Plus de 100 ans plus tard, la Première Guerre mondiale reste un événement historique qui continue de marquer profondément les esprits. En 1998, alors que les derniers poilus disparaissent peu à peu, l’écrivain Jean-Pierre Guéno lance un appel sur Radio France afin de collecter les lettres jusqu’ici éparpillées, de ces soldats de la Grande Guerre. Plus de 8 000 personnes vont répondre.
Août 1914 : les soldats sont mobilisés au pire moment, celui des moissons et des vendanges. L’heure est grave, mais chacun va faire son devoir, sans pour autant approuver la boucherie des affrontements. Après la guerre de mouvement, qui peut faire jusqu’à vingt-sept mille morts par jour, vient la guerre des tranchées, qui plonge les hommes dans l’enfer de la boue, de la vermine, de l’angoisse et de la mort. Sur les huit millions de poilus mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions ne reverront pas leur village natal et plus de quatre millions souffrent de graves blessures. Mais, au-delà des séquelles physiques, ils sont à jamais marqués par l’horreur et l’inutilité de cette guerre.
Cet ouvrage, enrichi depuis l’appel initial lancé sur les ondes de Radio France, présente une centaine de lettres de poilus envoyées par les familles qui les avaient conservées. Pour Paroles de poilus, huit mille personnes avaient répondu à l'appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu'ici éparpillées, des poilus. L’ouvrage en présentait une centaine : des mots écrits dans la boue et qui n'ont pas vieilli d'un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d'humanité.
En 1997, suite à un appel lancé sur Radio France, Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume avaient reçu des quantités de lettres de Poilus envoyées par leurs descendants. La même année paraissait un Beau Livre chez Tallandier qui les présentait avec des photographies, journaux, cartes postales, reproductions diverses et documents d’époque. En 2013, en partenariat avec les Editions Retrouvées et France Bleu, le livre a été réédité dans une version enrichie. Entre deux, en 2006 et 2012, le projet s’est emparé de la bande dessinée (ou inversement).
Les lettres sont de longueur variable, sobres ou dans un style plus littéraire, écrites pour une épouse, un frère, un ami, une mère… Et pour l’une d’elles, à un administrateur de la Compagnie du Gaz de Paris. Certaines racontent la mort et la souffrance, les batailles, une exécution martiale comme il y en eut tant/trop. Certains écrivent des recommandations ou des encouragements, écrivent leur amour, très peu font des demandes mais remercient pour l’aide matérielle et alimentaire. Quelques-uns pensent au souvenir qu’ils laisseront, s’adressent à leurs enfants et s’intéressent à leur éducation, à leur futur.
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Chaque lettre est titrée, reproduite sur une page couleur sépia avec une photographie ou un dessin. Quelques mots nous dévoilent son auteur, son âge, sa condition sociale et familiale, d’où il vient et où il combat (plusieurs origines et plusieurs Fronts sont ainsi représentés), sa mort, pendant ou après le conflit, et ce qu’il devint s’il en a échappé. Chacune a donc été mise en images par des dessinateurs contemporains de BD. Les lettres sont reproduites entièrement ou partiellement, dans des encadrés et/ou changées en dialogues.
Avant, puis après ces lettres, se trouve un récit fictionnel intitulé Le rêve de Pétain, écrit par Jean-Pierre Guéno et illustré par Thierry Démarez. Les auteurs ont imaginé Pétain ayant le projet d’honorer les souffrances et les sacrifices de la France au-travers de dix lettres, qui deviendraient des symboles de patriotisme et de fierté nationales. Au-delà de l’émotion évidente, ces six planches, comme le projet Paroles de Poilus dans son ensemble, visent à nous montrer comment l’Histoire (officielle), la Mémoire et la Postérité se construisent. Selon quels angles et quels critères.
Très vite, Paroles de Poilus a été prescrit par les professeurs. Avec toutes éditions confondues, plus de 3 millions d’exemplaires ont été vendus et cela continue.
