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La Catalogne, une région avec une identité culturelle forte et une histoire riche, a été le théâtre de nombreux événements marquants, notamment en ce qui concerne l'utilisation et la fabrication d'armes à feu. Cet article explore l'histoire des armes à feu en Catalogne, en mettant en lumière leur rôle dans les conflits, la société et la culture catalane.

Origines et Développement des Milices Catalanes

Depuis le Moyen Âge, Barcelone avait une tradition d’autodéfense. Les habitants de la ville et en général ceux de la Catalogne avaient l’obligation de s’armer à ses frais et servir leur comte en cas de menace d’invasion extérieure ou de menace pour la sécurité du comte.

À partir de 1544, la ville de Barcelone se voit attribuer une nouvelle organisation de ses milices. Le nombre de compagnies augmentera en fonction de l’évolution démographique de la ville, mais surtout de celle des diverses confréries. En effet, pour former une compagnie on a besoin d’un minimum de 60 hommes et les confréries que n’atteignaient pas ce nombre étaient regroupées en une compagnie formée par les membres de plusieurs compagnies.

Comme on peut le supposer, le nombre d’hommes de chaque compagnie variait beaucoup. Certaines compagnies avaient les effectifs minimaux, mais d’autres en avaient plus de 300. C’était le cas pour les professions plus répandues ,comme celle des tailleurs ou des chausseurs. Aucune profession était exempte de servir, ainsi la ville levait des compagnies de notaires royaux ou de commerçants. En cas de menace, même les religieux avaient l’obligation de servir. En 1638, la milice était organisée en 39 compagnies différentes.

Ces compagnies s’exerçaient d’une façon plus ou moins régulière et elles arrivaient à se former aux batailles grâce à la pratique des manœuvres des troupes. Cette année là, deux formations regroupant au total 10 compagnies s’exercèrent aux environs de la ville en simulant un combat. Une des compagnies, celle des marchands a pu servir à cheval et à servi aux réceptions des autorités. Cependant ce n’est pas une unité de parade. Les compagnies servaient à la défense de Barcelone face à des menaces directes.

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Cependant, en cas d’une mobilisation qui oblige à mobiliser des hommes pour une expédition à l’extérieur de la ville, l’organisation était toute autre. Une levée de soldats était organisée et ceux-ci, volontaires ou désignés par les confréries au sein de ses membres formaient un tercio avec diverses compagnies armées. Le nom de ce tercio était le Tercio de la Bannière de Sainte Eulalie (« Terç de la bandera de Santa Eulàlia »), parce qu’il arborait la bannière de la sainte patronne de la ville.

La Guerre Civile Catalane de 1462-1472

En 1462, une guerre civile éclate : la Catalogne se soulève contre le roi Jean II (1458-1479), souverain de la Couronne d’Aragon. Les revendications ne sont pas du tout les mêmes que les arguments indépendantistes actuels, bien sûr. Quand Jean II écarte de la succession et jette en prison son fils, Charles de Viane, accusé de connivence avec le roi de Castille, les institutions catalanes prennent fait et cause pour Charles, très aimé en Catalogne.

Pour prendre la défense du pauvre Charles, les Catalans commencent par envoyer des lettres et des ambassades auprès du roi. Ils le supplient de libérer Charles et menacent de prendre les armes en cas de refus. Jean II, ferme, finit malgré tout par relâcher son fils, mais celui-ci a la mauvaise idée de mourir soudainement d’une « douleur au côté ». Cet événement met le feu aux poudres et Jean II, ni une ni deux, pénètre en Catalogne avec son armée. Or, cette intrusion constitue une violation des prérogatives catalanes, car à l’époque, le roi n’avait pas le droit d’entrer sur le territoire sans l’accord des autorités catalanes.

Le conflit dure dix ans, de 1462 à 1472. Tout du long, la tension monte, la société catalane est divisée entre royalistes et anti-royalistes, les bannissements pour trahison se multiplient. En 1472, des opposants sont par exemple sommés de quitter Barcelone dans les deux heures sous peine de perdre leur vie et leurs biens, les autorités leur signifiant non sans morgue qu’ils peuvent « déjà commencer à courir ».

Pendant ce temps, les Catalans cherchent des appuis étrangers à grand renfort de lettres et de délégations, mais ils se heurtent à une lourde difficulté : Jean II accuse les institutions catalanes de désobéissance et d’être illégitimes. Dès lors, on comprend que pour les potentiels soutiens étrangers, s’allier à la Catalogne devient trop risqué : c’est courir le risque de se brouiller avec le souverain de toute la Couronne d’Aragon.

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Sans se décourager, les institutions catalanes commencent alors un grand travail de négociations diplomatiques. Contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer aujourd’hui, la Catalogne du XVe siècle ne voulait pas être indépendante. Pas vraiment. L’idée d’y établir une république est certes sous-entendue au début de l’affaire, mais elle fait long feu. Les Catalans se considèrent en état de légitime défense contre Jean II, fidèles à la Couronne mais pas à ce « tyran cruel » qui a bafoué les droits et les libertés catalanes en voulant imposer des lois empruntées à la Castille, et qui gouverne au détriment de la Catalogne.

