Dès le XIXe siècle, l’artillerie à poudre médiévale suscite l’intérêt d’historiens militaires, souvent officiers dans les armées nationales de leurs pays respectifs : Louis-Napoléon Bonaparte et Ildephonse Favé en France ; Bernhard Rathgen en Allemagne ; Paul Henrard, Henri Guillaume, et Charles Brusten en Belgique ; Oliver F.G. Hogg en Angleterre - ce dernier écrivant encore dans cette tradition en 1963 (!) -, pour n’en mentionner que quelques-uns.
Au-delà d’une simple histoire-bataille, leurs travaux s’intéressent déjà aux techniques et à la mise en œuvre de l’arme. Ils se caractérisent néanmoins par un certain nationalisme (revendications d’inventions technologiques dont, évidemment, la poudre à canon) et par un positivisme, descriptif plutôt qu’analytique, inhérents à la production historiographique d’époque.
Par une étude fondatrice relative à l’organisation de l’artillerie royale française à la veille des guerres d’Italie, Philippe Contamine redonne un nouveau souffle à ce sujet dès 1964. L’auteur met en évidence l’intérêt d’approches plus totalisantes, s’intéressant en particulier à l’institutionnalisation de l’arme.
Il faut toutefois attendre la dernière décennie du XXe siècle pour de nouvelles études, annonciatrices de tendances actuelles, consacrées, d’une part, aux caractéristiques socio-professionnelles des canonniers (P. Benoît, 1995 ; R. Leng, 1996) et, d’autre part, en particulier dans le monde anglo-saxon, aux implications socio-politiques du développement de l’arme (Cl. Rogers, 1995).
Combinant à la fois étude des techniques (les armes à feu), des institutions (l’artillerie) et des hommes (les artisans-canonniers), sans oublier l’impact socio-politique des évolutions parallèles (« révolution militaire ») se dessinant en ces trois domaines au bas moyen âge, ce n’est qu’au cours de la dernière décennie qu’un nouvel engouement a donné lieu à des synthèses renouvelées fondées sur le dépouillement exhaustif de sources souvent inédites, tant en France (E. de Crouy-Chanel, 2010, 2020 ; A. Leduc, 2008) et dans les anciens Pays(-Bas) bourguignons (M. Depreter, 2011, 2014), qu’en Angleterre (D. Spencer, 2019), en Espagne (F. Cobos Guerra, 2004) ou, tout récemment, en Italie (F.
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Malgré les nombreux travaux des dernières années, le champ reste prometteur. Si le XVe siècle a retenu l’attention des chercheurs contemporains, un constat s’impose : malgré la fascination des auteurs du XIXe siècle pour les « premières mentions », les décennies initiales de l’artillerie à poudre en Occident restent méconnues.
Celles-ci gagneraient à prendre en compte les développements en milieu urbain. L’histoire de l’artillerie communale reste largement à écrire, de même que celle de l’artillerie seigneuriale pour laquelle les sources, il est vrai, sont plus rares.
Quelques monographies, datant souvent du XIXe siècle et souffrant des limites évoquées plus haut, s’intéressent certes à l’artillerie de telle ou telle ville particulière. Une étude systématique sur base des comptabilités urbaines devrait néanmoins permettre de comprendre comment l’artillerie, d’une arme originellement urbaine sinon communale, à tout le moins dans les anciens Pays-Bas et en Empire, put devenir une arme dynastique, voire étatique.
Des questions essentielles relatives au développement initial de l’arme, à la spécialisation progressive de ses artisans, fondeurs ou forgerons, à leur implantation, à leurs conditions socio-économiques, à leurs liens avec les métiers urbains, à l’intégration de l’artillerie dans la fortification urbaine, etc., pourront ainsi être élucidées.
Sans doute de nouvelles études de cas devront-elles aboutir à des synthèses régionales, puis suprarégionales. Une telle approche gagnerait à prendre en compte l’évolution du marché de l’artillerie, local, régional et suprarégional (« international » diront certains) et à reconstruire les réseaux sociaux et économiques de production et de consommation mettant en relation les artisans entre eux (échanges de savoirs et de savoir-faire) et avec leurs clients (cf.
