Crèvecoeur-en-Auge, un lieu riche en histoire, témoigne d'un passé marqué par des fortifications médiévales et des événements militaires significatifs. Cet article explore l'histoire administrative de Crèvecoeur, son château et son rôle dans divers conflits.
Le complément « en-Auge » est ajouté par le décret du 22 septembre 1897. Crèvecoeur relevait du diocèse de Bayeux (exemption de Cambremer), du bailliage et maîtrise de Pont-l’Évêque, et du grenier à sel de Livarot. Sur le plan administratif, la commune dépendait de la généralité et intendance de Rouen, avec une élection et subdélégation à Lisieux. Durant la période révolutionnaire, Crèvecoeur fut intégrée au district de Pont-l’Évêque, devenant chef-lieu de canton. En brumaire an X, elle fut classée comme chef-lieu d'arrondissement communal (Arr. de Lisieux). En 1911, la population était de 352 habitants, sur une superficie de 213,62 hectares.
Le château de Crèvecoeur est sans nul doute l’une des fortifications médiévales parmi les plus monumentales du département. Pourtant, il reste l’un des plus mal connus. L’organisation de la fortification obéit au plan le plus couramment utilisé au cours de la seconde moitié du XIe et du XIIe siècle, celui d’une motte, d’environ 50 m de diamètre qui supportait la résidence seigneuriale, précédée au Nord d’une basse-cour d’environ 70 x 80 m. La motte était protégée au Sud par un profond fossé et un puissant talus, relativement bien conservés.
La basse-cour était elle aussi protégée par un fossé alimenté en eau par un modeste affluent de l’Algot, et par un talus conservé en partie à l’Ouest ainsi que dans son angle Sud-ouest. Au XIIe siècle, la construction de la chapelle, située actuellement dans l’angle Sud-est de la basse-cour, s’est faite au détriment d’une partie du talus interne.
Du château du XIIe siècle, il subsiste aujourd’hui la moitié d’une enceinte polygonale, édifiée au sommet de la motte (voir plan). Les maçonneries sont essentiellement composées de petits moellons calcaires du même type que ceux utilisés pour la construction de la chapelle, avec également quelques éléments de poudingue ainsi que quelques rares blocs de travertin. Cette enceinte était flanquée d’au moins une tour circulaire peu débordante: sur la face Ouest de la courtine, on observe en effet un mode de construction différent, qui comprend de très nombreux moellons de poudingue ou de grès, aujourd’hui surmontée d’une tourelle à pan de bois, et dont la partie basse - la plus ancienne - est très nettement circulaire.
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Dès 1147, un texte signale une chapelle castrale à Crèvecoeur: »capellam Guillelmi de Crevecor[16] « . Il est cependant difficile de déterminer s’il s’agit de la construction qui se tient aujourd’hui dans l’angle Sud Est de la basse-cour. Cette dernière, réalisée à l’aide de moellons calcaires est de plan rectangulaire. Les murs latéraux sont soutenus chacun par trois contreforts plats dont certains seulement présentent un ressaut. Peut-être ces contreforts ne datent-ils pas de la même campagne de travaux, ceux qui présentent un ressaut étant probablement la marque d’un remaniement postérieur.
Les quelques transformations visibles attribuables à cette époque laissent entendre qu’à partir du XIIIe siècle, la fonction résidentielle du château l’avait largement emporté sur la fonction militaire.
Plusieurs poutres, de fortes sections, trouvées lors du curage du fossé, au début des années 70 proviennent très probablement d’un pont-levis installé dans les dernières années du XIVe ou au commencement du XVe siècle: une datation effectuée au C.14, sur ces bois a donné la date de ; 580 +/- 90 B.P., soit 1370 environ (Gif, 2403). En, 1417, après la prise du château de Crèvecoeur par les armées du Duc de Clarence, la garde de cette forteresse, qui est à cette époque l’une des principales places-fortes du Pays d’Auge avec Fauguernon, Courtonne-la-Meurdrac, et bien sûr Bonneville-sur-Touques, fut alors confiée à Sir Thomas Kirkeley.