Bien vite, les Catalans décident plutôt de se trouver un nouveau roi par intérim. Ils se donnent d’abord à Henri IV de Castille, puis à Pierre de Portugal, puis au Français René d’Anjou... Mais rien ne marche. Le soutien militaire ponctuel de ces grands personnages ne change pas la donne. L’armée de Jean II l’emporte.

La guerre est finie et on aurait pu craindre des représailles, mais, étonnamment, le roi Jean décide d’accorder son pardon aux Catalans et autorise la préservation des privilèges territoriaux et des institutions catalanes. Sans doute, vu l’ampleur de la crise, a-t-il considéré que c’était moins risqué pour lui ? La réponse par la force a bien vaincu les Catalans, mais elle a eu des conséquences lourdes pour la région.

Jean II meurt finalement quelques années plus tard, en 1479. Son successeur, le roi Ferdinand le Catholique, monte sur le trône et, à travers une active politique de négociation avec les élites locales, il réorganise profondément la société catalane. La situation se stabilise. Il faut bien sûr se garder de faire des amalgames entre passé et présent : la spécificité de l’identité régionale en Espagne remonte à loin, mais les fondements idéologiques étaient bien différents.

L'Époque Moderne et l'Importance des Armes à Feu

Celui qui s’intéresse à la société du Haut-Vallespir au XVIIe siècle est très vite frappé par un phénomène qui peut paraître exceptionnel : la place que les armes occupent dans cette société. Ces armes, on les porte, on en possède même si on ne les porte pas, et puis l’on s’en sert, légalement, dans le cadre de la défense du territoire, mais aussi de façon moins licite : beaucoup de crimes de sang sont commis au moyen d’armes, le plus souvent à feu.

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Cette réalité, si elle est difficile à mesurer de façon précise, n’a pourtant pas de quoi surprendre. Tout d’abord parce qu’au XVIIe siècle elle n’est pas nouvelle : on pourrait dire qu’elle est structurelle. Le XVIIe siècle joue son propre rôle dans ce domaine, et, pour des raisons que nous allons évoquer, développe l’armement des civils.

Il faut sans doute hasarder quelques chiffres pour justifier l’intérêt que peut représenter un examen de la place de ces armes dans la société. Il me paraît raisonnable de dire qu’au cours des années 1660-1670, près de 50 % des hommes du Haut-Vallespir possèdent une arme à feu, et qu’une bonne partie de ceux qui restent peuvent disposer d’armes qui leur seront prêtées par la communauté dans le cadre de la défense du territoire, ou par des particuliers, et tout d’abord les propriétaires terriens, lesquels doivent être en mesure de défendre leurs biens, avec l’aide de tous les hommes attachés à leur exploitation.

Le Sometent

L’abondance des armes s’explique en premier lieu par l’existence du sometent. En effet, la Catalogne utilise encore fréquemment au XVIIe siècle le système médiéval de participation généralisée à la défense du territoire. Ainsi, la défense du territoire communal est assurée par les hommes du village qui se réunissent au son du tocsin, après que l’alerte ait été donnée par des cris de Viafora (littéralement : « dehors ! »), et constituent le sometent.

Celui-ci n’est tenu de servir que sur le territoire de la communauté. Néanmoins, devant un danger plus important, tous les villages d’une viguerie, et même de l’ensemble de la Catalogne en cas de proclamation du Princeps Namque, font marcher leur sometent qui peut arriver à regrouper une force de plusieurs milliers d’hommes. Au cours du XVIIe siècle, la défense de la Catalogne face aux Français est assurée en grande partie par le sometent, qui, souvent, réunit davantage d’hommes que les troupes royales espagnoles stationnées dans le Principat.

Pour pouvoir participer efficacement à la défense du territoire, il fallait que les hommes fussent armés. Ils l’étaient, comme nous le montre la liste des hommes du sometent de Prats en 1661. Presque toujours elles semblent appartenir à leurs utilisateurs, ne serait-ce que parce que les nombreux mas se devaient d’avoir la capacité de se défendre eux-mêmes, surtout lorsqu’ils étaient très isolés. Aussi, certains inventaires après-décès montrent-ils que les gros mas pouvaient cacher de véritables arsenaux destinés à armer l’ensemble des hommes attachés à l’exploitation agricole.

Le 4 janvier 1668, s’assemble le sometent de Montalba. Il est constitué de dix ou onze hommes, tous armés d’armes à feu sauf un qui a une épée. Le 4 mars suivant le sometent d’Arles-sur-Tech est réuni : il représente plus de 200 hommes, dont 50 ou 60 sont armés. En 1668, semble-t-il, le sous-viguier du Vallespir oblige les habitants de Fontanills à acheter une arme à feu.

