Les armes acoustiques, rarement au cœur des débats, suscitent des interrogations quant à leur utilisation et leur impact. Dans le débat démocratique, les canons à son ne font guère de bruit.
Projeter un son concentré pour paralyser l’adversaire est le principe des « dispositifs acoustiques à longue portée » (LRAD), qui se développent depuis une vingtaine d’années. Les LRAD projettent un son concentré pour paralyser l'adversaire.
Les « armes à effet dirigé », réelles technologies de rupture, pourraient révolutionner l’art de la guerre. Les avantages technologiques et tactiques sont multiples. L’utilisation de canon à son est non létale à la base et permet une gradation des effets suivant les puissances sonores utilisées.
Les armes à ultrasons produisent des effets variés suivant les fréquences utilisées avec des réactions différentes en fonction des parties du corps visées. Toutefois, et même si la technologie de production du son est maîtrisée, il est encore complexe d’obtenir une concentration précise du faisceau sonore rendant l’arme aussi directive qu’escompté.
Sur Internet, des fabricants comme Genasys vendent des LRAD en les présentant comme de simples « systèmes de communication pour situations d’urgence ». En France, l’entreprise Qualiforce propose un canon sonore à 1 895 €, capable d'émettre 131 dB, soit le bruit d’un avion au décollage, à bout portant. L’effet recherché ? Il est annoncé sans détour sur leur site : « une sensation de torture, de désorientation et de paranoïa ».
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Le dispositif est vendu à des clients très divers : pharmacies, Apple Store, entrepôts… Mais aussi, ajoute-t-il, à « des mairies souhaitant protéger des bâtiments inoccupés contre les intrusions ou les squatteurs », notamment à Nice et à Villeurbanne. La puissance maximale a été fixée à 131 dB, « par bon sens », assure-t-il. Mais rien, dans la législation, ne l’y oblige. Et selon l’entreprise, certains clients institutionnels, comme le GIGN, ont déjà manifesté leur intérêt pour des modèles encore plus puissants.
En France, les armes soniques sont autorisées… sans le dire. Rien, dans la loi, n’en interdit explicitement l’usage. Le Code de la sécurité intérieure autorise « tout moyen de force nécessaire et proportionné » pour disperser une foule, sans détailler les types d’armes utilisées. Le schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) parle de « moyens non létaux » et de « dispositifs de communication », mais reste lui aussi vague. Résultat : un flou juridique béant.
Les armes sonores échappent à toute régulation… Et n’importe qui peut en acheter. Un simple mégaphone ? ou une arme qui ne dit pas son nom ? Le gouvernement français nie utiliser des armes soniques pour le maintien de l’ordre. Mais une vidéo semble montrer le contraire. Et sur Internet, certains modèles sont en vente libre, conçus pour infliger « une sensation de torture ».
Si elles ont d’abord été utilisés dans la « guerre contre le terrorisme », les régimes autoritaires ont fait de ces technologies un instrument majeur de répression des mouvements de protestation. Un scandale pour le musicologue allemand Holger Schulze, qui réclame leur interdiction. Faire du bruit une arme ?
Selon les valeurs du neuroscientifique spécialisé dans l’audition, Gérald Altmann, entre 140 dB et 170dB, des effets temporaires peuvent apparaître comme des problèmes respiratoires, une sensation d’oppression au niveau de la poitrine, une salivation excessive, des nausées, des fourmillements, des vertiges, des acouphènes, une perte d’audition, des maux de tête et une accélération du rythme cardiaque. À partir de 160dB, les tympans se déchirent. À 200dB, les poumons se fissurent.
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Pour Aymeric Elluin, spécialiste des armes à Amnesty International, ces armes soniques posent un sérieux problème : « Les dispositifs sonores de type LRAD peuvent porter atteinte au droit de manifester, à la santé, à la dignité humaine et à l’intégrité physique et mentale. En l’absence d’étude scientifique fiable et indépendante, leur usage est incompatible avec les obligations fondamentales des États. »
Pourtant, en France, ces dispositifs sont bel et bien présents. Officiellement, ce ne sont pas des armes. Un CRS disperse des manifestants avec un appareil diffusant un son strident et assourdissant. Extrait d'une vidéo du journaliste Yazid Bouziar, tournée le 18 juin 2021. L’engin diffuse un son strident, pulsé, proche d’une alarme assourdissante. Les jeunes fuient en panique, effrayés par le bruit.
L’appareil en question ? Un LRAD ? Non, rétorque le ministère : « C’est un mégaphone » conçu pour « l’amplification de la voix », mais « également doté, précise-t-il, d’un dispositif sonore de type sirène ». Un simple mégaphone, donc, capable d’émettre un son pulsé, insupportable, et perceptible à plusieurs centaines de mètres ? C’est justement ce qui définit une arme sonique de type LRAD. Mais le gouvernement campe sur sa position : « Il ne s’agit en aucun cas d’un LRAD ou canon à son [...]. Le matériel a vocation de communication et de signalement, sans finalité coercitive ou offensive. »
Cette ligne de défense rappelle d'ailleurs celle du ministre serbe qui, en mars, niait l'existence d’armes soniques dans son pays, malgré les preuves accablantes.
| Niveau Sonore (dB) | Effets Potentiels |
|---|---|
| 50-60 | Conversation normale |
| 110 | Seuil de la douleur |
| 123 | Sirène de police |
| 125 | Avion au décollage |
| 140-170 | Problèmes respiratoires, nausées, vertiges, acouphènes, perte auditive |
| 160 | Déchirure des tympans |
| 200 | Fissure des poumons |
Les armes acoustiques, bien que présentées comme non-létales, posent des questions éthiques et légales importantes. Leur utilisation dans le maintien de l'ordre et leur vente libre soulèvent des préoccupations quant au respect des droits fondamentaux et à la nécessité d'une régulation plus stricte.
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