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Quelqu'un a-t-il déjà exploré la piste de la "flèche littorale à pointe libre" ? Un cordon littoral peut soit se former en avant du littoral en isolant un plan d'eau qui prend alors le nom de lagune, dans ce cas ce cordon dunaire est appelé lido, soit s'avancer dans la mer et former une « flèche », soit relier deux masses de terre initialement séparées et prend alors le nom de tombolo.

Les Flèches Littorales en France

Il existe 2 flèches importantes de ce type en France : Le Sillon de Talbert en Bretagne et la Pointe d’Arçay en Vendée.

Le Sillon de Talbert: Un Exemple Remarquable en Bretagne

Le Sillon de Talbert, situé à la pointe extrême septentrionale de la 'Presqu´île' de Pleubian, parallèle à la ria du Trieux et à l'estuaire du Jaudy, est caractéristique, selon les géomorphologues, d'une 'flèche littorale à pointe libre' ('hegger' en breton), de 3 km de long et de 100 mètres de large, dans sa plus grande étendue, à son extrémité.

La surface du site est de 18 hectares. Le Sillon Noir et l´Île Blanche sont d'autres sillons fossiles, proches du Sillon, situés dans la petite grève Est. Cet ensemble forme une réserve naturelle de 205 hectares.

Façonné en permanence par la mer et les hommes, le Sillon de Talbert semble en perpétuelle recherche d'un équilibre introuvable, en raison de son orientation générale, perpendiculairement aux houles dominantes d'Ouest et de la dérive littorale, qui fait migrer les galets de la base vers la pointe. Ce phénomène continu mais variable provoque l'allongement régulier de celle-ci (quelques dizaines de mètres par siècle) et la formation d'un crochet terminal, sous l'effet des houles latérales.

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La première carte du Sillon est datée de 1666 : le portulan de Colin, qui représente un sillon relativement rectiligne, s'appuyant à son extrémité sur les premiers îlots. La carte de Belin, datée de 1764, lui donne une courbure concave très accentuée en son milieu.

Cependant, le Sillon s'est déjà rompu au cours du 18ème siècle, en se séparant de l'archipel d'Olonne ('l'île au sel', vestiges d'ateliers de sauniers d'origine gauloise, formé de 6 îlots), et au 19ème siècle au niveau de l'Île Blanche. A la fin du 18ème siècle, une brèche s´est ouverte et l´a coupé en deux parties distinctes. Au nord, les galets se sont étalés pour former un vaste estran.

D'autre part, on observe un recul frontal dû au fait que le cordon n'est plus réalimenté naturellement par l'apport de nouveaux matériaux (les stocks du platier rocheux et des falaises s'épuisent) et qu'il roule sur lui même, en ensablant la petite grève Est. La flèche recule (50 mètres en deux siècles), rapetisse (1, 50 mètres en dix ans) et rétrécit (10 à 30 mètres en soixante ans), tout en se creusant plus fortement juste après le rocher qui, à 400 mètres de la base, fournit un ultime appui.

Cette évolution s'est accélérée ces 70 dernières années, à cause des effets conjugués du prélèvement de galets pendant la seconde guerre mondiale (pour construire le 'Mur de l'Atlantique'), des usages goémoniers intensifs (passage des tombereaux attelés puis des tracteurs), des derniers enrochements et tempêtes.

Sur les premières photos aériennes du début du 20ème siècle et d'après les croquis du peintre Faudacq, le sillon affecte la forme d'une longue jetée de 60 hectares aux courbures élégantes, dont l'ardillon final s'orne de multiples crochets et sillons secondaires, alors que la base présente un front dunaire sablonneux plus important qu'aujourd'hui.

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Son front de mer Ouest-Nord-Ouest fait face à la grande grève sur les hauts fonds d'un plateau rocheux, semé de nombreux écueils (des 'Epées de Tréguier au plateau des Héaux de Bréhat), avec le grand rocher 'Men Buas', en son milieu, le passage de 'Toull Sten' à son extrémité et les îlots de Talbert et d'Olonne.

La partie Sud-Ouest du sillon, s'enracine dans la micro falaise (dite falaise morte) de Pors Rand, relativement protégée par les 'queues de comètes', perpendiculaires au rivage. Le front de mer Est-Sud-Est du Sillon donne sur la petite grève et la presqu'île de Lanneros.

Son extrémité Est s'élargit pour forme une longue langue de galets, très évasée, avec une petite dépression en son milieu (marais à obione et salicorne) et des caoudeyres en formation. C'est le lieu privilégié de nidification de plusieurs espèces de sternes.