Jean-Pierre Guéno se lance maintenant dans un nouveau projet avec Paroles de nos soldats. "Tous les gens qui sont en charge de missions d’intérêt général traverse une crise de transition. Les gens de l’armée font l’offrande en permanence de leur vie et de leur âme. Pendant longtemps, ils ont fait l’objet d’un déni, mais aujourd’hui on leur donne la parole en guise de thérapie ", explique Jean-Pierre Guéno.
Pour éviter une guerre entre les générations, Jean-Pierre Guéno lance un appel global qui va de la fin de la Seconde Guerre mondiale à maintenant. "Il y a à la fois les militaires, mais aussi leurs pères. Après trois mois de collecte, neuf mois de travail, un livre présentera un florilège de ces témoignages. "Nous rendons aux auditeurs l’émotion qu’ils nous apportent à travers leurs témoignages. Jean-Pierre Guéno récolte la parole des soldats.
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Depuis 4 ans, je m’intéresse à des sujets particuliers dont les acteurs sont tournés vers l’intérêt général. J’ai notamment travaillé sur les paroles des soldats d’OPEX, des facteurs ou encore de prêtres, ces fantassins de l’Eglise. Il est par exemple incroyable de lire le journal intime de l’abbé Mugnier, le prêtre des écrivains de la fin du XIXème siècle.
Lorsque j’ai reçu toutes ces lettres, j’ai pu découvrir des aspects de la guerre qui n’avaient pas encore été relevés par le travail des historiens. Notre passé est bien souvent modifié et instrumentalisé. Ceux qui font l’histoire ne sont pas seulement ces grandes figures et personnalités qui ont été les têtes d’affiche de notre passé. Nos grands-parents et nos arrières grands-parents ont eux aussi fait l’histoire.
Le corpus des lettres et des journaux intimes a longtemps été négligé par beaucoup d’historiens. Les lettres et les journaux intimes que j’ai reçus ont été une formidable source historique. Avec l’école obligatoire et gratuite pour tous de Jules Ferry, nos ancêtres ont appris à lire et à écrire. Mon appel a été diffusé sur toutes les antennes de radio de France Inter à France bleu. Plus de 20 000 personnes ont répondu. J’ai dû tout lire seul.
Entre 1914 et 1918, les Français ont envoyé 4 millions de lettres par jour. Beaucoup de ces lettres ont d’ailleurs été envoyées dès le début des hostilités qui a été la partie la plus sanglante de la guerre. En une seule journée, le 22 août 1914, l’armée française a compté jusqu’à 27 000 morts. La même semaine, le nombre de décès n’était jamais inférieur à 20 000 personnes par jour.
Ce qui m’intéressait c’était le contenu des écrits qui décrivaient les sentiments et les peurs des soldats. Beaucoup d’entre eux écrivaient à leur mère en étant conscients qu’ils n’auraient pas le temps de connaître d’autres femmes. En lisant leurs lettres, elles devaient vieillir de 20 ans en 10 minutes.
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À la suite de "Paroles de Poilus, de détenus, d’étoiles, du jour J", Radio France a lancé en octobre 2004 un appel aux auditeurs des différentes chaînes à venir témoigner autour du thème “Cher pays de mon enfance, paroles de déracinés”. Mêlant les souvenirs de l’exode rural, les migrations passagères et l’immigration, les paroles rassemblées paraissent chez trois éditeurs différents : Les arènes, Librio et Gallimard.
En quatre temps - "Le pays d’avant", "Envols", "Ancrages", et "Retours" - les témoignages réunis évoquent les racines, le déchirement, "l’intégration" et le regard en arrière, tous ces moments empreints de nostalgie.
| Titre | Éditeur | Prix |
|---|---|---|
| Cher pays de mon enfance. Paroles de déracinés | Les arènes | 29,90 euros |
| Cher pays de mon enfance. Paroles de déracinés | Librio | 2 euros |
| Cher pays de mon enfance. Paroles de déracinés (CD audio) | Gallimard | N/A |
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