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Nous savons peu de choses des étudiantes russes de la fin du xixe siècle. Pour connaître leurs parcours, il est possible de tracer la biographie d’une poignée de femmes représentatives et plus documentées, telle Bronislawa Sklodowska. Born to a Polish educated family, she left to study medicine in Paris. Despite the daily difficulties, she got her degrees. She met her husband, a Polish doctor, and they worked for a time in the same practice in Paris before returning to their country.

Par une circulaire du 27 février 1908, le ministre de l’Instruction publique, Gaston Doumergue, demande aux doyens des facultés françaises de lui fournir un rapport sur les étudiants étrangers, et ce, chaque année. Cette volonté ministérielle affirme l’importance qu’ont ces étudiants venus d’ailleurs dans la politique universitaire française. En effet, l’Université pratique, dès le début du xixe siècle, une politique d’ouverture de ses institutions envers les étrangers. Cette dernière s’adresse d’abord aux hommes, puis, dès la fin du Second Empire, aux femmes.

Ce sont majoritairement des étudiants venus de l’est de l’Europe qui poursuivent leur cursus scolaire en France. Cela est dû, notamment, au sous-développement universitaire russe, alors que son réseau d’établissements secondaires est bien développé, diplômant chaque année un nombre important de jeunes personnes capables de suivre un enseignement supérieur, mais n’étant pas admises dans les facultés de leur propre pays par manque de place et aussi en raison de pratiques discriminatoires confessionnelles ou genrées.

Les Défis et les Opportunités des Étudiantes Russes

Que savons-nous du parcours de ces jeunes femmes russes, qui émigrent à Paris afin d’y faire des études universitaires, à partir de la fin des années 1860 ? Elles sont en grande partie méconnues, tout comme leurs coreligionnaires masculins d’ailleurs, car elles laissent peu de traces dans les sources. Pour cause, c’est en tant que groupe qu’elles intéressent les universitaires et les hommes politiques de la fin du xixe siècle et du début du suivant. Leurs personnalités, leurs manières de vivre et leurs parcours captivent moins.

Toutefois, il est possible de retracer le cheminement de certaines de ces femmes, dont les trajectoires peuvent se révéler extrêmement représentatives de celles de la plupart de ces jeunes personnes. Son parcours est mieux documenté que celui de la majorité de ses contemporaines. Nous avons à notre disposition plusieurs types de sources permettant de le retracer. Tout d’abord, son dossier d’étudiante, conservé aux Archives nationales, comporte un certain nombre d’informations de nature administrative sur son parcours universitaire. Un document qu’il est alors facile de comparer aux autres renseignements contenus dans les fiches des facultés conservées pour un grand nombre d’étudiants.

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D’autres sources permettent de compléter son portrait. Ainsi, la correspondance qu’elle a échangée avec sa sœur, Marie Curie, qui se trouve à la Bibliothèque nationale de France. Il est également possible de s’appuyer sur les souvenirs racontés par la deuxième fille de cette dernière. Pour ce qui est de la bibliographie, il n’existe pas d’ouvrages consacrés exclusivement à Bronislawa.

Le Contexte des Migrations Étudiantes vers la France

En effet, l’étude des migrations étudiantes vers la France n’est pas un champ neuf. Il est l’objet de nombreuses publications et englobe souvent les deux sexes. La majorité de ces travaux portent sur les populations de l’Europe de l’Est. Cette histoire des migrations étudiantes russes est très active depuis les années 1990 avec les travaux de Victor Karady et du couple Irina et Dimitri Gouzévitch. De nombreux colloques ont été organisés sur cette thématique dans la décennie suivante.

Grâce à ces recherches, la présence étrangère dans les universités de l’Hexagone est relativement bien connue, comme en atteste l’ouvrage de Caroline Barrera et Patrick Ferté. Sont abordés : leur nombre, les réactions suscitées, les raisons du voyage, les réseaux qui les sous-tendent, l’accueil reçu, etc. Une synthèse a été publiée par Pierre Moulinier en 2012. Il consacre des chapitres entiers aux jeunes femmes qui migrent en France car elles sont nombreuses, notamment parmi les gens de l’Est.

La Biographie comme Outil Historique

La biographie peut se présenter comme un outil pour écrire cette histoire. Pour cause, s’intéresser à la vie d’une personne nécessite de mettre au jour ses motivations, son entourage, aussi bien familial qu’amical ou professionnel, son mode de vie, ses moyens financiers, les évolutions connues au cours des études ou de la carrière, ses relations amoureuses ou maritales, etc. Le quotidien et l’intimité constituent une part non négligeable de la biographie.

