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L'histoire de l'armurerie est jalonnée de noms prestigieux et d'innovations marquantes. Parmi ces noms, certains ont traversé les époques, laissant une empreinte indélébile sur l'industrie. Cet article se propose d'explorer l'histoire et l'évolution de l'armurerie, en mettant en lumière les figures clés, les innovations et les défis rencontrés au fil des siècles.

L'Aube de l'Armurerie Moderne

Jusqu’à l’acier Bessemer en 1856, la technologie évolue peu. Les recherches d’Honoré Blanc se poursuivent encore en 1808 à Saint-Étienne sous la direction du contrôleur Javelle qui met notamment au point des machines, tours, « tours à fraise »… avec l’interchangeabilité en ligne de mire.

La construction de la manufacture de Châtellerault, décidée en 1819 pour remplacer Klingenthal dont les coalisés demandent le démantèlement, marque une étape importante. La Vienne y charrie la force du vieux massif à 200m3/seconde dans un large lit dont elle déborde parfois : un géant comparé au Furan, à l’Ehn ou à la Cérone. Un barrage de 105 mètres et un canal de dérivation créent la chute nécessaire aux usines que montre le plan de 1844, trois pour l’arme blanche, deux pour l’arme à feu.

Les travaux hydrauliques se multiplient partout : barrage de retenue de Reygnac, d’une digue, d’un canal d’amenée et de l’usine de l’Estabournie qui fonctionne avec une turbine de 40 puis 65 chevaux à Tulle, barrage sur le Furan en Forez, où l’usine des Rives reçoit en 1831 une première machine à vapeur.

Innovations et Révolutions Techniques

Imaginé par un français d’origine suisse, Pauly, le principe du percuteur, la détente libérant un ressort intérieur qui pousse une aiguille contre la cartouche, est adopté par la Prusse en 1841 avec le fusil Dreyse. En France, proposée en 1842 par un officier, Minié, la balle cylindro-ogivale est adoptée quinze ans plus tard, enchâssée dans une cartouche métallique, le laiton remplaçant le plomb, et le chargement par une culasse mobile s’impose contre le système de la « tabatière », couvercle de la chambre d’explosion.

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La révolution du modèle 1866, le Chassepot, du nom de son inventeur, est pourtant surtout permise par celle de l’acier. Acier de l’outil : en 1851, l’Exposition universelle permet aux européens de découvrir la méthode de coupe rapide des américains. Acier homogène surtout, abondant et vite produit, permis par le convertisseur Bessemer, puis Siemens-Martin, et plus tard Gilchrist. Il n’est plus nécessaire de raffiner l’acier par martelage, ni de forger et souder les canons de fusil : des barres seront forées sur un tour par une mèche d’acier trempé, cannelée pour évacuer le copeau et percée pour permettre l’envoi sous pression de l’huile de refroidissement.

Les machines à percer et à rayer les plus fréquentes sont américaines, de marque Pratt et Whitney. Il faut toutefois toujours dresser le canon foré, et la machine à dresser à volant se substitue au dressage à la main, le repérage du défaut se pratiquant toujours à l’œil selon la méthode du cierge.

Concentration et Mécanisation de la Production

En 1864 à Saint-Étienne, après divers essais de machine à vapeur, sous la direction de l’ingénieur Kreutzberger de retour d’Amérique en 1855, on envisage de concentrer et mécaniser la production. Mais le Chassepot est dès 1866 responsable d’une première envolée des effectifs. Cette même année, on inaugure la « nouvelle manufacture » commencée deux ans plus tôt. En 1874, une nouvelle série de fabrication, celle du fusil Gras, augmente à nouveau l’embauche. Pourtant le colonel directeur Dubessy note qu’à ce moment encore les machines ne font guère qu’ébaucher les pièces que l’on finit à la main.

En 1860 est décidé le regroupement des fabrications de canons et d’attirails à Bourges : trois fonderies (Strasbourg, Douai, Toulouse), huit ateliers de construction (Strasbourg, Douai, Toulouse, La Fére, Metz, Grenoble, Auxonne, Rennes) et les écoles d’artillerie sont ainsi remplacés par un arsenal unique, un dépôt et une école de pyrotechnie. L’investissement se monte à 8 millions de francs, dont la ville et le département assument chacun 10 %. Le personnel du canon va ainsi rejoindre celui du fusil, il n’y aura pas de nouvelle version du règlement des compagnies militaires après celui de 1856. Cela parachève une mutation engagée dès 1819.