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Les vestiges archéologiques ont attiré l’attention sur l’adaptation de la fortification à l’artillerie à poudre (apparition d’archères-canonnières et de canonnières, tours d’artillerie, murailles remparées, boulevards et proto-bastions). Paradoxalement, l’intégration de l’arme à feu à ces fortifications reste, quant à elle, moins connue, les pièces ayant souvent disparu de leur emplacement original : des types d’armes à feu mobilisées pour la défense (à l’instar de la couleuvrine à main étudiée par E. de Crouy-Chanel, 2011) à l’apparition d’artillerie de place spécialisée, le travail reste largement à faire.
De même, la mise en œuvre de l’artillerie dans le cadre de sièges et de batailles reste largement inexplorée d’un point de vue non seulement tactique mais aussi psychologique.
Au-delà d’une histoire traditionnelle des techniques, l’intégration de nouvelles méthodes, notamment en archéologie expérimentale, semble essentielle pour mieux comprendre la pratique au-delà de la théorie : en particulier les modalités de fabrication et l’efficacité de la poudre et de l’arme à feu devraient ainsi être réévaluées, dépassant des sources narratives ou des jugements spéculatifs contemporains quant à l’impact de l’artillerie.
Les avancées réalisées dans le domaine des études des armures, notamment, augurent de l’utilité de l’adoption de ces méthodes pour nos connaissances de l’artillerie.
Par ailleurs, si les bouches à feu elles-mêmes sont aujourd’hui relativement bien connues du point de vue théorique, l’évolution de leurs modes d’affûtage et de transport reste, d’un point de vue technique, peu étudiée. Or, ces techniques furent essentielles à la mobilisation de l’arme.
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Nommés collectivement ou individuellement, les canons n’ont guère retenu l’attention d’un point de vue onomastique (Contamine, 2002). Cette carence reflète le manque d’intérêt suscité par une histoire symbolique et psychologique de l’arme à feu, au-delà des stéréotypes.
Dans le cadre d’une histoire politique, le rôle de l’artillerie dans la construction étatique tardo-médiévale et moderne a récemment fait l’objet d’une réévaluation (Depreter, 2014, 2023 ; Depreter/Masson, 2017). Ce premier essai d’appréciation et d’histoire comparative dans un cadre franco-bourguignon mériterait d’être élargi à l’échelle européenne, sinon globale (cf.
La comptabilité, qu’elle soit royale, princière ou urbaine, est particulièrement utile à l’étude de l’artillerie, tant sous l’angle des techniques (terminologie, définitions occasionnelles) que sous l’angle de l’organisation, en ce compris les aspects politico-économiques (production, marché de l’armement, rémunération de personnel, permanent ou non, etc.). La prosopographie et l’analyse de réseaux permettent une approche socio-professionnelle.
Les sources littéraires, trop longtemps utilisées seules et au détriment de la comptabilité ou de l’iconographie - on y viendra -, n’en ont pas moins des mérites. Chroniques et mémoires révèlent des nombres, parfois exagérés certes, liés au prestige et à l’efficacité attribués à l’armement, mais peuvent aussi révéler les objectifs stratégiques et les modalités tactiques de la mise en place de l’artillerie.
C’est en particulier le cas pour les mémoires de combattants, tel Jean de Haynin, ou pour certains chroniqueurs tel Jean Molinet, bien informés, parfois de première main, par leurs liens avec des chefs de guerre côtoyés à la cour.
Intéressant l’histoire socio-professionnelle des canonniers comme l’histoire des techniques, les traités d’art de canonnerie se diffusent à partir du début du XVe siècle, en particulier - mais non exclusivement - dans l’espace germanique (Leng, 2002). Ils révèlent la pratique d’artilleur dans le cadre d’un métier en devenir qui cherche à se définir, à se distinguer par son savoir-faire et à monnayer celui-ci.
