sans compter ses innombrables utilisateurs asiatiques où il fut réglementaire (Thaïlande, Mandchukuo, Chine Populaire, Vietnam, Philippines, Armée de Tchang Kaï-chek, Malaisie, Indonésie…). Tous, européens ou asiatiques, firent donc appel aux braves Arisaka afin de faire valoir leur droit dans une histoire du XX° siècle des plus tourmentées.
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Malgré l’adoption du fusil type 99 en 1939, dont le calibre était pensé pour aller de pair avec celui des mitrailleuses, le type 38 est une arme exotique de légende qui doit figurer dans le râtelier d’un collectionneur-tireur.
Pour rappel, le Type 99 c'est environ 2,6 millions de pièces, toutes variantes confondues (Type 2 inclus). Si l'on ajoute également les divers modèles d'Arisaka de calibre 6,5 mm, on atteint 6,5 millions.
Le Type 2 n'est pas le premier modèle de fusil japonais à destination des parachutistes, on compte trois autres variantes :
La culasse est modifiée afin de rendre le levier "détachable". Ces armes conservent leur monopod. Il est lui aussi équipé d'une culasse dont le levier est détachable (on ne la retrouvera pas sur le Type 2 final).
L'arme se sépare en 2 parties de la même manière que le Type 2, bien que sur le modèle de pré-série l'action s'opère du côté gauche de l'arme. Certains exemplaires (dont le numéro 7) sont équipés d'une baïonnette repliable similaire à celle du Type 44. La version "à baïonnette" sera rejetée lors des tests effectués début avril 1943, mais la version "sans" donnera pleine satisfaction et conduira à l'adoption du Type 2 avant la fin de l'année.
L'usine de Toriimatsu lança la production du Type 2 mi-1943, avant même l'adoption définitive, et la poursuivra jusqu'en mars 1944.
Le Type 2 possède sur sa crosse une particularité que Vivelacolo n'a pas mentionnée. Elle est en effet évidée juste au-dessus de l'anneau de bretelle arrière, probablement pour permettre une meilleure utilisation de la bretelle "quick disconnect", bien qu'elle ne fut finalement pas plus utilisée sur les Type 2 que sur les autres fusils.
L’histoire des Nambu commence avant les Nambu et avec Kijiro Nambu. Celui qu’on a pu, à juste titre, surnommer de « Browning japonais » tant sa contribution à l’histoire des armes à feu est importante.
Kijiro Nambu est un authentique samouraï servant le prestigieux clan Nabeshima, clan installé dans le sud du Japon depuis le XV° siècle et qui pratiquait la rapine coloniale depuis les années 1550 avant d’être intimement mêlé à toutes les guerres civiles et politiques agitant le Japon jusqu’à la première moitié du XIX° siècle.
Notre Kijiro à nous est bien né aussi au domaine de Saga en 1869 au sein de son clan. Passionné de mécanique et d’armes, Kijiro Nambu est affecté en 1891 à l’arsenal de Tokyo plus connu là-bas comme arsenal de Koishikawa du nom du quartier où est situé. Vite repéré pour son sérieux et ses idées, il est placé en formation auprès de Arisaka Nariakira, concepteur d’armes qui devient son mentor. Il travaille sous la supervision de Arisaka sur le fusil Type 30 (comprendre 1897), qui deviendra le fameux Arisaka type 38 (comprendre 1905) avec les améliorations promues par Kijiro Nambu et aussi sur des améliorations au revolver Type 26 (adopté lui en 1894).
En 1903, Arisaka est nommé à la tête du bureau technique de l’armée et s’occupera beaucoup d’artillerie. Il finira Général de Division, ultra décoré et baron (danshaku) selon le système de noblesse kazoku. Car ses armes feront merveilles durant la Guerre de 1905 contre la Russie et en Corée et Mandchourie.
Cela laisse plus d’autonomie à notre Kijiro Nambu qui se retrouve nommé Major. Ça tombe bien car, depuis les années 1890, on commence sérieusement à songer à doter l’armée japonaise d’un pistolet semi-automatique en remplacement du revolver Type 26. Notre Kijiro va pouvoir donner toute sa mesure quand, vers 1900, il reçoit l’ordre de concevoir de A à Z un pistolet semi automatique pour l’armée du Mikado. Il est en effet hors de question d’adopter une arme étrangère, patriotisme oblige.
Cette première arme de poing semi automatique japonaise est le Nambu Type A (ou « 4 ») que les collectionneurs américains appellent affectueusement « Grandpa Nambu » car il est le père originel de la lignée. Suivra vers 1906 un type A « modifié », très légèrement, la principale modification étant un élargissement de pontet de queue de détente. Autre petite différence le chargeur du Granpa est à fond bois, un peu comme sur les Lulus alors qu’il sont déjà en aluminium sur le A modifié. Celui-là, les américains l’appellent « Papa Nambu ».
Les deux sont dans le calibre 8 X 22 R conçu par notre Kijiro. Cette arme n’est pas adoptée réglementairement à part un essai pour la Marine (1909 - pour les officiers des troupes de débarquement seulement) et elle n’est vendue aux officiers que sur commande. Avec un peu plus de 7.000 exemplaires, peut être, produits au maximum entre 1902 et 1909, et après les exportations et les destructions de la seconde guerre mondiale, le « GranPa » (lui 2.600 exemplaires) et le « Papa Nambu » sont aujourd’hui plus qu’anecdotiques.
Ces deux premiers types ou le Type A, si on simplifie, furent suivis du 3° type ou Type B, un type sensiblement plus réduit en taille et en poids et en calibre 7mm (7 x 20 Nambu) au lieu du 8x 22 mm sur le Type A mais sur la base du même mécanisme que son Papa et Grand Papa Type A. Lui, les collectionneurs américains l’ont donc baptisé « Baby Nambu » du fait de son format réduit.