Le Statut des Ouvriers et l'Évolution Sociale

La Restauration règle la question de la propriété des immobilisations des manufactures et prévoit de fermer celles du Nord-Est, ce que fera la Monarchie de Juillet dans la décennie 1830. L’État agit au cas par cas, résolvant à Charleville la faillite en 1810 de l’entrepreneur Morin, expropriant les anciens propriétaires à Tulle et rachetant les biens de Fréconnet, conservant l’entrepreneur Jovin à Saint-Étienne tout en construisant une nouvelle usine aux « Rives ». Au bout du compte, Tulle, Châtellerault, Charleville appartiendront à l’État, Saint-Étienne sera partagée entre l’État (bâtiments centraux), l’entreprise (11 usines) et seize maîtres ouvriers possédant leur boutique, mais deviendra quasiment propriété d’État avec la nouvelle usine et plus tard celle du Treuil.

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Le Klingenthal est reconverti en partie pour son propre compte par le dernier entrepreneur après la fermeture. Maubeuge, en régie directe depuis 1816, est finalement - mal - vendue par les propriétaires héritiers de Félix.

Le 13 mai 1814, Louis XVIII est sur le trône. Dès le 27 août, une ordonnance confirme le droit à la retraite des armuriers des manufactures, comptant l’ancienneté à partir de l’âge de 16 ans et divisant les ouvriers en 3 classes : les soldats détachés, les civils engagés pour 4 à 8 ans et les « libres », ouvriers non-engagés. Le 1er janvier de chaque année, l’inspecteur établira la liste numérique des ouvriers libres, avec leur profession. Les « états sommaires » seront présentés en 2 colonnes, les libres et les immatriculés, c’est-à-dire les détachés et les engagés. Les immatriculés seuls peuvent bénéficier de la retraite.

Le 12 mars 1819 paraît l’ordonnance qui fixe le statut des ouvriers pour le siècle. Il faut être immatriculé pour avoir droit à la retraite. Les maîtres doivent avoir formé des élèves de leur profession. Ce droit est acquis :

  • après 30 ans de service et 50 ans d’âge
  • quelle que soit la durée du service au cas où l’ouvrier serait victime au travail d’une mutilation le mettant hors d’état de gagner sa subsistance
  • après 15 ans de service lorsque des infirmités constatées dans les établissements l’empêchent de continuer sa profession.

Des majorations de 1/20 par année de service sont prévues au delà de 30 ans et en cas de mutilation. Le maximum de pension est de 400F pour un maître et 300 pour un ouvrier. En cas d’invalidité, elle est de 200 et 150. Le temps de service est compté à partir de l’âge de 20 ans. Les ouvriers libres peuvent recevoir des secours ou même une pension, mais à la discrétion de l’inspecteur général. Enfin, les retraités pourront continuer à travailler dans les manufactures sans perdre leur retraite, qui sera majorée comme prévu, « lorsque l’âge et les infirmités les forceront à quitter définitivement la manufacture ».

Le règlement d’organisation générale du 20 novembre 1822 fixe à 6 ans la durée renouvelable de l’engagement, à 3 mois le délai de préavis en cas de non renouvellement ou de départ des ouvriers libres, et à 1 mois le préavis entre maître et compagnon. Des sanctions sont prévues : diminution ou privation de commande, renvoi, définitif pour les libres et engagés, au corps pour les détachés. Ce règlement prévoit également pour la première fois la prise en charge par le gouvernement des frais d’apprentissage de 20 élèves par an, répartis entre les établissements par le ministre. Ces apprentis ont entre 18 et 25 ans, et s’engagent pour 8 ans. Ils touchent une indemnité.