Vers la fin du XVe ou au début du XVIe de nouveaux bâtiments résidentiels à, pans de bois, furent édifiés, appuyés contre la muraille interne. Le manoir était à l’origine formé de 3 travées, puis fut allongé à ses deux extrémités. L’ensemble a ensuite connu de très importantes modifications, jusqu’aux restaurations de 1971.
En 1133, le fief de Crèvecoeur comptant pour 5 fiefs de chevaliers, relève de l’évêque de Bayeux. C’est une quinzaine d’années plus tard que l’on voit le lignage de Crèvecoeur en lutte contre l’autorité épiscopale: Hugues et son fils Guillaume installent à Crèvecoeur un marché qui concurrence directement celui que l’évêque possédait à Cambremer. Malgré l’ordre donné par Henri II Plantagenêt, encore seulement Duc de Normandie, à ses baillis d’Exmes et d’Auge d’interdire l’accès au marché de Crèvecoeur - et malgré une sentence d’excommunication prononcée vers 1151-1153 par le Pape Eugène III contre Hugues et Guillaume, les empiétements contre la puissance temporelle de l’évêque de Bayeux continuèrent: par trois fois, Henri II renouvela l’ordre de veiller à ce que l’évêque de Bayeux jouisse librement de sa banlieue de Cambremer, en 1156 ; tout d’abord, vers 1156-1158 ensuite puis à nouveau en décembre 1162.
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Guillaume de Crèvecoeur apparaît de nouveau entre 1161 et 1185-1189, comme bienfaiteur de l’abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge. Vers 1154-1170, on le voit encore donner à l’abbaye de Troarn le patronage de l’église de Cléville. Entre 1112 et 1147, on trouve un nommé Hugue de Crévecœur présent à Crévecœur-en-Auge. Ce même Hugue est aussi seigneur de Cléville. Sa petite-fille Hadeisa (dame de Cléville et de Héritot et fille de Guillaume de Crevecœur) épouse Jourdain du Hommet. Les Du Hommet sont connétables héréditaire de Normandie, charge qu’ils possèdent jusqu’au XIIIe siècle. Jourdain du Hommet est le fils de Richard, seigneur de Varenguebec et de la Haye-du-Puits et d’Anne de Say, fille du seigneur de Says et d’Aulnay.
L'histoire de Crèvecoeur est également marquée par des événements militaires, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée.
Juin 1940, le régiment du 4ème Hussards est quasiment décimé à La Croix Saint Leufroy, dans l'Eure. Après avoir glorieusement combattu, du 10 au 14 mai, à la frontière du Luxembourg au moment de la percée allemande et ralenti l’avance ennemie entre Abbeville et Amiens, du 30 Mai au 5 Juin, ce régiment devait néanmoins protéger la retraite de nos armées en déroute. Les deux escadrons du 4e. Hussards étaient bien décimés ; plus de la moitié de leurs effectifs avaient été tués, blessés et disparus. La résistance sur l’Eure s’annonçait difficile.
Le chef d’escadron DE LA HAMELINAYE retraça le jour de l’inauguration du monument commémoratif : « …J’arrivai à La Croix Saint Leufroy le 11 Juin, vers 4 heures du matin. Le village avait été abandonné par ses habitants. Je franchis l’Eure au pont de Crévecoeur que je trouvais tenu par un faible élément du 4e. Hussards appartenant à l’escadron du lieutenant DE BEAUREGARD. Je reçus l’ordre d’envoyer un escadron au pont de Cailly et de me porter avec l’autre et un groupe de mitrailleuses au pont de Crévecoeur, où des éléments d’une division située à notre droite devaient venir se mettre à ma disposition ; je ne les vis d’ailleurs jamais. Je me dirigeai donc par La Londe sur Crévecoeur. Au moment où j’y arrivais devançant en side-car ma colonne, la fusillade redoubla d’intensité.
