L’armurerie est un métier ancien, ancré dans l’histoire et le patrimoine de la France. Cependant, cette profession, qui allie artisanat, expertise technique et passion, est aujourd'hui confrontée à de multiples défis. Entre pression réglementaire, baisse du nombre de chasseurs et difficultés économiques, les armuriers français voient leur avenir s’assombrir.
L’armurier est bien plus qu’un simple commerçant : il est un expert en armes, assurant la vente, l’entretien, la réparation et parfois même la fabrication d'armes. L’accès à cette profession est très strictement réglementé et nécessite une autorisation préfectorale, ainsi qu'une formation spécifique.
Mais la complexité croissante des normes et les lourdeurs administratives freinent le développement du secteur. Les récentes évolutions de la législation européenne et nationale sur le contrôle des armes imposent des contraintes supplémentaires aux armuriers.
La digitalisation du suivi des armes, avec le SIA (Système d’Information sur les Armes), s’ajoute à ces obligations et, si elle vise à renforcer la traçabilité, elle représente un fardeau administratif supplémentaire pour de nombreux professionnels.
Le nombre de chasseurs, clients principaux des armuriers, est en déclin constant. Selon les chiffres de la FNC (Fédération Nationale des Chasseurs), la France comptait près de 2 millions de chasseurs dans les années 1970, contre environ 1 million aujourd'hui. Cette baisse a un impact direct sur les ventes d'armes et de munitions, affectant la viabilité des armureries.
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De plus, l'essor des plateformes de vente en ligne met à mal les commerces physiques. Les grandes enseignes de sport proposent également des armes de chasse à des prix souvent inférieurs à ceux des armuriers traditionnels, les plaçant dans une situation de concurrence difficile.
L’armurerie française possède un patrimoine unique. Certaines maisons historiques, telles que Chapuis, Verney-Carron ou Darne, sont reconnues pour leur excellence et leur savoir-faire artisanal. Pourtant, les formations dans ce domaine restent rares, et la transmission des compétences devient un enjeu crucial.
Il est essentiel de soutenir cette profession, qui contribue à la sécurité des utilisateurs d'armes et participe à la préservation d’un savoir-faire d’exception. La création d'aides spécifiques pour les petites armureries, un allègement des contraintes administratives et une meilleure reconnaissance de leur rôle pourraient contribuer à la pérennité du secteur.
Fondée en 1820 à Saint-Étienne, Verney-Carron est la plus ancienne manufacture d'armes en France, spécialisée dans la conception et la fabrication d’armes de chasse et de défense. Avec plus de deux siècles de savoir-faire, l’entreprise a su traverser les époques tout en restant à la pointe de l’innovation, tout en maintenant ses racines artisanales. Aujourd’hui, Verney-Carron est un acteur reconnu du secteur de l’armement, fournissant des produits de haute qualité aux chasseurs, forces de l’ordre et collectionneurs du monde entier.
L’histoire de Verney-Carron débute avec Claude Verney et Antoinette Carron, qui fondent la maison en 1820. L’entreprise s’est illustrée par des avancées majeures telles que le Sagittaire en 1966, premier fusil superposé français produit en série, ou encore le Flash-Ball dans les années 1990, adopté par de nombreuses forces de police à travers le monde. Depuis les années 1980, Verney-Carron s’est également impliquée dans la production d’armes militaires, notamment en contribuant à la fabrication du FAMAS.
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En 2022, Cybergun prend le contrôle de Verney-Carron, alors en difficulté financière et en procédure de sauvegarde depuis 2021. L’objectif affiché est clair : restructurer et relancer l’entreprise en s’appuyant sur son savoir-faire historique et son expertise industrielle. Après avoir assaini la dette bancaire et immobilière de la société, Cybergun engage un travail de fond sur la réorganisation industrielle, tout en recherchant un partenaire stratégique spécialisé dans le petit calibre pour accompagner la modernisation et l’expansion de Verney-Carron.
Après plusieurs mois de prospection, un acteur majeur de l’armement de petit calibre au niveau mondial a été identifié comme partenaire potentiel. Afin de finaliser ce rapprochement et apurer totalement le passif de Verney-Carron, une procédure de redressement judiciaire a été engagée en février 2025, permettant de garantir la poursuite des activités et la mise en place d’une stratégie de long terme.
Bien que la structure de l’entreprise évolue, Cybergun demeure un acteur clé du projet, avec la volonté de conserver une participation minoritaire mais significative dans Verney-Carron. À ce titre, Cybergun s’engage à injecter de nouveaux moyens financiers si nécessaire, en complément des 12 millions d’euros déjà investis, et collabore activement avec les pouvoirs publics et le Ministère des Armées pour garantir la pérennité de ce fleuron industriel français.
Conscient du rôle stratégique de Verney-Carron pour la souveraineté industrielle de la France, l’État suit attentivement l’évolution de la situation, via la Délégation Générale de l’Armement (DGA) et d’autres instances publiques. Une procédure d’Investissement Étranger en France (IEF) sera également enclenchée en cas d’adossement à un partenaire étranger, afin d’assurer la protection de ce patrimoine industriel national.