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Les Armureries Parisiennes : Un Aperçu

En marchant dans les rues de Paris, nous passons devant des devantures sans penser à ce qu’elles furent autrefois. Pourtant, Paris fut, indéniablement, une capitale armurière avec ses grands noms : Lepage, Lefaucheux, Vidier, Modé, Flobert, Devisme, Houllier-Blanchard, Léopold Bernard, Gastinne-Renette et tant d’autres… Sur place, il se fabriquait des bascules, des canons, des crosses, et l’on y inventait même de nouveaux mécanismes d’armes à feu. Les armuriers faisaient aussi venir des armes de Saint-Etienne et de Liège. De nos jours, plus aucune arme de fabrication récente ne porte le poinçon de Paris. Cet article ne donne qu’un aperçu des commerces d’armes qui existèrent à Paris, tellement ils furent nombreux. Vers 1900, il existait plus de 120 de commerces dans le secteur de l’armurerie dans Paris intra-muros.

Quelques exemples d'armureries parisiennes:

  • Au 8 rue de Richelieu, dans le premier arrondissement, se tenait la boutique de Fauré Le Page, célèbre armurier parisien connu, notamment, pour avoir distribué des armes à la foule pendant la révolution de 1830.
  • Au 39 avenue Franklin Roosevelt, dans le 8e arrondissement, l’armurerie Gastinne-Renette était connue pour son club de tir, ses pistolets de duel et sa réputation de luxe. Fondée en 1812, reprise en 1989 par le maroquinier Guené, elle ferma ses portes en 2002.
  • Au 5 avenue de la Grande Armée, dans le 16e arrondissement, le magasin de Callens & Modé était placé dans la contre-allée. Il avait ouvert ses portes en 1956 pour fermer au début des années 1990.
  • Au 91 avenue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, se situait la maison Modé-Pirlet. Cette armurerie était installée dans un hôtel construit par Cartault pour le financier Pierre Crozat. C’était donc une maison très réputée. Cette armurerie s’est appelée Modé-Pirlet à partir de 1933.
  • Au 24 rue du faubourg Saint-Honoré dans le 8e arrondissement, non loin du palais de l’Elysée, se situait l’armurerie Pirlet. Dans les années 1900, M. Pirlet employait, à cette adresse, une dizaine d’artisans pour réaliser la fabrication de fusils qui étaient alors très réputés.
  • Au 36 boulevard des Italiens dans le 9e arrondissement, Devisme, armurier et inventeur, proposait ses pistolets, carabines et fusils dans les années 1850. Fabricant réputé, il avait même proposé certains de ses modèles à l’armée.
  • Au 12 boulevard Saint-Michel dans le 6e arrondissement, l’armurerie Flobert avait ouvert ses portes en 1889. Auparavant, elle était installée au 3 rue Racine à partir de 1855, puis du 10-12 boulevard de Sébastopol à partir de 1861. Sa dernière adresse a été au 37 rue des Mathurins.
  • Nicolas Bernard, ancien chef ouvrier de la Manufacture d’Armes de Versailles, s’établit à Paris en 1821. Son fils aîné Albert Bernard s’installera à son tour dans la capitale en 1823, et sera le premier canonnier parisien à s’intéresser à la fabrication de canons au moyen de machines.
  • Houllier-Blanchard, arquebusier, s’était installé à Paris au milieu du 19e siècle. Sa fabrique était installée au 36-38 rue de Cléry.
  • En 1902, le fabricant Vidier était installé au 1 bis, rue de Chaillot. Il proposait à sa clientèle le fusil Czar, qui comportait une nouveauté exceptionnelle pour l’époque : le canon monobloc.

L'Héritage de Lefaucheux et la Cartouche à Broche

Pour la plupart des chasseurs, le nom de Lefaucheux évoque d’abord le fameux fusil de chasse basculant tirant des cartouches à broche. Quel armurier n’en a jamais tenu un en mains, consécutivement à une demande de restauration d’un collectionneur ? Casimir Lefaucheux avait déposé le brevet de la cartouche à broche en 1827. Il s’ensuivra toute une production de fusils tirant cette munition, pas seulement à Paris, mais aussi à Saint-Etienne et à Liège. Eugène Lefaucheux suivra les traces de son père dans le monde de l’armurerie, avec un révolver dont il déposera le brevet en 1854, et qu'il produira ensuite pour l’armement de la Marine.