Je vis alors refluer à pied quelques hommes de l’escadron du lieutenant De BEAUREGARD et cet officier m’expliqua que les Allemands en force venaient de s’emparer du pont. C’est là, en particulier, qu’étaient tombés le brigadier POINTEL et le brigadier BISSON, dont on a retrouvé les corps auprès du pont. Conformément aux ordres reçus, l’escadron qui arrivait derrière moi, avait mis rapidement pied à terre, avait envoyé les chevaux haut-le-pied par Irreville, et s’était installé un peu en dessous de l’endroit où nous sommes, dans une position bien camouflée d’où il battait le débouché du pont. Pris sous le feu de nos mitrailleuses et de nos fusils mitrailleurs, l’ennemi ne pouvait pas déboucher. L’artillerie allemande installée derrière les collines que nous avons en face de nous, commençait à tirer. A l’abri de ce rideau que je lui avais tendu, le lieutenant De BEAUREGARD voulait reformer ce qui lui restait de son escadron. Hélas ! il devait être pris à parti par l’artillerie et les mitrailleuses allemandes. Blessé à deux reprises, il tomba mortellement atteint avec l’adjudant SIMARD et plusieurs de ses hommes, près de l’endroit où nous nous trouvons. »
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Cependant, grâce à nos armes automatiques, en dépit de nos pertes, nous tenions toujours en respect l’ennemi qui ne pouvait pas progresser devant nous, mais nos munitions s’épuisaient. Les Allemands avaient franchi l’Eure à St-Vigor et à Heudeville. A Cailly, malgré une résistance héroïque, le pont venait de tomber ; je tiens à rendre hommage en passant au cavalier L’HELGOUACH que l’on a trouvé tué à côté de son F.M. ayant auprès de lui un monceau d’étuis de cartouches tirées. Vers 11h45, nos munitions étaient épuisées. Puisque nous ne pouvions plus combattre, il était inutile de rester à se faire prendre et je dus donner l’ordre de repli. Ce repli s’effectua dans des conditions tragiques : nous étions entourés presque de tous côtés par l’ennemi qui progressait. C’est au cours de ce mouvement de décrochage que je fus blessé et fait prisonnier et que plusieurs hommes furent encore tués… »
Le 11 Juin 1946 avait été choisi pour l’inauguration du monument à la mémoire de ceux qui étaient tombés sur le territoire de La Croix St-Leufroy. Le chef d’escadron DE LA HAMELINAYE prit ensuite la parole. Après avoir évoqué la journée tragique du 11 Juin 1940, remercié la commune de La Croix St-Leufroy pour sa délicate initiative, il relata l’héroïsme du 4e. Hussards et lut le texte de la Citation à l’Ordre de l’Armée : - 4e. Régiment de Hussards - « Le 5 Juin 1940, engagé avec tous ses escadrons sous les ordres du Colonel CHIAPPINI et du chef d’Escadron DE LA HAMELINAYRE, a maintenu contre un ennemi très supérieur en nombre, appuyé de nombreux chars, tous les points d’appui qui lui étaient confiés, détruisant vingt-six chars et un détachement transporté en camions, au cours de son débarquement. Résistant jusqu’à l’encerclement, n’a tenté de se dégager que par ordre : a pu ramener une partie de ses effectifs. « Engagé du 5 au 11 Juin avec ses derniers pelotons, a contenu pendant 36 heures, un ennemi très supérieur en nombre, lui a infligé de lourdes pertes et a combattu jusqu’à l’épuisement. « A perdu à ce jour 15 officiers, 24 sous-officiers et 271 brigadiers et cavaliers. »
Il y a soixante-sept ans, entre le 12 et le 13 octobre 1951, se déroule l’un des combats les plus âpres de la guerre de Corée. La bataille de Crèvecoeur. Après la Seconde Guerre mondiale, la Corée est divisée en deux zone d’occupation, l’une américaine eu l’autre soviétique, qui deviennent finalement deux États séparés en 1948. La Corée du Nord, communiste est soutenue par la République populaire de Chine et l’Union soviétique. À l’inverse, la Corée du Sud, sous influence occidentale, est soutenue par les Nations Unies et plus particulièrement par les États-Unis.