Nous comprenons donc mieux pourquoi, comme nous le montre la documentation, l’arme est presque un élément vestimentaire du Catalan. Au moins ne sort-on pas sans sa dague. Se promener muni d’armes à feu, même pour aller travailler son champ, ne semble surprendre personne. Il est vrai que les chemins étaient peu sûrs. Mais quels sont donc les multiples dangers qui menacent les communautés en dehors des périodes de guerre ?

Bandolers et Miquelets

Même en période de paix entre souverains, le Catalan de l’époque moderne vit dans une société particulièrement violente au sein de laquelle l’utilisation des armes « à titre privé », pourrions-nous dire, est fréquente, à l’occasion de querelles individuelles ou collectives, pouvant donner lieu à de véritables guerres.

Jusqu’au XVIIe siècle, au moins, survit dans les Comtés -ne parlons pas du Principal- le système médiéval des clientèles, très vivace, avec des chefs locaux, le plus souvent des nobles, qui règnent -au sens propre, nous l’avons dit- sur un territoire plus ou moins vaste, assistés d’hommes en armes. Ces bàndols sont constitués par des professionnels des armes, qui sont, comme leurs chefs et suivant les occasions, « bandolers » ou contrebandiers, et peuvent représenter des effectifs prodigieux : en 1580 Tomàs de Banyuls est à la tête de 700 hommes.

Ce phénomène disparaît au début du XVIIe siècle, sous les coups de boutoir de la monarchie espagnole, mais surtout, à notre sens, par un processus d’assimilation : les professionnels des armes que sont les bandolers vont entrer au service du souverain espagnol en constituant les compagnies de miquelets. La fin du bandolérisme coïncide en effet avec le développement des compagnies de miquelets.

Le pouvoir royal espagnol, puis français -dès avant 1659- faisait d’une pierre deux coups : il vidait les montagnes de bandits et renforçait les rangs de ses armées. Ces miquelets étaient donc des combattants plus « officiels ». Ils étaient recrutés en cas de guerre et constituaient des troupes d’élite particulièrement habiles dans le combat en montagne, puisque -outre l’expérience des premières recrues- la plupart d’entre eux étaient originaires de ces régions.

Ainsi, qu’il s’agisse de bandolers, de miquelets ou d’hommes engagés dans les régiments « classiques », la profession des armes représentait « traditionnellement » pour le Vallespir et le Conflent une activité non négligeable et l’on peut affirmer sans trop se risquer que les hommes qui pratiquaient le banditisme ou la contrebande se retrouvaient lors des conflits parmi les miquelets, et que cette dernière activité ne les faisait pas pour autant renoncer aux deux autres.

En définitive, que l’on soit miquelet ou soldat, en activité ou au repos, contrebandier, bandoler, ou tout simplement citoyen tenu de participer à la défense du territoire, les bonnes raisons de posséder des armes ne manquent pas. En outre, celles-ci ne sont pas difficiles à se procurer. Ripoll, en Catalogne, à deux pas du Vallespir, est un centre important de fabrication d’armes, et ses ateliers sont d’ailleurs alimentés en grande partie par du fer du massif du Canigou.

Alors s’arme-t-on parce que la société est violente, ou la société est-elle violente parce qu’elle est armée ? À l’évidence, un phénomène nourrit l’autre. D’une nécessité défensive les armes sont devenues un gagne-pain pour bon nombre de Vallespiriens. Il n’en reste pas moins que la possession d’armes fait de la moindre querelle un homicide potentiel, comme en témoignent les archives.

La Platine à la Miquelet

La platine à la Miquelet (à la catalane) a réussi à traverser près de trois siècles de l’histoire de l’armement sans subir de modification fondamentale. Une autre particularité, elle a été copiée, interprétée, adaptée par tous les pays.

Louis XIV en est certainement et indirectement à l’origine. À la mort de Philippe IV d’Espagne, Louis XIV décide d’imposer par la force, en violation du traité des Pyrénées entre la France et l’Espagne, les lois et surtout les imôts Français dont la gabelle à la jeune République Catalane.

Les paysant de St Laurent de Cerdane se révolte et prennent les armes sous les ordre de Joseph Trinxeria. Cette révolte de la catalogne fut soutenue par l’Espagne qui aida les insurgés. Insurgés qui se faisaient appeler les Miquelets du nom du chef d’une bande de mercenaires, Miquelot de Prats.

Non Loin de là se trouvait une ville appelée Ripoll où se trouvait une usine qui fabriquait des armes portatives équipées de platines depuis 1640. Cette platine adaptée par l’usine de Ripoll, fut probablement née de l’imagination d’un Castillan, en 1540, Simon Macuarte Le Jeune. À la même époque on trouve les armes équipées de la platine de Ripoll en Espagne et en Italie du sud qui est sous influence de l’Espagne. Elle portait le nom de PASTILLA ou de platine CATALANE.

Tableau récapitulatif des armes et effectifs dans le Sometent

Localité Date Nombre d'hommes Armement
Prats-de-Mollo 1661 276 206 avec armes à feu, 21 devant en posséder une
Montalba 1668 10-11 Tous armés d'armes à feu sauf un avec une épée
Arles-sur-Tech 1668 200+ 50-60 armés

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