L’histoire des représentations de l’artillerie n’a guère retenu l’attention, on l’a dit. À quelques rares exceptions près, tels les énormes canons que sont la Mons Meg conservée à Édimbourg ou la Dulle Griet à Gand, et au-delà des répertoires du fameux butin bourguignon pris par les Suisses sur l’armée du duc Charles de Bourgogne (1476-77), les pièces d’artillerie conservées dans les institutions muséales n’ont que trop rarement été étudiées autrement que pour elles-mêmes, souvent de manière isolée dans le cadre d’études de pointe ou de notices de catalogue.
Les premières armes à feu portables ne furent rien d’autre que des canons miniatures. Ils furent introduits vers 1380 et généralement appelés " bâtons à feu ". Ces armes étaient faites d’un canon en fer coulé (ou de douves de fer assemblées) fixé au bout d’une perche.
Au début du siècle, se présentait comme un petit canon monté sur une tige de bois. Le chargement se faisait en versant la poudre noire dans la gueule du canon, suivie d’une bourre puis de la balle qui était précédée ou entourée d'une bourre légère grasse appelée calepin pour retenir le projectile dans le tube pendant la manœuvre et assurer un léger graissage et nettoyage du tube au moment de l'éjection.
L’origine du mot Baston était usité comme expression générique des armes offensives de main, avant l’invention de la poudre. (1) Histoire du Roy Saint Loys. Paris, 1668. Les mots bastons à feu furent longtemps employés dans les ordonnances de nos rois comme l’expression la plus générale des armes à feu.
Dans les citations précédentes, l’on a trouvé le mot canon appliqué dans le sens du tube : ainsi nous avons vu des canons de fusée, des canons en papier, expressions que l’on retrouve encore dans les auteurs de pyrotechnie du seizième siècle.
Avant même de l’emploi de la poudre à canon pour lancer des projectiles, les tubes, souvent en fer, qui étaient attachés à l’extrémité des lances ou des piques étaient donc des canons. Histoire de l'Artillerie.
A ce propos, la couleuvrine apparaît vers 1428-1438. Les premières sont achetées par le roi Charles VII auprès de Jehan de Montesclere ou Monsteiller, qui en fabrique et elles stupéfient les assaillants qui ne les connaissent pas. C’est une arme de faible calibre, sans chambre mobile, qui se charge par la gueule et tire des projectiles de plomb (20-25 mm), fondu selon les besoins dans des moules portatifs en pierre.
Il existe des couleuvrines différentes, plus longues, larges, à manche dans un bloc de bois… mais elles deviennent de ce fait moins portatives. La couleuvrine entraîne une rupture dans la tactique militaire: autant que les spécialistes le sachent, c’est une arme meurtrière dans un combat statique en raison de la vitesse des projectiles et de sa précision.
Mais le tireur qui recharge est vulnérable. Il s’agit donc de la multiplier sur le champ de bataille et de faire tirer en décalé. Elle n’élimine pas l’arbalète mais la complète dans le combat en milieu urbain. Sauf en cas de résistance sociale et culturelle par les compagnies d’arbalétriers.
L’artillerie passe avec la couleuvrine de l’âge des dizaines à l’âge des centaines de tirs… Elle est la cause de l’enterrement des assaillants avec cheminements couverts pendant le combat du siège d’Orléans et de Compiègne (p 96).
Le nom d'enluminure est aujourd'hui donné au décor des manuscrits de préférence à celui de miniature, utilisé au xixe siècle. L'enluminure des livres religieux est sans doute l'expression la plus spectaculaire et la plus connue de l'art anglo-saxon, son remarquable essor ayant été suscité par le dynamisme de la jeune Église insulaire. Avec l'art de l'enluminure, qui va régner durant tout le Moyen Âge, c'est l'ensemble de l'ouvrage qui s'offre à l'inspiration des miniaturistes dans les abbayes d'Occident.
Les enluminures ne représentent pas la césure des inventions mais la large diffusion d’un type d’arme. Cependant à coté de l’archéologie et l’analyse des textes écrits, le début de l’utilisation des images pour expliquer la guerre représente un intérêt et un apport méthodologique certain.
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