Entre volonté de réunification et conflit idéologique, la guerre éclate finalement le 25 juin 1950 par l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord. Le conseil de sécurité des Nations Unis appelle alors à la création d’une force de police internationale, confiée aux États-Unis. C’est au sein de cette force internationale (la FNUC) qu’un bataillon de volontaires français trouve sa place. Il est finalement affecté au 23e régiment d’infanterie de la 2e division américaine Indian head. Les raisons de cette participation française sont diverses. On retiendra les mots du général Monclar, commandant du bataillon : Qui disait donc que les Français ne veulent plus combattre.
Le 1er février, il s’illustre en résistant aux assauts d’une division chinoise à Twin-tunnels, au prix de nombreuses pertes. Du 13 au 16 février, il conserve un point de fixation contre quatre divisions ennemies. En mars, il prend avec peine la côte 1037, ouvrant la route jusqu’au 38e parallèle. Après l’offensive chinoise de juin, le commandant allié dirigé par le général Mac Arthur décide d’améliorer ses positions dans le secteur est. Il s’agit d’enlever à l’ennemi un massif important et stratégique, celui qu’on appellera par la suite le massif de Crèvecoeur. Il se situe à quelques kilomètres du 38e parallèle, la frontière d’avant-guerre.
Au lieu d’une attaque frontale sur une côte étroite, il s’agit de couper l’approvisionnement et les renforts de la défense nord-coréenne pour tenter un débordement de nuit. La progression des chars Sherman est lente, mais fructueuse : l’encerclement est accompli le 19 octobre, et le dernier bastion de la crête est finalement pris par le bataillon français, le 13 octobre. Après le combat, on dénombre plus de 3 700 pertes alliées, américains et français. C’est un lourd tribut qui amène le commandement de l’ONU à changer sa stratégie. Trop peu de terrain a été conquis pour bien trop d’hommes perdus. Crèvecoeur est la dernière offensive majeure des forces onusiennes.
Bien que le bataillon français soit l’unité la plus décorée des armées ayant combattu pour l’ONU et que cette bataille soit considérée comme un haut fait d’armes, on se souvient peu de cet événement et, plus largement, de cette guerre. En Corée, bien plus qu’en France le souvenir de la bataille Crèvecoeur et du combat mené par le bataillon français est vif et entretenu. Une stèle, inaugurée en mai 2010, est posée en contrebas de la côte 931 à la mémoire du capitaine Robert Goupil, tombé héroïquement en ce lieu.
Là, une compagnie du bataillon français de Corée mena, entre septembre et octobre 1951, un combat acharné. Pris puis repris par l'ennemi, le massif fut conquis une seconde fois. Sur la ligne de crête sont installés aujourd'hui des postes fortifiés sud-coréens. En contrebas de la "cote 931", une stèle à la mémoire du capitaine Robert Goupil, tué par un obus de mortier, a été inaugurée en mai par le maire de Saint-Mandé, Patrick Beaudouin, président de l'Association des anciens et amis des forces françaises de l'ONU, en présence de vétérans, d'épouses et de descendants des disparus qui participèrent à ces combats.
| Période | Événement |
|---|---|
| XIe-XIIe siècles | Construction et organisation du château de Crèvecoeur |
| 1147 | Mention d'une chapelle castrale à Crèvecoeur |
| XIVe-XVe siècles | Installation d'un pont-levis au château |
| 1417 | Prise du château par les armées du Duc de Clarence |
| Fin XVe-Début XVIe siècles | Édification de bâtiments résidentiels à pans de bois |
| Juin 1940 | Décimation du 4ème Hussards à La Croix Saint Leufroy |
| Octobre 1951 | Bataille de Crèvecoeur pendant la guerre de Corée |
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