La dune de sable et de galets constitue la base du Sillon, où s'appuie la flèche littorale. Sous la dune primaire, on peut découvrir de la tourbe, dont la présence pourrait révéler d'anciennes plantations et une végétation arbustive. Cette tourbe en décomposition favorise avec les algues d'échouage la progression des plantes littorales halophiles et nitrophiles (matricaire, choux marin, chardon bleu, bette maritime, renouée).

Cependant, le piétinement et le passage des tracteurs ont réduit considérablement cette végétation tropique, depuis plusieurs décennies, avant que de nouveaux usages réglementent l'accès au site (Conservatoire du Littoral).

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Le Sillon est constitué d'une grande variété de galets, issus des littoraux de proximité (micro-granodiorite de Pleubian, de Talbert, microgranite de Pommelin, de Bréhat et de Launay, roches d'origine volcanique, albitophyre de l'Île d'Er, dolérite, gneiss de Port-Béni et roches sédimentaires), et de quelques silex.

Le Sillon se présente aujourd'hui comme une cordon dunaire, dont les premiers 200 mètres (plus sablonneux), ont été sauvegardés par une action de re-végétalisation et l'aménagement d'enclos, laissant un passage central pour les piétons exclusivement.

Cependant, le Sillon s'est considérablement affaissé et étalé dans son prolongement, sur une distance aussi importante, depuis le premier épi rocheux de 1973 (au Nord-Ouest du 'Chouk'), jusqu'au niveau de l'île Blanche. Les premiers enrochements en aval du 'Chouk' ont été conservés.

Son recul devrait être arrêté par l'aménagement en 2004 de trois cordons parallèles au Sillon, d'une longueur chacun de 300 m et d'une hauteur de 1, 50 m, constitués des anciens enrochements concassés, sur lequel il pourrait venir s'appuyer et s'engraisser. Les années à venir verront le Sillon se rapprocher de plus en plus vers l'Île Blanche et l'anse de Mer Melen, qui s'ensable.

La Pointe d'Arçay: Un Indicateur des Tempêtes Passées en Vendée

Cette immense flèche sableuse, située sur les côtes vendéennes, pourrait être, à l'instar des carottes de glace pour le climat, un révélateur de l'histoire de la houle. Des sites touristiques peuvent parfois devenir des objets scientifiques à part entière, à l'insu des profanes qui les côtoient tous les jours. C'est ce qui se passe en ce moment avec la Pointe d'Arçay, sur la côte vendéenne.

Située sur le territoire de la station balnéaire de La Faute-sur-Mer (Vendée), au nord de La Rochelle, cette flèche sableuse de neuf kilomètres de long et de près d'un kilomètre de large, est étudiée de près par des chercheurs de l'Institut du littoral et de l'environnement (université de La Rochelle) et du laboratoire d'ingénierie civile de Lisbonne.

Les deux équipes espèrent démontrer que ce type de «corps sédimentaire littoral» peut constituer une véritable archive physique de l'histoire, ou «climat», de la houle (hauteur, période et direction des vagues) et des tempêtes.

Les documents historiques indiquent que la Pointe d'Arçay est apparue au XVIIe siècle. La mer charrie d'énormes quantités de sédiments. Les images aériennes et photos satellites récentes révèlent que la flèche sableuse avance d'environ 20 mètres par an en moyenne. Mais sa progression a varié au cours de l'histoire. C'est ainsi que de 1811 à 1824, elle a grandi de plus de 40 m par an.

Pour l'heure, les études morphologiques et la modélisation montrent que plus la hauteur de houle est élevée, plus la flèche avance. Quand la houle est modérée, des «crochons» se forment perpendiculairement à la flèche.

L'enjeu de ces travaux est important dans le contexte climatique actuel. D'abord parce que l'impact réel de la montée du niveau de la mer attendue au cours du siècle à venir ne se mesurera pas seulement en centimètres. Il dépendra aussi du climat de la houle et avant tout des tempêtes qui sont toujours les premières à ouvrir des brèches sur le littoral et à envahir les zones côtières.

Tableau Comparatif: Sillon de Talbert vs. Pointe d'Arçay

Caractéristique Sillon de Talbert Pointe d'Arçay
Localisation Bretagne Vendée
Type Flèche littorale à pointe libre Flèche sableuse
Longueur 3 km 9 km
Largeur 100 m (max) 1 km (env.)
Évolution Recul et affaissement Avancée (20m/an en moyenne)
Intérêt Réserve naturelle Archive de l'histoire de la houle

tags: #arbalete #fleche #sillon

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