On a parfois expliqué que le Baby Nambu avait été créé car le Type A aurait été jugé trop lourd (il est à peu près du format de notre type 14 de ce jour et n’a donc rien d’exceptionnellement lourd) et se vendait mal. C’est vrai qu’il se vendait mal mais la raison est plutôt dans le prix que dans le poids à mon sens. Le « Baby Nambu » a, en fait, été dessiné comme une arme de statut social et de prestige et non destinée au combat, pour des officiers de rangs élevés ou des officiers de personnels comme le personnel médical qui n’étaient pas sensés voir le combat. Juste une arme de suicide très éventuel pour éviter une infamante capture à un officier de l’Empereur. En plus, la production de ce très rare Baby Nambu s’est sérieusement étalée.
2.600 exemplaires pour le type A GranPa et 4.600 exemplaires peut-être du Papa Type A modifié, 500 exemplaires pour le Baby Type B. En somme, rien. Peut-être moins 7.500 armes en tout pour les trois types.
Comment expliquer une si faible production pour le tout premier pistolet semi-automatique japonais qui aurait donc du connaitre a minima un intérêt « commercialo-patriotique » ? Rien à voir le poids ou les qualités techniques de l’arme. Juste son prix pour l’officier japonais moyen, sa clientèle cible. Ils devront d’ailleurs l’acheter sur leurs deniers jusque 1943, leur fameux sabre.
Couramment, on rapproche souvent les Nambu du Luger, de part leur ligne générale proche de celle du Luger P08. Esthétiquement, c’est vrai. Il partage aussi avec le C96 un usinage difficile qui, comme pour le C96, renchérit la production et contribua beaucoup à son coût prohibitif. Il en diffère néanmoins par une pédale de sûreté supplémentaire, à l’image du Colt ou du P00, mais à l’avant. Autrement, 8 coups, simple action seulement, six rayures à droite et pas de sécurité de chargeur.
En 1923, Kijiro Nambu qui va incessamment sous peu se lancer dans le business pour son compte, conçoit qu’il faut améliorer et surtout simplifier ses Nambu trop coûteux s’il veut enfin un contrat militaire pour ses pistolets. Un nouveau prototype est réalisé en 1924 et la production commence en 1925. C’est le fameux pistolet semi-automatique Nambu Type 14. Il sera officiellement adopté en 1926 par l’Armée Japonaise et en 1927 par la Marine.
Pourquoi « Type 14 » ? L’arme sera produite de 1925 à 1945 à …. exemplaires. On ne sait plus en fait. Car toutes les archives ont été détruites lors des bombardements massifs du Japon. Les estimations vont de 70.000 à 400.000. C’est très peu de toutes façons pour une arme militaire d’une des grandes armées de la seconde guerre mondiale et produite sur… 20 ans en plus. Beaucoup, de plus, ont été détruits pendant la guerre. On en voit au USA (où elle commence à coter aussi furieusement) car les G.I en ont ramené un paquet dans leur paquetage. Et quasiment jamais en Europe (quelques exemplaires ramenés d’Indochine et de Corée le plus souvent).
Il avait été simplifié aussi pour être attribué aux sous-officiers et obtenir un plus vaste marché. Le type 14 se distingue essentiellement de ses autres aînés Nambu par la disparition de la pédale de sécurité, de la hausse réglable, par la mise en place d’une sécurité de chargeur, d’un système de maintien de ce dernier amélioré et par un démontage simplifié. Le pontet a encore été élargi pour pouvoir l’actionner avec de gros gants d’hiver.
C’est une bonne arme de combat fiable et efficace en dépit de son calibre 8mm. Le Nambu a été opposé en concours au Colt 1911, au P38, au TT33 et au P08, bref à la plupart de ses concurrents les plus sérieux de cette période.
Par ailleurs il faut savoir que notre Nambu 14 a eu une descendance inattendue. Bill Ruger, le fondateur de la firme éponyme, acheta en 1945 un Nambu Type 14 à un Marine qui revenait du front du Pacifique. Il l’essaya, le démonta et décida d’en créer ex nihilo deux copies dans son garage car il admirait son fonctionnement et son ergonomie. Il voulait voir s’il pouvait le reproduire.
Connaitre la date de fabrication d’un Nambu est facile. Il suffit d’ajouter 1925 (date de conception) au 1er chiffre présent à droite de la carcasse qui exprime l’année de production en ère Showa. Le second chiffre est le mois du calendrier. Les deux caractères à droite devant le numéro de série nous donne sa provenance d’arsenal.
Il faut savoir que les Nambu 14, en dépit du petit nombre absolu produits, ont pu sortir de 5 productions différentes: Arsenal de Tokyo avec deux sous traitants et Arsenal de Nagoya avec trois fabrications.
| Modèle | Nom Commun | Calibre | Production Estimée | Caractéristiques |
|---|---|---|---|---|
| Type A (ou 4) | Grandpa Nambu | 8 x 22 R | 2,600 | Premier pistolet semi-automatique japonais, chargeur à fond bois. |
| Type A Modifié | Papa Nambu | 8 x 22 R | 4,600 | Pontet de queue de détente élargi, chargeur en aluminium. |
| Type B | Baby Nambu | 7 x 20 Nambu | 500 | Plus petit et plus léger, arme de prestige. |
| Type 14 | - | 8mm | 70,000 - 400,000 | Simplifié pour la production de masse, adopté par l'armée et la marine. |
Kijiro Nambu a donc bien mérité son étoile, non pas sur Hollywood Boulevard, mais bel et bien au Panthéon des derniers samouraïs de l’Empire du Soleil Levant.
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