Avec plus de 200 ans d’histoire, Verney-Carron demeure un pilier incontournable de l’armurerie française. Aujourd’hui en pleine mutation, l’entreprise se prépare à une nouvelle phase de développement, portée par l’expertise de son futur partenaire et l’engagement continu de Cybergun.
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C’est à la fin du XIXe siècle que l’on retrouve la première génération de Chapuis travaillant dans l’armurerie. À cette époque, les armuriers de Saint-Étienne recherchent des artisans capables de fournir des composants mécaniques de haute précision. Jean-Louis Chapuis, né en juillet 1899, devient le premier du nom à créer son propre atelier. Ses fils le rejoignent à l’atelier et ensemble, ils commencent à fabriquer des armes complètes tout en continuant à basculer pour des fabricants stéphanois.En 1968, l’entreprise rachète Chataing-Durand, spécialiste de la mécanisation des bascules, renforçant ainsi son autonomie. Les années 1980 sont marquées par le rachat de la société Gaucher, créant le groupe Chapuis-Gaucher. La première carabine à verrou voit le jour en 1980, il s’agit du « Centaure ». Introduction d’une nouvelle technologie de gravure laser en 2006, permettant des finitions de haute précision dès les premiers modèles de la gamme. Lancement de la carabine ROLS, une innovation majeure dans le domaine des armes de chasse.
Entre 2019 et 2024, Chapuis Armes a conduit un vaste programme d’investissement industriel pour moderniser en profondeur son outil de production. Ces investissements stratégiques ont permis de renforcer la précision des opérations, de gagner en réactivité, d’améliorer l’ergonomie des postes de travail et d’élargir nos capacités de production. En 2024, Chapuis Armes franchit un nouveau cap avec le lancement de la ROLS.2, évolution naturelle de sa carabine à réarmement linéaire emblématique.
L'armurerie Vouzelaud, à Brou (Eure-et-Loir), poursuit son chemin et relève le défi de la modernité, centrée sur son métier. Bien connue des chasseurs, la SAS Vouzelaud est une entreprise familiale située à Brou, en Eure-et-Loir. Cette entreprise qui a plus de 130 ans jouit d'une notoriété nationale et emploie une quarantaine de salariés.
Armurerie, elle réalise trois activités au service du chasseur : négoce et vente d'armes, mise en conformité, essai et usage de l'arme au terrain de tir, fabrication et vente de cartouches. En 1888, Édouard Vouzelaud ouvre un premier magasin à Brou. Lui succéderont Adolphe-Marcel et son épouse Jeanne, puis Maurice, et ses deux fils Alain et Hubert qui développeront l'entreprise.
L'armurerie dans sa configuration actuelle est basée à Brou, deux magasins complémentaires sont situés à Paris (8e arrondissement) et à Saint-André-de-Cubzac (Gironde). « Notre vente est accompagnée d'un service sur mesure. Celui-ci est fait de la même manière pour un budget modéré ou un gros budget, souligne Étienne Vouzelaud. Les clients n'hésitent pas à faire des kilomètres pour choisir leur arme ».
Étienne Vouzelaud : Une première échéance a eu lieu en 2006, avec l'obligation de tirer des substituts au plomb dans un périmètre de 30 mètres autour d'un point d'eau. Le 1er février 2023, ce périmètre est passé à 100 mètres, quel que soit le sens du tir. Il est interdit d'avoir sur soi des cartouches qui contiennent du plomb. C'est une réglementation européenne qui est, à mon sens, une première étape de la suppression totale du plomb.
Vincent Vouzelaud : Nous travaillons de longue date en recherche et développement. Nous avons déposé en 2002 un brevet relatif à la bourre à contre-pression (ACP) qui permet le tir de la grenaille d'acier, ou similaire, sans risque pour les canons. Nous fabriquons des bourres qui permettent l'usage des cartouches dans n'importe quel fusil, sans risque d'usure, de gonflement de l'arme.
E.V. : Notre état d'esprit est de rester focalisés sur notre métier de base, aujourd'hui et demain. Heureusement que nous ne nous sommes jamais diversifiés car nous n'aurions pas les ressources pour être mobilisés sur les enjeux actuels. Nous voulons rester des spécialistes des armes et des munitions. Les chasseurs qui restent sont très passionnés, très exigeants, avec des besoins très précis. Nous devons être au taquet sur l'innovation.
Pendant trois siècles, L’Europe est travaillée par l’effort de construction des états-nations concurrents. La guerre exprime la puissance terrifiante et protectrice du souverain, fût-il, à l’extrême, le peuple, délimite des frontières linéaires qui se substituent peu à peu aux mosaïques indéfendables des relations de suzeraineté, contribue à unifier les peuples. Elle est indissociable des révolutions industrielles, de l’émergence du capitalisme, de l’existence de la classe ouvrière.