Ce peut être un véritable défi lorsque les sources manquent, notamment les ego-documents, comme ici. Il devient alors nécessaire de s’intéresser aux différents réseaux dans lesquels la personne s’insère et d’en dresser le portrait. Pour cela, différentes sources sont à notre disposition : des statistiques, des journaux, des pièces de fiction, des rapports académiques, etc. Ainsi, des similitudes et des limites apparaissent dans le parcours de Bronislawa Sklodowska et dans celui des nombreuses Russes venues faire des études supérieures en France. En effectuant ce travail de comparaison, il est apparu que la sœur de Marie Curie se révélait très proche de ce que vécurent nombre de ses concitoyennes.

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L'Accès des Femmes à l'Enseignement Supérieur au XIXe Siècle

Précisons dès à présent que les femmes qui font des études au xixe siècle sont très peu nombreuses. Effectivement, les femmes ne sont pas autorisées à entrer dans l’enseignement supérieur, et cela, quel que soit le pays, avant la seconde moitié du siècle. Les premières qui accèdent à ce droit sont les Américaines. En Europe occidentale, la Suisse se montre pionnière en matière d’éducation supérieure féminine. Suite à cette ouverture, d’autres pays européens admettent des femmes sur les bancs de leurs amphithéâtres avant 1900. C’est par exemple le cas de l’Angleterre ou encore de la Belgique parmi nos voisins les plus proches.

En France, l’accès à l’enseignement supérieur pour les femmes est l’aboutissement d’un processus qui dure plusieurs années. Il commence par la première bachelière, Julie Victoire Daubié. Le baccalauréat est le sésame qui permet l’accès aux études supérieures. Il faut être titulaire de ce diplôme, ou d’une équivalence, pour pouvoir s’inscrire en faculté. La première à vouloir se faire immatriculer dans une faculté est Madeleine Brès, en 1866. L’accord obtenu, les facultés de sciences, lettres et droit accueillent progressivement les femmes. Dès 1867, la faculté de médecine de Paris reçoit la première étudiante, l’Américaine Mary Putman, vite rejointe par l’Anglaise Elizabeth Garett et la Russe Catherine Gontcharoff. Car ce sont, dans un premier temps, les étrangères qui bénéficient de l’ouverture des universités françaises aux femmes.

Le Dossier d'Étudiante de Bronislawa Sklodowska

Les dossiers étudiants de la faculté de médecine de Paris se présentent tous de la même manière : une page de garde avec les noms, prénoms, date de naissance, lieu de naissance, nationalité, profession du père et, éventuellement, l’adresse actuelle de l’étudiant ; puis, il y a plusieurs pages sur les résultats scolaires année par année et enfin le compte-rendu de thèse si l’étudiant est allé jusque-là.

Grâce à son dossier, il est facile de savoir que Mlle Sklodowska est née le 21 mars 1865, à Varsovie. C’est donc une ressortissante russe, comme il est indiqué pour sa nationalité. Pour cause, la Pologne n’existe plus depuis 1813, partagée entre la Russie, l’empire austro-hongrois et la Prusse. Varsovie, elle, se situe dans l’escarcelle russe. De plus, à la fin du xixe siècle, l’empire russe s’étend sur un espace très vaste et impose sa domination à de nombreux peuples, comme les Polonais.

Or, l’entrée des facultés est soumise à quota pour les populations de certains de ces pays conquis depuis le début du siècle, comme la Bulgarie. Elle est également soumise à quota pour les populations juives de tout l’empire - quotas encore plus restreints après les pogroms du 1er mars 1881, perpétrés suite à l’assassinat du tsar Alexandre II. Cela entraîne une importante migration de ces minorités, aussi bien masculines que féminines, vers les facultés suisses, françaises et allemandes principalement. En effet, ce sont les populations juives, polonaises et roumaines qui émigrent pour leurs études en plus grand nombre. Ainsi, Bronislawa Sklodowska s’inscrit dans des réseaux migratoires déjà bien constitués.

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Pour les femmes russes, les choses sont encore différentes puisque la plupart des universités dans les pays slaves ne leur sont pas accessibles, alors même qu’un enseignement secondaire féminin est instauré en 1858. En outre, elles étaient autorisées à suivre les cours de l’école de médecine de Saint-Pétersbourg depuis 1859, mais, en 1863, le tsar leur ferme les portes de cette école, à cause de l’activité politique de certaines de ces étudiantes, dans les mouvements nihilistes notamment.