Lepage Frères : Une Maison Renommée

L’armurerie Lepage Frères ouvrit ses portes à Paris en 1823, proposant à sa clientèle un grand choix, incluant des armes venues de Liège et de Saint-Etienne. Même si cette maison fournissait des fusils réputés, elle faisait aussi appel à la production étrangère pour casser les prix.

Lors de l’insurrection de mai 1839, leur dépôt du 22 rue Bourg-l’Abbé avait été attaqué par un groupe d’environ trois cent émeutiers. Ceux-ci pillèrent le magasin en se passant les armes par les fenêtres du premier étage. Beaucoup repartirent en emportant, chacun, trois ou quatre pistolets et fusils, tellement le stock regorgeait d’armes. L’insurrection fut un échec, l’armurerie des frères Lepage fut mise à sac pour rien.

Les Ateliers et Fabricants Moins Connus

  • Dans les années 1860, Geerinckx, successeur de Gauvain arquebusier, tenait boutique au 93 boulevard de Montparnasse.
  • Au 126 rue Lafayette dans le 10e arrondissement, à quelques pas de l’ancien siège du Parti Communiste, Aux armes de Saint-Jean existait depuis au moins 1936.
  • Fondés en 1978, les Ateliers Saint-Eloi produisirent des armes fines et de luxe pendant un quart de siècle.

Issy-les-Moulineaux et la Cartoucherie Gévelot

La ville d’Issy-les-Moulineaux, à proximité immédiate de Paris, était extrêmement liée au monde de l’armurerie parisienne, d’une part à cause de la présence du Banc d’Epreuve de Paris, mais aussi de la cartoucherie Gévelot. L’invention de la cartouche à fulminate remonte aux années 1820 avec Joseph Marin Gévelot. Depuis 1816, il s’était établi à Paris en qualité de « armurier, arquebusier, fourbisseur et ceinturonier » rue Saint Denis. Il produit des amorces en série à partir de 1820. En 1823, il pose le brevet de l’amorce au fulminate de mercure.

Évolution de la Cartoucherie Gévelot
Année Événement
1867 La cartoucherie emploie 500 ouvriers.
1898 Elle dispose de 50 bâtiments répartis sur 7 hectares.
1901 Une explosion fait 18 morts dans l’atelier de chargement des cartouches de guerre.
1910 L’usine est inondée lors de la crue de la Seine.

Manufrance : Un Acteur Majeur

Il serait difficile de parler de l’armurerie parisienne sans faire mention de la Manufacture d’Armes et Cycles de Saint-Etienne, tant elle fut incontournable pendant près d’un siècle, à partir de 1885. Les fusils Simplex, Robust, Idéal et Falcor marquent les années d’or de la manufacture stéphanoise. En 1976, l’entreprise employait 3800 personnes et disposait d’une centaine de magasins. Malheureusement, des problèmes financiers graves apparurent dans les années 1975, conduisant au dépôt de bilan en 1985. En 1988, Jacques Tavitian rachète l’essentiel des marques et brevets.

Importateurs et Grossistes : Une Liste Non-Exhaustive

Pour mémoire, voici une liste non-exhaustive d’importateurs et de grossistes en armes de chasse et de tir qui étaient à Paris.

  • Manufacture franco-belge, J.A Carrat, maison fondée en 1900, 1 rue de Compiègne à côté de la Gare du Nord.
  • René Cosson S.A, 16 rue des Tournelles, fondé en 1878 et fermé vers 1991.
  • Franchi-France était installé dans la zone industrielle Silic à Rungis et a fermé en 1993.
  • Browning-Winchester France, implanté dans la zone industrielle de la Cerisaie à Fresnes (94), a fermé en 1994.
  • Flobert, rue des Mathurins à Paris, a fermé en 1997.

Le Déclin de l'Armurerie Parisienne

En France, plus de la moitié des armuriers ont disparu depuis les années 1950, notamment à cause du cadre législatif qui s’est progressivement durci.

Conclusion

L'histoire de l'armurerie est riche en innovations, en figures emblématiques et en défis. De la manufacture de Châtellerault aux armureries parisiennes, en passant par les innovations de Lefaucheux et Gévelot, l'industrie armurière a connu des évolutions majeures. Malgré un déclin récent, son héritage perdure et continue d'inspirer les passionnés et les professionnels du secteur.

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