La question des armes à feu est un sujet de débat permanent et passionné aux États-Unis. Face à la récurrence des tueries de masse et à un taux d'homicides par arme à feu bien supérieur à celui des autres pays développés, les démocrates se trouvent en première ligne pour proposer et défendre des mesures de régulation plus strictes.
Début novembre 2018, Debbie Wasserman, alors élue de Floride et ancienne patronne du parti démocrate à Washington, affirmait avec détermination : « En cas de victoire, nous légiférerons sur les armes. Si nous remportons les élections législatives, mettre en place une politique de bon sens sur cette question sera l’une de nos priorités. »
Deux mois plus tard, avec une majorité démocrate à la Chambre des représentants, une offensive pour s’attaquer aux tueries de masse qui endeuillent régulièrement l’Amérique semblait imminente.
Compte tenu des règles en vigueur à la Chambre des représentants, les démocrates ont les coudées franches. Ils président non seulement la Chambre, mais aussi chacune de ses commissions, dirigent les débats et fixent l’agenda. Les militants du désarmement les attendent donc au tournant.
Selon la presse américaine, un projet de loi pourrait être déposé avant la fin de l’hiver, visant en particulier à renforcer le contrôle des antécédents criminels et psychiatriques des acheteurs. Ce projet ressemble d’ailleurs fortement à celui que Barack Obama avait défendu en 2013, après la fusillade de Sandy Hook où 28 personnes, dont 20 enfants, avaient été assassinées.
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Malgré le poids mis dans la balance par le président Obama, le Congrès n'avait pas agi, même le Sénat, pourtant contrôlé par ses alliés, avait lâché Barack Obama, redoutant de s’attirer les foudres de principal lobby des armes, la NRA (National Rifle Association).
« Oui, les démocrates ne sont plus les mêmes, assure Eduardo Gamarra, professeur au département de sciences politiques de la Florida International University à Miami. On l’a constaté lors des élections de novembre. De nombreux candidats n’ont pas eu peur de s’attaquer à la NRA. La succession des tragédies est telle que plus personne ne se sent à l’abri, et les démocrates l’ont bien compris. »
Malgré cette détermination, les démocrates peuvent-ils espérer convaincre leurs collègues républicains, qui contrôlent toujours le Sénat, grâce notamment au soutien du lobby de la gâchette ? En novembre, les alliés de Donald Trump ont certes cédé le contrôle de la Chambre des représentants, mais ils ont en même temps conforté leur mainmise sur le Sénat.
La tuerie de Parkland (Floride), qui a coûté la vie à 17 personnes au lycée Marjory Stoneman Douglas le 14 février 2018, a déclenché une mobilisation sans précédent chez les jeunes, avec de nombreuses marches et des appels à voter contre les candidats pro-NRA, le bilan des élections de mi-mandat aura, au final, été mitigé.
« Bien sûr que nous sommes frustrés, soupire Juliana Simone, responsable à Miami de Students Demand Action, une association membre du réseau Everytown for Gun Safety. Dans notre État, la Floride, un gouverneur républicain, excellent ami de la NRA, a été élu, malgré Parkland et malgré notre colère… Mais nous ne regardons pas que les élections ! Notre mobilisation ne fait que commencer. Je me suis engagée après Parkland, et beaucoup d’autres comme moi. C’est un mouvement qui va durer, et peser dans la vie politique. »
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Le Congrès sortant n’a pris aucune mesure depuis Parkland. La succession de tragédies de grande ampleur - le site de Gun Violence Archive (GVA) a recensé plus de 330 fusillades en 2018 - n’a pas provoqué de prise de conscience à Washington.
La seule mesure prise par l’administration Trump a été l’interdiction des « bump stocks », un dispositif permettant de tirer en rafale utilisé par le tueur de Las Vegas, en octobre 2017.
En revanche, la mobilisation, au niveau local, est réelle. À l’image d’Evelyn Perez, Américaine d’origine colombienne vivant à une vingtaine de minutes du lycée Marjory Stoneman Douglas. « Je me suis dit que je ne pouvais pas rester les bras croisés après ce qui s’était passé si près de chez moi, raconte-t-elle. J’ai décidé de m’investir pour que la loi change, que des mesures de bon sens soit prises. »
Après la tragédie de Parkland, dans la grande banlieue de Miami, Evelyn a rejoint une initiative d’artistes locaux mobilisés contre la violence des balles. Elle a participé aux marches et manifestations sous la bannière « Art is our weapon » (« l’art est notre arme ») et collaboré, pinceau à la main, à des expositions dénonçant cette menace planant aussi bien sur les écoles que sur les églises, les bars ou les universités.
Bien que politiquement indépendante, cette consultante en communication s’est aussi activement engagée au côté d’Andrew Gillum, le démocrate qui briguait le poste de gouverneur de Floride en faisant campagne notamment contre la NRA. « Cela ne peut pas durer ! Il faut changer de loi. Vous vous rendez compte qu’il est plus facile chez nous d’acheter des armes que de la bière ? »
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Evelyn Perez n’est pas seule à réclamer un encadrement plus strict de ce marché juteux pour les fabricants. Les sondages le confirment : une majorité de la population américaine soutient désormais des mesures restrictives. Selon le Pew Research Center, 57 % des personnes interrogées se disent désormais favorables à une régulation plus sévère, contre 31 % favorables au statu quo. L’année précédente, ils n’étaient que 52 % à souhaiter un tour de vis.
Mais le niveau des exigences, au fil des ans, a baissé : il ne s’agit plus que de renforcer le contrôle des antécédents, afin d’éviter que petits et gros calibres « ne tombent dans de mauvaises mains ». Et éventuellement d’interdire les fusils d’assaut, interdiction déjà effective de 1994 à 2004.
Car la NRA, même si elle se fait plus discrète ces derniers temps, a gagné la bataille de la communication. D’ailleurs Andrew Gillum pendant sa campagne préférait parler de « réforme de bon sens » plutôt que de « contrôle des armes » (« gun control ») : au fil des ans, le lobby a réussi à faire de la notion de contrôle un synonyme d’atteinte aux libertés individuelles…
Son message central - « ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les hommes » - est également désormais ancré dans des pans entiers de la société américaine. Pour preuve, la commission mise sur pied pour enquêter sur la tragédie de Parkland a préconisé, à la mi-décembre, et par treize voix contre une, l’adoption d’une loi par l’État de Floride afin que des professeurs puissent être en mesure de faire feu en cas de besoin…
Chaque année, plus de 35 000 personnes meurent aux États-Unis après avoir reçu une balle tirée par une arme à feu. Soit, comme le relève l’ONG Everytown for Gun Safety, une moyenne de « 100 Américains tués chaque jour par arme à feu ». Dans près de deux cas sur trois (autour de 22 000), il s’agit d’un suicide.
Selon le site Gun Violence Archive (GVA), les homicides ont fait plus de 14 000 morts en 2018. Soit un taux de 3,6 homicides pour 100 000 habitants, 25 fois plus élevé que dans la plupart des sociétés occidentales - par exemple au Canada et au Portugal : 0,5 pour 100 000, en France et en Australie : 0,2 pour 100 000.
Toujours selon GVA, le pays a connu 334 fusillades au cours de l’année écoulée, soit près d’une par jour.
| Pays | Taux d'homicides par arme à feu |
|---|---|
| États-Unis | 3,6 |
| Canada | 0,5 |
| Portugal | 0,5 |
| France | 0,2 |
| Australie | 0,2 |
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