En 1709, Louis XIV, fait publier un appel au peuple très éprouvé déjà par la guerre de Succession d’Espagne, justifiant son refus de la paix que propose l’ennemi : « Mais quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j’aie pour mes propres enfants (…) je crois qu’ils s’opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l’honneur du nom français ». Il annonce ainsi l’ère des levées en masse qui sauveront la première République. C’est le temps des grandes armées. Le nombre de soldats, que l’on comptait par dizaines de milliers, atteint les 100 000 dans la décennie 1670, les 400 000 à la fin du règne.
A la veille de 1789, la France a environ 150 000 hommes sous les armes, effectif élevé jusqu’à 250 000 en temps de guerre, 500 000 en 1793. Les effectifs ne diminuent que très provisoirement après 1815 : l’armée du Second Empire comprend 650 000 hommes dont 250 000 en état d’entrer en campagne. L’ère des armées nationales annonce ainsi celle des mobilisations générales, mais s’en distingue nettement.
Les régiments multipliés sont organisés, uniformisés, contrôlés. En France, du « Secrétariat de la guerre » au XVIIe siècle, au « Conseil » puis au « Comité de la guerre », plus secret, au XVIIIe, la guerre est la prérogative d’un petit nombre autour du souverain. C’est le temps d’une intense mise en ordre par les textes, notamment après 1673, en partie sous l’impulsion de Vauban : « 25 ordonnances par an avec un maximum de 56 pour l’année 1684 » et des milliers de lettres et documents.
Jusqu’à la guerre de Trente Ans, le modèle du corps d’infanterie avait été celui du carré de piquiers plus ou moins fourni en arquebusiers ou mousquetaires, du type des « tercios » espagnols. Ce hérisson était attaqué par la cavalerie en « caracole » (on vient vider deux pistolets, un « poitrinal », ou une carabine - une arquebuse à canon rayé - à portée de tir, avant de tourner bride), et par l’infanterie… à l’usure des balles et à la fatigue des bras !
Le fusil - de « foisil » ou « focile » (italien) = pierre à feu - est une platine à silex. Celle-ci semble être véritablement mise au point vers 1610, par les frères Le Bourgeois, arquebusiers à Lisieux et Paris. Les étincelles sont produites par le choc d’un silex sur une batterie basculante et tombent dans le bassinet rempli de poudre, en contact avec la charge par une lumière percée dans le canon. Une gâchette retient le chien, armé du silex, et soumis à la pression d’un grand ressort. La pression sur la détente libère le chien. Cette arme permet de tirer 2 coups par minute, avec une portée utile de 200 à 300 mètres. D’abord fichée dans le canon, la baïonnette trouve sa douille en 1684, son cran de fixation en 1687, et une ordonnance de 1689 dote toute l’infanterie française du fusil à baïonnette.
En alignant plusieurs rangs de fusiliers on obtient une puissance de feu qui fait la décision. La tactique peut alors imaginer de multiples combinaisons aux différentes échelles : pour l’ensemble, l’ordre mince, l’ordre oblique, et d’autres, pour le détail, la ligne, le rang ou la file, la colonne, la formation en tirailleurs, etc. L’art de la guerre est à refaire. La discipline et l’uniformité des gestes des soldats sont essentielles, et donc l’obéissance, littéralement, à la baguette. L’exercice nécessaire à la cohésion décompose des gestes infiniment répétés - 23 pour le tir au fusil au XVIIe siècle.
La mission dont il s’acquitte pendant tant d’années se résume en un objectif : rassembler au service du roi des ouvriers, des entreprises et des techniques éparses, hétéroclites, rares et souvent exclusivement étrangères, en bref assurer le monopole royal sur le calibre de guerre et capter des technologies. Charleville est avec Sedan la seule ville française en prise dès le milieu du siècle sur la révolution technologique engagée dans le bassin rhénan.
Aujourd’hui, on dénombre environ 15 000 armureries en France. Ces établissements sont répartis dans toutes les régions du pays et présentent une grande variété de tailles et de structures. Certaines sont de petites entreprises familiales, tandis que d’autres sont de grandes chaînes nationales. Les armureries indépendantes offrent souvent un service personnalisé et une expertise pointue dans un domaine spécifique, comme les armes de chasse ou les armes de collection. Les chaînes nationales, quant à elles, peuvent proposer un plus large éventail de produits et de services, ainsi qu’une présence géographique plus étendue.
Si vous êtes à la recherche d'un armurier compétent, il est crucial de mener des recherches approfondies. Voici quelques pistes à explorer :
Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles il peut être avantageux de se rendre chez un armurier. Voici quelques exemples :
Le secteur des armureries est soumis à une réglementation stricte en France. À partir du 31 juillet 2024, l'accès aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs (RBE) jusqu'ici publiques, est restreint. Cette mesure vise à renforcer la protection des données personnelles et à lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Il est donc essentiel de choisir un armurier qui respecte scrupuleusement la réglementation en vigueur. N'hésitez pas à lui poser des questions sur ses certifications et ses procédures en matière de sécurité.
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