Paris, un Centre Culturel Attractif

Le choix de Paris tient à plusieurs raisons. La capitale française est vue comme un centre culturel important en Europe : d’abord, il faut considérer la concentration de facultés, de bibliothèques et de musées dans la ville ; à cela s’ajoute son image de ville de la liberté, où chacun peut vivre sans que soit prise en compte sa religion par exemple ; enfin, les populations qui reçoivent une éducation poussée dans l’est de l’Europe apprennent souvent à parler français dans leur famille.

Son père est professeur. Le dossier de l’étudiante ne permet pas d’en apprendre davantage, mais Ève Curie relate qu’il enseignait la physique dans un collège de garçons. Il donnait des cours supplémentaires de biologie, de physique et de mathématiques à ses enfants. Bronislawa vient donc de la petite bourgeoisie du savoir. Ce milieu social n’est pas très représenté parmi ces étrangères venant faire leurs études à Paris. En cela, la jeune Polonaise ne s’avère pas très représentative du groupe d’étudiantes russes auquel elle appartient. En effet, elles ne sont que 6 % des jeunes femmes dont j’ai pu retrouver les origines sociales entre 1885 et 1900 à être issues de la bourgeoisie. La plupart des Slaves, pour 29 % d’entre-elles, proviennent d’un milieu d’employés.

Cela n’est guère étonnant car à la fin du xixe siècle, les femmes n’ont pas vocation à travailler, mais à tenir une maison et à élever des enfants. Les milieux bourgeois tiennent à ce que leurs filles puissent se conformer à ce schéma en leur assurant une dot. Lorsque cela n’est pas possible, de plus en plus, le diplôme universitaire se substitue à l’apport financier ou vient le renforcer. Une stratégie mise en place également dans les milieux d’employés qui ne peuvent promettre ce sésame du mariage à leurs filles : celles-ci se voient contraintes de travailler afin de constituer elles-mêmes le petit pécule devant leur ouvrir la voie de la vie conjugale.

Le Soutien Familial et les Ambitions Académiques

Alors pourquoi dans la famille Sklodowska envoie-t-on ses filles faire des études ? Tout d’abord par tradition familiale puisque la mère de Bronislawa travaillait, elle était directrice d’école. Cette famille ne semble donc pas être opposée au travail féminin. Au contraire, madame Sklodowska a pu avoir une influence sur ses filles en leur transmettant le goût du savoir et des études. La situation financière de la famille n’est, en outre, pas assurée car le père est un opposant du régime russe. Il est régulièrement muté dans de nouveaux établissements et rétrogradé sur un poste moins intéressant et moins rémunéré que le précédent. Il ne peut donc assurer une dot à ses filles.

Et de manière générale, dans la famille, filles comme garçon sont poussés vers les études. Le frère, Josef, entre à la faculté de médecine de Varsovie en 1881. Les sœurs, Hélène dite Héla, Bronislawa dite Bronia et Maria dite Manya, sont, d’après Ève Curie, « tourmentées par des ambitions intellectuelles, les trois Sklodowska maudissent par avance le règlement de l’université de Varsovie, où les femmes ne sont pas admises ». Celle-ci n’accepte les étudiantes qu’à partir de 1915.

C’est grâce au soutien financier de sa sœur que Bronia va pouvoir mener à bien ses ambitions. En effet, Maria, plus jeune de deux années, va prendre un emploi de gouvernante et envoyer sa paye tous les mois à sa sœur. Cet arrangement dure plusieurs années, jusqu’en 1890, date à laquelle le père des deux jeunes femmes trouve un poste qui lui permet de prendre le relais financier de sa fille.

L'Inscription à la Faculté de Médecine de Paris

En 1887, Bronislawa Sklodowska prend sa première inscription à la faculté de médecine de Paris. Son dossier nous apprend qu’elle a obtenu une équivalence au baccalauréat, ce qui lui permet de s’inscrire dans une faculté française. Elle présente tout de même un diplôme de fin d’études obtenu au gymnasium de Varsovie. Le gymnasium est un établissement d’enseignement secondaire de l’empire russe, donc l’équivalent des lycées français. Elle en est diplômée et reçoit une médaille d’or, ce qui facilite l’obtention d’une équivalence. À cette date, ces dispenses sont beaucoup demandées et sont accordées assez facilement aux étrangers, et surtout aux étrangères. Par la loi du 1er décembre 1885, ce sont les facultés des lettres et des sciences qui sont en charge de juger de la valeur des titres présentés par les étrangers et de décider des équivalences.

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